Le Vent (Victor Sjöström, 1928) ★★★★ : Tourbillons sentimentaux

Nouvelle et dernière incursion dans la filmographie de Victor Sjöström, pour le moment. Le Vent est, sans aucun doute, son film le plus célèbre. Autant qu’il s’agit de l’un de ses derniers films, c’est aussi l’un de ses plus reconnus, faisant de lui l’un des films muets les plus salués et cités encore aujourd’hui.


Fiche du film

Affiche de Le Vent (1928)
Affiche de Le Vent (1928)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Victor Sjöström
  • Distribution : Lillian Gish, Lars Hanson, Montagu Love
  • Année de sortie : 1926
  • Synopsis : Le vent ne cesse de souffler dans cette région du désert américain où Letty, une jeune fille récemment devenue orpheline, vient s’installer chez ses cousins. Poussée par une parente jalouse, elle épouse un modeste cow-boy, Lige. Tandis que celui-ci part en expédition, laissant seule sa femme, arrive une tempête de sable. Livrée a elle-même, Letty est rejointe par un ancien soupirant. (SensCritique)

Critique et Analyse

Le Vent (1928)
Le Vent (1928)

Auparavant passé par l’Amérique puritaine du XVIIe siècle dans La Lettre Écarlate (1926), Sjöström nous invite, cette fois, dans les grandes plaines du désert américain, quelque part au XIXe siècle. Quand Letty prend le train pour se rendre chez son cousin, on lui parle de ces grandes contrées reculées, de la vie qu’on y mène, et du vent qui y souffle perpétuellement. Alors qu’elle arrive à destination, elle découvre ces paysages sauvages, synonymes d’une nouvelle vie pour elle, d’un retour aux sources, elle qui semble provenir d’un univers plus citadin. Les cow-boys élèvent du bétail et des chevaux, ils survivent dans ces endroits lointains, alors que le vent souffle, encore et toujours.

« Victor Sjöström montre un monde d’hommes où les femmes ne choisissent pas, devant suivre ce qui leur est imposé. »

Le spectateur remarque rapidement un décalage entre Letty et les personnages qui l’entourent. C’est celui-ci qui sera la base et la clé de l’intrigue que propose Victor Sjöström dans Le Vent. Tantôt farouches et adversaires, à l’image de la femme du cousin, tantôt amicaux et chaleureux, voire trop, à l’image de Lige, tous ces personnages créent une sorte de microcosme étrange où Letty se distingue largement. Ici, elle n’est jamais qu’une invitée, ou, au pire, une étrangère devant se soumettre aux lois de cet endroit. La jeune femme, simplement venue vivre chez sa famille, se voit imposer les règles, elle ne peut jamais choisir, elle subit, toujours. Prolongeant la réflexion proposée dans La Lettre Écarlate, Victor Sjöström montre un monde d’hommes où les femmes ne choisissent pas, devant suivre ce qui leur est imposé. Les hommes veulent l’épouser, alors elle doit accepter. Elle ne peut subvenir à ses besoins seule, alors il il faut un mari. Letty se retrouve alors confrontée à la découverte des sentiments, de l’amour comme attraction et comme repoussoir, un amour imposé par la société, mais aussi par son aspect incontrôlable.

Le Vent (1928)
Le Vent (1928)

Survient alors l’intervention de l’un des personnages principaux du film : le vent. Omniprésent, il balaie tout sur son passage, il ébouriffe les personnages, il les égare dans des tourbillons de poussière. Plus que jamais, Victor Sjöström fait appel à la nature à travers cette force invisible et insurmontable, le vent venant lier, forcer et anéantir les destins, devenant maîtresse de tout, écrivant l’histoire de ses puissantes rafales. Le vent, c’est aussi une projection de l’état mental de Letty, comme le fut la mer pour Terje Vigen dans le film du même nom. C’est cette tempête émotionnelle qui gagne en puissance au fur et à mesure que l’héroïne est tourmentée dans l’indécision, qu’elle subit, jusqu’à atteindre l’émancipation et l’émancipation.

Le Vent constitue une véritable synthèse du cinéma de Victor Sjöström, reprenant toutes ses composantes majeures et les poussant à un degré de maîtrise et de sophistication inédits. Puisant dans les tourments de ses personnages pour affecter l’imagerie de son film, notamment avec l’invocation du vent, le cinéaste s’aventure sur les sentiers de l’expressionnisme, allant jusqu’à proposer des séquences très oniriques, comme les superbes images du cheval qui galope au ralenti dans les nuages. Le Vent est une nouvelle œuvre majeure de la part du cinéaste, et c’est probablement son film le plus abouti et le plus évocateur. Au crépuscule du cinéma muet, ce dernier trouve ici un sommet, une apogée qui se déchaîne une dernière fois dans les tourbillons de l’infini.

En résumé
Note
8.5/10

Note et avis

Le Vent est le film-somme de Victor Sjöström. La nature, qui se manifeste à travers ce vent inlassable, vient lier, forcer et anéantir les destins, racontant la mort et la naissance de l’amour, choisir quand tout est imposé. Un sommet en termes de mise en scène.

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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