Capitaine Conan (Bertrand Tavernier, 1996) – Critique & Analyse

Aujourd’hui, il y a tout juste 102 ans, l’armistice signant la fin des combats était signé dans un wagon à Rethondes, signifiant par la même occasion, la fin de la Première Guerre Mondiale. Mais comment une guerre dite « mondiale » peut-elle s’arrêter soudainement ? Toutes les armes ont-elles été jetées, tout d’un coup, ce 11 novembre 1918 à 11 heures du matin ? La réalité est bien plus complexe que cela, comme nous le rappelle fort judicieusement le Capitaine Conan de Bertrand Tavernier.


Fiche du film

Affiche de Capitaine Conan (1996)
Affiche de Capitaine Conan (1996)
  • Genre : Guerre
  • Réalisateur(s) : Bertrand Tavernier
  • Distribution : Philippe Torreton, Samuel Le Bihan, Bernard Le Coq, François Berléand
  • Année de sortie : 1996
  • Synopsis : En 1918, le lieutenant Norbert commande un détachement. Le capitaine Conan conduit une poignée d’hommes à l’assaut des avant-postes bulgares. (SensCritique)

Critique et Analyse

Samuel Le Bihan et Philippe Torreton dans Capitaine Conan (1996)
Samuel Le Bihan et Philippe Torreton dans Capitaine Conan (1996)

Capitaine Conan est le second film du réalisateur français à parler de la Première Guerre Mondiale, après La Vie et rien d’autre. Dans ce dernier, Bertrand Tavernier montrait une France meurtrie, à terre, comptant ses morts, tentant de donner un nom à tous ces sacrifiés, dans un pays où les institutions veulent faire table rase du passé, mais où le spectre de la mort rôde encore trop pour pouvoir tourner la page. Cette idée d’une guerre qui continue dans les esprits et qui les affecte est encore plus présente dans Capitaine Conan. Ici, nous partons loin, sur le front bulgare, dans des contrées reculées où le conflit fit rage jusqu’au dernier moment, et où l’armistice fut loin d’être synonyme de répit pour ces soldats qui restèrent mobilisés malgré tout. Autant que les soldats espèrent vite rentrer chez eux, la guerre les a contaminés comme une maladie, et ce monde auquel ils s’étaient habitués les a définitivement transformés.

« Capitaine Conan illustre cette violence teintée de désespoir, qui continue de hanter le cœur des Hommes, une violence condamnée par des institutions qui veulent les punir, mais qui ont surtout perdu le contrôle et l’appui de ceux qu’elles devaient défendre au lieu de les condamner. »

Le récit s’orchestre autour de deux points de vue principalement, celui de Norbert, officier lettré chargé d’inspecter sur les dérives de certains soldats qui commettent pillages, violences voire meurtres, et, de l’autre, celui de Conan, véritable guerrier, totalement dans son élément sur le front, toujours fidèle à ses hommes qu’il galvanise dans des actions héroïques. La première partie du film nous mène au front, alors que la guerre fait encore rage, dans d’impressionnantes scènes de bataille où la violence des combats contraste avec l’absence de réaction de certains personnages, bien habitués à tout ce tumulte après quatre ans de guerre. La seconde, quant à elle, explore cette fausse fin de guerre, où les soldats rejoignent Bucarest en attente de savoir quand ils partiront affronter les bolcheviks. Plus de combats, un retour à la vie civile, mais la violence demeure, et c’est notamment cette violence qui est à la base de la réflexion proposée ici par Bertrand Tavernier. Capitaine Conan illustre cette violence teintée de désespoir, qui continue de hanter le cœur des Hommes, une violence condamnée par des institutions qui veulent les punir, mais qui ont surtout perdu le contrôle et l’appui de ceux qu’elles devaient défendre au lieu de les condamner.

Capitaine Conan (1996)
Capitaine Conan (1996)

Conan défend ses hommes, coûte que coûte, malgré les crimes qu’ils ont pu commettre, comme l’attaque d’un cabaret ou, tout simplement, la présumée désertion d’un soldat apeuré. Les officiers, quant à eux, demandent des comptes pour laver l’honneur de l’armée et réprimer ces comportements. Au milieu, Norbert est tiraillé entre la proximité avec ces hommes qui souffrent, et son devoir d’œuvrer pour la justice. Capitaine Conan évite tout manichéisme, montrant que tout est plus compliqué que ce que l’on imagine, et que ce n’est pas qu’une question de guerre, mais bien de comportements humains, et de société. En réalité, la Première Guerre Mondiale n’offre ici qu’un cadre et un contexte pour illustrer une situation générale, applicable à notre époque même, montrant la rupture dans la communication et l’échange entre les institutions et la population, les souffrances de cette dernière qui lutte au quotidien pendant que les premières se sont trop détachées de la population pour avoir pleinement conscience de ses problèmes. En résulte une forme de rébellion, des manifestations violentes de la part d’hommes désorientés, qui se sentent abandonnés. Tout est exposé avec une certaine ambiguïté, laissant le spectateur face à ses propres interrogations, et permettant de susciter chez lui de l’empathie pour toutes les parties présentées.

Capitaine Conan réussit autant sur le front qu’en retrait, avec ses impressionnantes scènes de batailles et ses nombreux plans-séquence témoignant d’une grande ambition, et sa capacité à proposer une écriture soignée et approfondie des personnages, essentielle à un tel film. Philippe Torreton livre une prestation intense, prenant beaucoup d’ampleur dans ce rôle d’homme à fleur de peau, face à d’autres acteurs qui sont loin de démériter, notamment son principal interlocuteur et ami, incarné par Samuel Le Bihan. Ce film, qui s’intéresse finalement surtout à la société et à certains comportements humains, montre que celle qui devait être « la der des der » n’a pas véritablement changé les choses, mais qu’elle a surtout exacerbé des tensions, et qu’elle a plus que jamais réveillé une violence qui sommeille partout. 

Note et avis

En résumé

Des impressionnantes scènes de batailles à celles de la vie civile, Capitaine Conan illustre avec beaucoup de justesse et d’intelligence les mécaniques rouillées d’institutions lâchant ceux qui se battent pour elles. Un équilibre fragile pour une guerre impossible à finir.

Overall
8/10
8/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “Capitaine Conan (Bertrand Tavernier, 1996) – Critique & Analyse

  • 11 novembre 2020 à 15 h 54 min
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    Très bonne idée de visionnage pour rester dans l’humeur de ce 11 novembre. Je lui préfère néanmoins le superbe « la vie et rien d’autre », plus poignant encore sur les conséquences de la guerre.

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