A la rencontre de… Les 8 Salopards (2016)

Affiche de Les 8 Salopards (2016)
Affiche de Les 8 Salopards (2016)

Elle est arrivée, cette nouvelle année 2016. Pendant que Star Wars Episode VII : Le Réveil de la Force est en train de battre tous les records imaginables au box-office, un autre film très attendu des cinéphiles est venu frapper à la porte des salles obscures à l’orée de ce nouveau millésime : Les 8 Salopards. Un petit Tarantino, quoi de mieux pour lancer les hostilités ? Allez, pas le temps de baratiner, à l’attaque !

Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les 8 Salopards (2016)
Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les 8 Salopards (2016)

Film à la genèse bien difficile, Les 8 Salopards a bien failli ne jamais voir le jour. C’est quand l’espoir était au plus bas que, finalement, l’annonce de sa sortie officielle a été faite, mettant l’eau à la bouche de tous les fans de Tarantino, qui restaient sur le très bon (cet avis n’engage que moi bien sûr) Django Unchained de 2012. Alors que l’on espérait une sortie française pour Noël, il a fallu attendre 2016 pour pouvoir visionner, confortablement assis dans une salle de cinéma, le huitième film du réalisateur. En espérant que vous n’ayez pas succombé au piège des fuites de copies piratées, un vrai blasphème quand on sait que ce n’est pas toujours que Quentin nous gratifie d’un nouveau métrage, mais bon, passons, ceci relève d’un autre débat.

« QT » est un réalisateur qui divise. Doté d’un style qui lui est bien propre, c’est un cinéaste qui se plait surtout à se faire plaisir lui-même à travers ses réalisations. Tant mieux si ça plait, tant pis si ça déplait. Le principal est que le résultat lui convienne. Et même si ses différents films ont une base similaire, chacun d’entre eux a sa propre âme. Je n’ai découvert l’univers du réalisateur qu’en 2012 en allant voir Django Unchained au cinéma, lequel m’avait beaucoup séduit. Deux ans plus tard, je visionnais son mythique Pulp Fiction (1994), lequel me laissa quelque peu dans l’incertitude et la déception, tout comme Inglourious Basterds (2009), tandis que Kill Bill (2003), Kill Bill 2 (2004) et Reservoir Dogs (1992) m’avaient bien davantage conquis. C’était donc tout naturellement avec un enthousiasme mesuré que j’allais à la rencontre de The Hateful Eight, traduit en « Les 8 Salopards » dans notre belle langue.

Tim Roth dans Les 8 Salopards (2016)
Tim Roth dans Les 8 Salopards (2016)

Comme je ne suis pas un grand adepte du spoiler, je resterai dans le cadre d’une impression globale, afin que les spectateurs l’ayant déjà vu comprennent, et que les autres aient une idée de ce qui les attend au cinéma. Oui, au cinéma, parce que c’est quand même plus cool qu’un truc en qualité moyenne sur un petit écran.

Les 8 Salopards est un joyeux mélange de tout ce qui définit un style que l’on pourrait qualifier de « tarantinesque ». Des plans longs, de longs dialogues, de l’hémoglobine et des personnages ambivalents, sur ce point, on ne peut remettre en cause la paternité de ce film à Quentin Tarantino. J’entends dire à droite et à gauche qu’il pêche par son manque d’originalité, l’irrégularité de son rythme et son scénario très simpliste. Il est vrai, en effet, que Les 8 Salopards n’est pas exempt de défauts, et que les personnes le critiquant sur ces différents points invoquent des arguments que j’aurais tendance à partager. En effet, 2h45, ce n’est pas rien, et le film nécessite de bien s’accrocher afin de bien rester dans l’histoire, ce qui est assez difficile au terme d’un long dialogue ou, au contraire, d’un long moment de silence, je le conçois. Mais cela fait partie intégrante du style de Tarantino, que l’on aime ou non. Toutefois, je serai d’accord pour dire que Les 8 Salopards n’est pas son film le mieux dosé.

Les 8 Salopards (2016)
Les 8 Salopards (2016)

Quand on entend parler de « 8 salopards », on espère que chacun verra sa propre histoire suffisamment contée afin que chacun dispose de son identité propre, peut-être pas à quantités égales, mais au moins assez pour que chacun ait son intérêt. Ici, ce n’est vraisemblablement pas le cas, certains héritant de rôles de choix quand d’autres restent bien en retrait, ce qui est assez regrettable. Encore une fois je n’entre pas dans le détail afin de ne rien dire de trop. De même, certaines scènes s’éternisent, nous faisant parfois espérer passer à autre chose afin que l’intrigue se poursuive et livre des éléments plus importants et intéressants à traiter.

Mais doit-on vraiment jeter la pierre au dernier-né de Tarantino ? Pas pour moi. Comme dit précédemment, les critiques sont généralement fondées, mais mon ressenti personnel n’est pas aussi négatif que certains camarades. Le début du film fait difficilement penser à un Tarantino, exposant de larges plans extérieurs, esthétiquement très beaux, presque romantiques à l’ouïe de la belle musique d’Ennio Morricone, laissant imaginer que Quentin voulait un peu sortir de ses carcans. Une belle introduction qui visait surtout à davantage plonger le spectateur dans l’ambiance pesante et renfermée de la mercerie dans laquelle la grande majorité de l’intrigue se déroule.

Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les 8 Salopards (2016)
Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les 8 Salopards (2016)

Le film a un côté très théâtral, mettant en scène ses personnages dans un décor unique, se faisant succéder différentes scènes où n’interagissent que certains d’entre eux, pendant que les autres apparaissent en fond, semblant à la fois dans leur bulle, et écouter ce qui se déroule. Comme il aime le faire, Tarantino a subdivisé son film en chapitres, marquant une coupure nette entre chacun d’entre eux, comme se succéderaient des actes lors d’une pièce de théâtre. Le jeu des acteurs est également très théâtral, chacun d’entre eux mettant bien en lumière les traits de caractère de leur personnage.

Les 8 Salopards, tout en se déroulant dans un nouvel univers, reprend bien des composantes visibles chez ses prédécesseurs, comme le déroulement de l’intrigue en huis clos de Reservoir Dogs (1992), les longs dialogues tranchés au couteau de Pulp Fiction (1994), les provocations et joutes verbales pistolet en main d’Inglourious Basterds (2009) et les effusions de sang de Kill Bill (2003) et Django Unchained (2012). Sans le faire toujours de la meilleure des manière, les références sont suffisantes pour installer le spectateur dans son confort et garder sa confiance.

Michael Madsen dans Les 8 Salopards (2016)
Michael Madsen dans Les 8 Salopards (2016)

Ce qu’il faut se dire avec Les 8 Salopards, c’est que le contexte dans lequel il s’inscrivait n’était pas favorable à faire de ce film une véritable révolution qui allait totalement emballer les foules. Tarantino voulait à la fois un peu sortir des sentiers battus avec un nouveau style et des situations différentes, tout en réalisant un film venu du cœur et à même de lui plaire lui-même, et en restant fidèle à son univers si particulier. Partant de ce principe, Les 8 Salopards s’annonçait comme un film peu audacieux, à même de satisfaire les fans du réalisateur, mais qui risquait d’être moins à même d’attirer un nouveau public.

Au final, le résultat est, à mes yeux, satisfaisant, remplissant son contrat, sans pour autant briller de mille feux. Le film reste de très bonne facture, fidèle au style de Quentin, avec ses rebondissements inattendus, ses dialogues très recherchés, son côté déjanté, ses acteurs fétiches que l’on a plaisir à retrouver, etc. En somme, Les 8 Salopards reste pour moi un Tarantino digne de ce nom. N’en déplaise donc au plus sceptiques, j’ai passé un bon moment qui me permet d’ouvrir sur une bonne note mon année 2016 au cinéma.

Note : 8/10.

Bande-annonce de Les 8 Salopards

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