1917 (Sam Mendes, 2020) ★★★★ : En première ligne

Plus de quatre années de destructions, de ruine, de souffrance, d’horreur, de mort. Dans les tranchées, des millions d’hommes ont donné leur vie et enduré les pires épreuves au cœur d’une guerre d’une ampleur inédite. Le grand-père de Sam Mendes était de ces hommes, et, plus de cent ans après cette Première Guerre Mondiale, le cinéaste britannique a choisi de raconter le quotidien des soldats en réalisant 1917.


Fiche du film

Affiche de 1917 (2020)
Affiche de 1917 (2020)
  • Genre : Guerre
  • Réalisateur : Sam Mendes
  • Distribution : George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Benedict Cumberbatch, Colin Firth
  • Année de sortie : 2020
  • Synopsis : Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies (AlloCiné)

Critique et Analyse

1917 (2020)
1917 (2020)

Pas-de-Calais, mars 1917. La guerre fait rage, et les soldats se sont enfouis dans les tranchées depuis presque trois ans déjà. Les camps maintiennent leurs positions et guettent chaque mouvement pour faire parler la poudre. Le danger est partout, et il n’y a que la mort à l’horizon. Dans le cadre du cinéma, la Première Guerre Mondiale est moins visible et représentée que la Seconde, même si elle a été racontée alors qu’elle n’était pas encore ou à peine terminée, dès, notamment, le J’Accuse d’Abel Gance. Pendant tout le siècle qui s’est écoulé depuis, elle a été la base de métrages l’abordant de manières diverses, qu’il s’agisse d’une critique des institutions et de la quête de gloire dans Les Sentiers de la Gloire de Kubrick, d’une dénonciation de l’embrigadement dans A l’Ouest, rien de nouveau de Lewis Milestone, de la destruction d’un homme dans Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, ou, plus récemment, de la reconstruction et de la malhonnêteté des hommage aux morts dans La Vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier ou Au revoir là-haut d’Albert Dupontel.

« L’objectif de Sam Mendes, en montant 1917 sous la forme d’un seul plan-séquence, est de confronter le spectateur à l’immédiateté, à l’immerger pleinement dans le climat de la guerre, à faire de lui une véritable partie prenante du combat, en vivant le tout en temps réel. »

Après tant d’illustres prédécesseurs, que proposer de nouveau ? En réalité, le nouveau n’est pas nécessaire, ni synonyme de réussite, mais ce que propose Sam Mendes est tout à fait audacieux et novateur. Avec 1917, le cinéaste s’expose à un défi, choisissant, pour raconter son histoire, ce qui est devenu l’un des outils sacrés du septième art : le plan-séquence. Parfait symbole du défi technique et du perfectionnisme, il permet de nombreuses choses et fait toujours son effet, au risque, parfois, d’en faire un peu trop. Mais ce n’est pas le cas ici. 1917 se présente comme un plan-séquence unique, au détail près qu’il recèle quelques coupes non-visibles et une coupe visible. L’objectif de Sam Mendes, en montant 1917 sous la forme d’un seul plan-séquence, est de confronter le spectateur à l’immédiateté, à l’immerger pleinement dans le climat de la guerre, à faire de lui une véritable partie prenante du combat, en vivant le tout en temps réel.

Benedict Cumberbatch dans 1917 (2020)
Benedict Cumberbatch dans 1917 (2020)

Nous accompagnons les soldats, nous sommes avec eux. Nous sommes sur le front, nous vivons ce qu’ils vivent. La caméra tourne autour d’eux, les fixe, suit leur chemin, parvenant toujours à capturer divers détails développant le contexte dans lequel se déroule la guerre, illustrant et décrivant le quotidien des soldats, entre les plaines défigurées par les impacts d’obus, les cadavres qui jonchent le sol, et le silence de mort qui règne dans ces vastes espaces. S’il n’y a pas de coupes régulières, les images sont suffisamment éloquentes, palliant au silence des soldats, effectuant le travail de description nécessaire à l’accompagnement de cette mission dont nous suivons la progression. Mais 1917 n’est pas qu’un film de technicien, car au-delà du travail sur le montage et sur la construction des plans, il n’oublie jamais le principal : l’humain. Il parvient à donner du relief aux personnages que nous accompagnons et que nous rencontrons, à susciter l’empathie du spectateur, rappelant toujours que ce sont bien des êtres humains, avec une famille, des émotions, des sentiments et des états d’âme, qui ont risqué ou donné leur vie au combat.

Sam Mendes trouve, avec 1917, le parfait équilibre entre la technique et l’humain, l’un ne prenant jamais le pas sur l’autre, ce que je pouvais reprocher au Dunkerque de Nolan qui, malgré des intentions différentes, me paraissait trop mécanique et recourir à des effets artificiels. Dans 1917, la guerre est plus vraie que nature, tout est d’une authenticité impressionnante, en conviant le spectateur à une expérience des plus immersives. Le tout est magnifié par la photographie de Roger Deakins, qui renouvelle sa collaboration avec Sam Mendes, pour notre plus grand plaisir, avec, notamment plusieurs scènes d’une beauté remarquable, comme celles se déroulant la nuit, entre autres. Le défi est relevé haut la main, et montre qu’il y a toujours de nouvelles choses à proposer et à chercher au cinéma. 2020 n’est pas encore commencée, mais cette nouvelle année trouve déjà, avec 1917, l’un des grands films qui devraient la marquer.

Sortie en France le 15 janvier 2020. Merci au Club 300 AlloCiné de m’avoir permis de découvrir le film en avant-première.


Note et avis

4/5

1917 est une expérience immersive et impressionnante. Le spectateur est envoyé sur le front d’une horrible guerre grâce à un remarquable travail sur la technique, qui n’oublie jamais le plus important : l’humain.

Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

4 pensées sur “1917 (Sam Mendes, 2020) ★★★★ : En première ligne

  • 7 décembre 2019 à 18 h 49 min
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    Un premier avis qui présage d’un grand moment de cinéma. J’avoue nourrir quelques réserves quant au procédé choisi par Mendès. Il devrait trouver néanmoins toute sa justification dans le cadre du film de guerre.
    Merci pour cette mission de reconnaissance.

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    • 7 décembre 2019 à 19 h 31 min
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      Avec plaisir ! Je ne peux qu’encourager à foncer sur le front dès sa sortie en tout cas ;)

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  • 19 janvier 2020 à 19 h 21 min
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    Je reviens de cet intense plaisir de cinéma pour relire ce compte-rendu de bataille. Il me rappelle les grands moments vibrants de ce film certes immersif mais au réalisme tout de même atténué par la stylisation de la mise en scène. Comme chez Kubrick dans « Full Metal Jacket », on quitte les rives de notre monde pour passer dans l’au-delà. Pas un Enfer baroque selon Fulci, mais Dante n’est pas loin. et ce n’est que pur plaisir de cinéma.

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