La Lettre Écarlate (Victor Sjöström, 1926) ★★★★½ : Le poids du secret

La Lettre Écarlate est le cinquième film réalisé par Victor Sjöström aux États-Unis. Larmes de clown fut probablement son premier grand coup d’éclat outre-atlantique, avec un très grand Lon Chaney dans le rôle principal. La Lettre Écarlate jouit peut-être une réputation légèrement moindre, mais il s’agit sans conteste d’une des pièces maîtresses de sa filmographie.


Fiche du film

Affiche de La Lettre Écarlate (1926)
Affiche de La Lettre Écarlate (1926)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Victor Sjöström
  • Distribution : Lillian Gish, Lars Hanson, Henry B. Walthall
  • Année de sortie : 1926
  • Synopsis : Un village de la Nouvelle-Angleterre en 1645. Ses très puritains habitants se plaignent du comportement « choquant » d’Hester Pryne auprès du révérend Dimmesdale. Celui-ci est attiré par la jeune femme et ils ont une liaison passionnée, vite frappée du sceau de l’infamie, d’autant plus qu’un enfant naît de cette union… (SensCritique)

Critique et Analyse

Lars Hanson et Lillian Gish dans La Lettre Écarlate (1926)
Lars Hanson et Lillian Gish dans La Lettre Écarlate (1926)

Le cinéaste suédois nous ramène aux origines de la société américaine, très puritaine et protestante. Très attachés aux valeurs et aux lois religieuses, souvent appliquées durement, ils sont toujours au rendez-vous des sermons du révérend Dimmersdale, qui ne manque jamais de haranguer les foules grâce à ses paroles. Hester, quant à elle, est une femme solitaire, qui doit répondre de « crimes » anodins jugés graves par les lois religieuses, et qui doit être entravée et immobilisée sur la place publique pour se repentir de ses erreurs. Ce sont la pitié et la compassion qui mèneront le révérend à la libérer, jusqu’à éprouver des sentiments pour elle. Cependant, alors que cette idylle déjà peu acceptable aux yeux du peuple naissait, il ne savait pas qu’Hester était mariée, avec un homme qu’elle n’aimait pas et qui ne l’aimait pas, et qui avait disparu alors qu’elle ralliait l’Amérique depuis l’Europe. C’est donc avec le poids d’un terrible secret, et loin des yeux de tous, que les deux amants devront tenter d’assouvir leur passion commune.

« La Lettre Écarlate vient illustrer la naissance d’une société construite et régie par des hommes, pour les hommes, où les femmes paient le prix pour les fautes de ces derniers. »

Le révérend et Hester doivent vivre dans la marginalité, comme Eyvind et Halla dans Les Proscrits (1918). On retrouve, dans La Lettre Écarlate, la même nécessité de fuir pour vivre pleinement, et pour s’isoler d’une société délatrice qui peut tout anéantir par principe. La pression exercée par cette société est, cependant, beaucoup plus violente ici, celle-ci étant présentée comme étant foncièrement injuste et hypocrite, cherchant toujours des bouc-émissaires et ne respectant elle-même pas en privé les lois qu’elle applique en public. Ces lois sont d’ailleurs créées par des hommes, toujours décisionnaires, et orientant souvent les règles à l’encontre des femmes. La Lettre Écarlate vient illustrer la naissance d’une société construite et régie par des hommes, pour les hommes, où les femmes paient le prix pour les fautes de ces derniers.

Lillian Gish dans La Lettre Écarlate (1926)
Lillian Gish dans La Lettre Écarlate (1926)

A la manière de Häxan : la sorcellerie à travers les âges (1922), La Lettre Écarlate montre la cruauté et l’injustice des hommes à l’égard des femmes, pêcheuses par excellence, descendantes d’Eve, qui avait cueilli le fruit défendu. Défendu, comme cet amour incontrôlable qui unit Hester et le révérend, perpétuellement menacés par la société et par le fantôme de Roger Prynne, qui hante la jeune femme. Incarnée par une brillante Lillian Gish, c’est un personnage avec de la profondeur, très tourmenté, comme toujours chez Sjöström. L’actrice y est captivante, parvenant, rien qu’avec son regard, à traduire des émotions à parler au spectateur, lui faisant partager toute la souffrance qui l’accable, notamment lors d’une scène mémorable, au milieu du film. En silence, le spectre de la vengeance fomente son plan, alors qu’Hester et le révérend cherchent l’apaisement et la rédemption, prouvant définitivement que nous sommes dans un film de Victor Sjöström.

La Lettre Écarlate est un film d’une grande puissance dramatique, d’où émane une grande force. Parfois plus évocateur dans ses représentations de la nature (Terje Vigen, 1917) ou dans ses pérégrinations dans le genre fantastique (La Charrette Fantôme, 1921), le cinéaste suédois revient à quelque chose de plus terre à terre, qui ne manque pas d’être éloquent, capitalisant sur la puissance des images, et porté par ses acteurs principaux. Une nouvelle grande oeuvre de sa part.

En résumé
Note
9/10

Note et avis

La Lettre Écarlate est une grande tragédie dépeignant un monde puritain, dirigé par les hommes et pour les hommes, où les femmes paient toujours pour les fautes de ces derniers. Sjöström nous emporte dans un nouveau tourbillon de tourments. Saisissant.

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

Une pensée sur “La Lettre Écarlate (Victor Sjöström, 1926) ★★★★½ : Le poids du secret

  • 22 février 2020 à 13 h 17 min
    Permalink

    Très envie de découvrir ce film après lecture de cet article. Sjostrom est sans doute le réalisateur idéal pour dépeindre ce drame sur fond de puritanisme (lui qui est issu d’un pays protestant) et Lilian Gish, l’orphelin de chez Griffith, l’interprète parfaite.

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