10 films sur la Première Guerre Mondiale

Ce 11 novembre 2021 marque le 103ème anniversaire de l’armistice qui conclut (officiellement) les affrontements qui marquèrent la Première Guerre Mondiale, quatre années de conflits meurtriers qui virent parmi les pires atrocités de l’histoire de l’humanité. Art mais aussi témoin privilégié de son époque et de notre histoire, le cinéma connut aussi son lot d’œuvres sur cette page sombre de notre histoire. Une grande partie des films dits « de guerre » ayant marqué l’imaginaire commun concernent souvent la Seconde Guerre Mondiale ou la Guerre du Vietnam. Mais voici une petite sélection de films qui surent parler, chacun à leur manière, et de forte belle manière, de la guerre 14-18.


Charlot Soldat (Charlie Chaplin, 1918)

Affiche de Charlot Soldat (1918)
Affiche de Charlot Soldat (1918)

Grand comique burlesque, Charlie Chaplin fut aussi un témoin important de son époque, livrant des discours souvent éclairés et pleins de sagesse sur le monde et la société, à travers le prisme de l’humour et du rire, toujours avec une touche de mélancolie, faisant de ses films des moments toujours riches en émotions. Alors qu’il connaissait une ascension fulgurante et impressionnante depuis 1914, s’imposant comme une des stars incontournables du cinéma américain, il gagne en indépendance et produit des films de plus en plus longs et ambitieux.

Charlot Soldat (1918)
Charlot Soldat (1918)

En 1918, il écrit et réalise Charlot Soldat, dans lequel il caricature le quotidien des soldats pour souligner l’aspect grotesque et misérable de la vie sur le front, mais aussi les instances dirigeantes qui menèrent tous ces hommes à la guerre. Du pur Chaplin, qui préfigure ses prochaines œuvres majeures, telles que Le Dictateur.


J’Accuse (Abel Gance, 1919)

Affiche de J'Accuse (1919)
Affiche de J’Accuse (1919)

La guerre n’est même pas finie quand Abel Gance fait tourner ses caméras pour filmer les scènes de son prochain films, J’Accuse. Déjà auteur de nombreux films de puis 1911, la carrière du cinéaste va prendre une autre dimension avec ce film colossal, qui va mettre en lumière l’ambition sans failles du réalisateur français, et constituer l’une de ses œuvres majeures. J’Accuse a le double intérêt d’être un film ayant directement témoin du conflit, et d’être l’un des premiers à prendre du recul dessus.

J'Accuse (1919)
J’Accuse (1919)

Avec sa vision très lyrique et poétique du cinéma, Abel Gance donne naissance à un monument, visuellement stupéfiant, au message universel, dénonçant toute l’absurdité de la guerre, et mettant en garde les générations futures pour que cela ne se reproduise plus jamais… Ce qui le mènera à réaliser un nouveau J’Accuse, qui, en 1938, aura davantage vocation à tirer la sonnette d’alarme.


La Grande Parade (King Vidor, 1925)

Affiche de La Grande Parade (1925)
Affiche de La Grande Parade (1925)

En 1925, la guerre est déjà finie depuis plusieurs années, mais les souvenirs de celle-ci sont encore bien frais. L’approche que King Vidor va proposer dans La Grande Parade va s’avérer quelque peu différente, abordant le conflit sous un angle plus social, la restitution du combat passant au second plan. Le film sépare d’abord les classes sociales, mettant en lumière trois personnages d’horizons différents, pour les réunir sur le front, où il n’existe plus de distinctions de la sorte entre les hommes.

La Grande Parade (1925)
La Grande Parade (1925)

Avec une approche aussi plus romantique, plaçant une histoire d’amour au cœur du récit, La Grande Parade se veut également fédérateur, réunissant les individus et les nations à une période où ne régnait plus que le conflit et la destruction. Une vision qui ne manque pas non plus d’ambition, ce qui n’est pas étonnant avec King Vidor aux manettes d’une production majeure de l’époque, portée, notamment, par le nom alors prestigieux de John Gilbert.


A l’Ouest, rien de nouveau (Lewis Milestone, 1930)

Affiche d'à l'Ouest rien de nouveau (1930)
Affiche d’à l’Ouest rien de nouveau (1930)

En adaptant le roman d’Eric Maria Remarque, Lewis Milestone propose un point de vue jusqu’alors peu exposé dans les films de guerre traitant de la Première Guerre Mondiale : celui des allemands. Ici, nous assistons à la destruction pure et simple d’une génération, que l’on embrigade directement dans les écoles à base de grands discours qui galvanisent les jeunes esprits, les menant à parader fièrement devant leurs familles, jusqu’à affronter la désillusion et l’horreur du front.

A l'Ouest rien de nouveau (1930)
A l’Ouest rien de nouveau (1930)

Puissant, avec de remarquables scènes de combats et de guerre qui font presque ressentir les ondes de choc et les tirs à travers l’écran, A l’Ouest, rien de nouveau livre un message très fort, pacifiste, incitant une nouvelle fois à souligner tout le non-sens que représente ce conflit et que, peu importe le camp, ce sont des millions d’hommes qui ont été sacrifiés, et qu’ils ont tous connu la même horreur.


Les Croix de Bois (Raymond Bernard, 1932)

Affiche des Croix de Bois (1932)
Affiche des Croix de Bois (1932)

Si l’on devait résumer assez grossièrement Les Croix de Bois tout en souhaitant donner une idée de sa teneur, nous pourrions dire qu’il s’agit, à peu de choses près, du pendant français d’A l’Ouest, rien de nouveau. Nous y retrouvons la même confrontation entre idéaux et réalité de la guerre, où l’idée d’affrontements héroïques et spectaculaires se retrouve balayée d’un revers de main et noyée dans la boue des tranchées, où le temps s’écoule à une vitesse terriblement lente pour les soldats.

Pierre Blanchar dans Les Croix de Bois (1932)
Pierre Blanchar dans Les Croix de Bois (1932)

Le film de Raymond Bernard crée une atmosphère remarquable, pleine de poussière et de boue, où la mort rôde en permanence, silencieusement, prête à frapper sans coup férir. Et si le film joue avec cette tension, lorsque celle-ci explose, cela se matérialise en un véritable déchaînement d’explosions, donnant lieu à de véritables scènes d’apocalypse qui s’impriment dans notre mémoire. Certainement l’un des films restituant le mieux la violence du conflit et le quotidien des soldats envoyés au front.


La Grande Illusion (Jean Renoir, 1937)

Affiche de La Grande Illusion (1937)
Affiche de La Grande Illusion (1937)

Il paraissait impossible de poursuivre sans parler de La Grande Illusion, probablement l’un des plus grands films réalisés sur la Première Guerre Mondiale, sans que celui-ci ne nous mène au front un seul instant. Ici, pas d’affrontements, pas de conflits. Certes, il y a les geôliers les prisonniers, mais l’état d’esprit qui règne ici n’est pas nourri par la haine et le ressentiment, ceux-ci étant remplacés par le respect, la solidarité et la fraternité. C’est en prenant le parti de s’éloigner du conflit armé que le film évacue justement toute forme d’affrontement.

Jean Gabin dans La Grande Illusion (1937)
Jean Gabin dans La Grande Illusion (1937)

Dans la simplicité, toujours avec modestie, Renoir devient virtuose dans cette capacité à cerner la nature humaine, et à toucher l’universalité. Toutes les classes, toutes les origines et toutes les époques se réunissent dans ces espaces clos d’apparence, et offrant pourtant une vraie ouverture sur notre monde. Loin des masses informes qui se ruent au front, Renoir se met à hauteur d’hommes, les rassemble et les fait communiquer pour montrer que, finalement, tous parlent la même langue. Un message d’espoir au titre pourtant bien désespéré, qui se confirmera deux ans plus tard à peine.


Les Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957)

Affiche des Sentiers de la gloire (1957)
Affiche des Sentiers de la gloire (1957)

Stanley Kubrick est encore un jeune réalisateur dont les œuvres majeures sont à venir, mais il ne semble pas exagéré de parler de chef d’œuvre en qualifiant ainsi Les Sentiers de la gloire. Impossible d’oublier ce mémorable plan-séquence dans les tranchées, précédant un assaut ordonné par un général semblant moins soucieux du sort de ses soldats que de sa propre réputation. Le film de Kubrick offre certes une représentation marquante du front lors de la guerre, mais il va surtout se pencher sur les institutions qui régissent l’armée, et la place de l’ambition dans le cœur des hommes.

Adolphe Menjou et Kirk Douglas dans Les sentiers de la gloire (1957)
Adolphe Menjou et Kirk Douglas dans Les Sentiers de la gloire (1957)

Les Sentiers de la gloire illustre remarquablement bien l’injustice inhérente à la Première Guerre Mondiale, mais aussi les rapports de force entre les puissants et les plus démunis, toujours aussi déséquilibré, notamment au sein de l’armée, mais pas que. Au milieu, le charismatique Colonel Dax, campé par un remarquable Kirk Douglas, fait office d’arbitre mais aussi de défenseur de la veuve et de l’orphelin, se faisant porte-parole de ceux qui sont condamnés à ne faire qu’obéir. Un film d’une puissance rare qui, en une heure et demie à peine, cristallise tous les maux émanant de cette horrible guerre, sortant de son cadre pour une réflexion éloquente sur l’humanité.


La Vie et rien d’autre (Bertrand Tavernier, 1989)

Affiche de La Vie et rien d'autre (1989)
Affiche de La Vie et rien d’autre (1989)

Si filmer la guerre, ses tragédies, ses injustices, et l’incompréhension qu’elle suscite, fut l’enjeu de nombreux films de guerre, raconter les conséquences de ces conflits et les marques qu’ils ont laissés fut tout aussi important, notamment en ce qui concerne la Première Guerre Mondiale. Quand, sur les décombres encore fumants de la « der des ders », alors que l’on comptait encore les morts, il s’est agi d’honorer tous ces sacrifices pour cacher la responsabilité des institution et des gouvernants, c’est toute une mascarade qui s’est mise en place.

La Vie et rien d'autre (1989)
La Vie et rien d’autre (1989)

Baignant dans une atmosphère grisâtre et automnale, La Vie et rien d’autre indique bien que les temps sont durs, que le monde a vécu une catastrophe, et que si les combats ont cessé, rien n’est vraiment terminé. Saisissant tableau d’un monde tiraillé entre la volonté d’honorer la mémoire des morts et de faire table rase, La Vie et rien d’autre est plein de mélancolie, de brutalité, de tristesse et d’humanité. Abordant la terrible période de l' »après », il expose toute la sottise et l’absurdité d’une guerre, qui se manifestent jusqu’à l’injuste traitement accordé à la mémoire des défunts par les hautes instances militaires et politiques.


Capitaine Conan (Bertrand Tavernier, 1996)

Affiche de Capitaine Conan (1996)
Affiche de Capitaine Conan (1996)

Le 11 novembre 1918 au matin, les cloches sonnèrent, signifiant la fin d’une guerre interminable. Mais comment imaginer que, soudainement, des millions de soldats jetèrent les armes à travers toute l’Europe ? Ce n’est, bien entendu, pas ce qui arriva, comme nous le raconte Capitaine Conan, nous envoyant dans les Balkans, là où la guerre continua, malgré l’armistice, la démobilisation des soldats étant impossible, et la perspective d’un retour en France promettant un voyage long et douloureux.

Capitaine Conan (1996)
Capitaine Conan (1996)

Capitaine Conan illustre cette violence teintée de désespoir, qui continue de hanter le cœur des Hommes, une violence condamnée par des institutions qui veulent les punir, mais qui ont surtout perdu le contrôle et l’appui de ceux qu’elles devaient défendre au lieu de les condamner. Philippe Torreton livre une prestation intense, prenant beaucoup d’ampleur dans ce rôle d’homme à fleur de peau, face à d’autres acteurs qui sont loin de démériter, notamment son principal interlocuteur et ami, incarné par Samuel Le Bihan. Ce film, qui s’intéresse finalement surtout à la société et à certains comportements humains, montre que celle qui devait être « la der des der » n’a pas véritablement changé les choses, mais qu’elle a surtout exacerbé des tensions, et qu’elle a plus que jamais réveillé une violence qui sommeille partout.


Au revoir là-haut (Albert Dupontel, 2017)

Affiche d'Au revoir là-haut (2017)
Affiche d’Au revoir là-haut (2017)

Les adaptations d’œuvres littéraires permirent à de grandes œuvres cinématographiques de voir le jour, comme nous le voyions avec A l’Ouest, rien de nouveau. En adaptant le livre de Pierre Lemaître, Albert Dupontel fait d’Au revoir là-haut un drame burlesque qui vise à dénoncer l’absurdité de la réalité, et pas juste celle de 1919, mais celle de notre monde en général. Car la « drôle de guerre », décidée par quelques individus et ayant causé des millions de morts, paraît absurde, mais elle est elle-même née d’un monde lui-même absurde.

Au revoir là-haut (2017)
Au revoir là-haut (2017)

Au revoir là-haut est certes un drame, mais qui ne manque pas de faire rire malgré lui, en tournant au ridicule la société, la politisation des relations entre individus, le pouvoir de l’argent, tout ce qui vicie l’humanité et lui font perdre son authenticité, laquelle est représentée par le personnage d’Albert, d’apparence simple, mais honnête et fidèle. L’impitoyable lieutenant est un homme machiavélique, agissant comme le loup qui chasse la troupe de moutons affamés. Marcel Péricourt, campé par Niels Arestrup, est la représentation de l’homme qui a réussi dans la vie et s’est trouvé une place de choix dans la société, mais qui voit la vie lui échapper, tant au niveau de sa santé, que de sa famille et de ses sentiments. Ces différents personnages représentent tous un échantillon d’un monde complexe, fatigué et moins rationnel que l’on pourrait le penser. Un film puissant et d’une grande beauté, rappelant une nouvelle fois les effets de cette guerre sur notre monde, et partant d’elle pour le raconter.


Loin d’être exhaustive, cette liste a surtout pour vocation de mettre en lumière de grands films racontant chacun à leur manière ce que fut la Première Guerre Mondiale, ses origines, son déroulement et ses conséquences. On pourrait bien sûr penser à Johnny s’en va-t-en guerre (1971), Un long dimanche de fiançailles (2004), Joyeux Noël (2005), L’Heure Suprême (1927), ou encore à Je suis un évadé (1932), Les Fantastiques années 20 (1939) et, très récemment, au 1917 de Sam Mendes. Toujours est-il que chacun d’entre eux nous rappelle que, malgré les années qui passent, les cicatrices demeurent, et que le monde n’a malheureusement peut-être pas tant changé que cela.

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “10 films sur la Première Guerre Mondiale

  • 11 novembre 2021 à 6 h 39 min
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    Bonjour Quentin,
    Une liste de films indispensables pour se souvenir en effet. On pourrait ajouter à la liste des chefs d’œuvre l’immense « Lawrence d’Arabie » qui nous emporte certes loin des tranchées européennes mais donne à voir un autre aspect du conflit.
    On notera la carrence de films entre 1957 et 1989, comme une sorte de désaffection pour cette guerre sans doute au profit d’une autre.

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