L’Étreinte du Serpent (Ciro Guerra, 2015) ★★★½ : Voyage sur les rives de l’humanité

La forêt amazonienne, le « poumon » de la Terre, immense zone forestière où la nature règne encore en maîtresse, où des tribus vivent en harmonie avec elle, loin du tumulte de la civilisation moderne. L’Étreinte du Serpent nous invite à découvrir un monde lointain, à travers un périple au fil de l’eau.


Fiche du film

Affiche de L’Étreinte du Serpent (2015)
Affiche de L’Étreinte du Serpent (2015)
  • Genre : Aventure
  • Réalisateur : Ciro Guerra
  • Distribution : Nilbio Torres, Jan Bijvoet, Antonio Bolivar
  • Année de sortie : 2015
  • Synopsis : Karamakate, un chaman amazonien puissant, dernier survivant de son peuple, vit isolé dans les profondeurs de la jungle. Des dizaines d’années de solitude ont fait de lui un chullachaqui, un humain dépourvu de souvenirs et d’émotions. Sa vie est bouleversée par l’arrivée d’Evans, un ethnobotaniste américain à la recherche de la yakruna, une plante sacrée très puissante, possédant la vertu d’apprendre à rêver. Ils entreprennent ensemble un voyage jusqu’au cœur de la forêt Amazonienne au cours duquel, passé, présent et futur se confondent, et qui permettra à Karamakate de retrouver peu à peu ses souvenirs perdus. (SensCritique)

Critique et Analyse

L’Étreinte du Serpent (2015)
L’Étreinte du Serpent (2015)

Le film de Ciro Guerra mêle deux époques différentes. La première, au début du XXe siècle, raconte comment Karamakate accompagne Theodor Koch-Grünberg, explorateur, gravement malade et que seule la yakruna peut guérir. Et la seconde, dans les années quarante, où Evans, ethnobotaniste, cherche à son tour la yakruna pour guérir des maladies affectant les cultures d’hévéa, produisant la matière première nécessaire à la production de caoutchouc, et qui rencontre à son tour Karamakate. Les deux quêtes vont être sources d’espoirs et de désillusions, avec pour théâtre commun cet immense forêt cachant de nombreux secrets.

« Avec un aspect très onirique et atemporel, L’Étreinte du Serpent se présente comme un périple initiatique hors du temps et du monde, opposant et rassemblant des visions du monde pour ramener le spectateur à un état originel, un état de nature permettant une reconnexion avec l’essentiel. »

Dans un superbe noir et blanc, Ciro Guerra nous fait voguer sur l’Amazone où les péripéties rencontrées par les voyageurs dont nous suivons l’aventure seront souvent source de questions plus que de réponses. On y rencontre des tribus locales, des missions chrétiennes, la culture de l’hévéa… Chaque arrêt sur une rive du fleuve occasionne la découverte des secrets de la forêt amazonienne, mais L’Étreinte du Serpent n’est pas qu’un récit d’exploration aux accents documentaires. Avec un aspect très onirique et atemporel, L’Étreinte du Serpent se présente comme un périple initiatique hors du temps et du monde, opposant et rassemblant des visions du monde pour ramener le spectateur à un état originel, un état de nature permettant une reconnexion avec l’essentiel.

L’Étreinte du Serpent (2015)
L’Étreinte du Serpent (2015)

Ici, les notions de bien et de mal sont toutes relatives. Paradis perdu pour le spectateur occidental qui renoue avec la nature à travers ces superbes paysages, cette forêt amazonienne peut aussi devenir un Enfer où l’humanité sombre dans ses travers. On évangélise les enfants par la violence et la destruction de leur culture, on crée d’obscures sectes faisant l’apologie de la violence, on torture des autochtones pour cultiver l’hévéa… L’accès au monde de rêves garanti par la yakruna doit se faire au prix d’une prise de conscience préalable, aidée par Karamekate, entité omnisciente elle-même soumise à ses propres jugements. Personnage à part, il est le lien avec ce monde de rêves, qu’il perd lui-même de vue en constatant la direction que prend l’humanité, qui a perdu son humilité et sa capacité à apprécier l’essentiel. Il est celui qui doit montrer le chemin, mais qui le retrouve également grâce aux autres. Il appartient, ensuite, au spectateur d’y recueillir les messages qui lui parlent, d’y trouver des sources de réflexions, des réponses et des questions.

Voyage aux confins du monde, aux sources de l’humanité, L’Étreinte du Serpent nous invite à renouer avec l’essentiel, à libérer notre conscience et à découvrir le monde grâce à notre perception. Ciro Guerra transpose le tout au cinéma avec ce métrage des plus oniriques. Les visions du monde se confrontent et s’associent pour nous inviter à voir les choses autrement. Un film aussi éclairé qu’il peut être obscur dans son développement.


Note et avis

3.75/5

Voyage initiatique et onirique, L’Étreinte du Serpent offre une vision globale du monde invitant à l’introspection et au retour aux sources. Un film à la beauté indéniable, qui illumine l’esprit tout en étant relativement obscur dans son développement.

Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “L’Étreinte du Serpent (Ciro Guerra, 2015) ★★★½ : Voyage sur les rives de l’humanité

  • 28 décembre 2019 à 16 h 46 min
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    Un film qui donne envie de partager la vie d’indiens d’amerique

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