Cinexpress #159 – Cloud Atlas (2012)

La réputation de Cloud Atlas a tendance à le précéder. Connu pour sa complexité due à sa structure, ce film choral raconte et associe des histoires, des époques et des personnages pour développer un récit plus global et général. Il ne s’agira pas, ici, de chercher à faire une analyse poussée visant à expliquer le pourquoi du comment, car certains l’ont déjà très bien fait, et qu’il me semble plus intéressant de se perdre un peu pour mieux retrouver son chemin. C’est donc à la suite d’un second visionnage sur Arte, qui m’a apporté de nouvelles réponses et que je souhaitais partager, qu’est venu le moment de parler de Cloud Atlas.


Fiche du film

Affiche de Cloud Atlas (2012)
Affiche de Cloud Atlas (2012)
  • Genre : Aventure, Drame, Science-fiction
  • Réalisateurs : Lana Wachowski, Lilly Wachowski, Tom Tykwer
  • Année de sortie : 2012
  • Casting : Tom Hanks, Halle Berry, Ben Whishaw, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Hugh Grant, Doona Bae, James D’Arcy
  • Synopsis : L’histoire se déroule sur 5 siècles dans plusieurs espaces-temps, des êtres se croisent et se retrouvent, naissant et renaissant successivement. (senscritique.com)

Critique et Analyse

Cloud Atlas (2012)
Cloud Atlas (2012)

Les Wachowski, avec Matrix, nous avaient déjà embarqués dans une aventure de science fiction forte et intéressante avec cette saga devenue culte. Si le premier film développait la plupart des points intéressants, les suivants s’avéraient plus classique. Avec Cloud Atlas, les Wachowski livrent un puissant condensé d’un très large récit, racontant des histoires dans l’histoire, traversant 500 années, entre passé et futur. Chaque histoire a ses personnages et ses problématiques, mais l’une des premières clés du film réside dans la continuité. Cette continuité se traduit notamment par l’utilisation du même casting pour chaque histoire, où les rôles des acteurs s’échangent et se croisent. Avec un montage basé entre autres sur des transitions éloquentes et au timing pensé, les réalisateurs construisent des liens implicites entre les histoires pour, petit à petit, laisser la possibilité au spectateur d’entrevoir les ficelles de l’histoire principale.

« Chaque histoire est liée à au moins une autre histoire, par des éléments importants ou des détails, pour donner lieu à une fabuleuse odyssée humaine. Ce qui semblait être avant tout une intrigue à tiroirs complexe s’avère, finalement, être surtout une histoire sur l’humanité et ce qu’elle a de plus fondamental. »

En effet, ce choix amusant de faire apparaître les acteurs sous des traits différents dans chaque histoire crée un certain jeu avec le spectateur, mais induit également une notion de recommencement, de boucle, ainsi que de jonction entre les époques. Chaque histoire est liée à au moins une autre histoire, par des éléments importants ou des détails, pour donner lieu à une fabuleuse odyssée humaine. Ce qui semblait avant tout être une intrigue à tiroirs complexe s’avère, finalement, être surtout une histoire sur l’humanité et ce qu’elle a de plus fondamental. L’amour, la haine, les croyances, l’oppression, l’évolution, la régression, la tolérance, l’intolérance, toutes ces notions s’affrontent et se répondent, trouvant chacune une incarnation dans les personnages et les événements qu’ils vivent. Le constat est, finalement, que l’histoire se répète, que le monde suit un recommencement perpétuel, des origines sur la plage d’une île dans le Pacifique en 1849, à un futur lointain sur une plage d’une planète lointaine dans 300 ans.

Ben Whishaw dans Cloud Atlas (2012)
Ben Whishaw dans Cloud Atlas (2012)

Cloud Atlas est donc un film sur l’humanité, son histoire, sa pérennité, et pour la relier à travers les âges, il fait appel à l’une de ses créations les plus intemporelles et importantes : l’art. Le livre d’Erwing inspire Frobisher. Ce dernier compose la Cartographie des Nuages. Les lettres de Sixsmith, victime d’intérêts économiques, inspirent Luisa dans sa volonté de dénoncer les sales combines d’une grande entreprise. Ce combat inspire Javier, dont le livre parviendra à Timothy, dont l’histoire sera racontée dans un film découvert par Sonmi et Hae-joo. Et Sonmi transmettra ses messages vidéo aux Prescients et à Zachry. Les arts, avec ici la littérature, la musique, le cinéma et même la sculpture, deviennent ainsi les messagers, les supports permettant à l’humanité de transmettre son héritage et de perdurer. Car l’art est inhérent à l’humanité, c’est à travers lui que des peuples de contrées et d’époques différentes ont su communiquer, et la Cartographie des Nuages, mélodie intemporelle et envoûtante, cristallise cette idée, faisant défiler les images dans notre tête à l’ouïe de sa mélodie.

Si le film est principalement connu pour la complexité de son récit, ses thématiques demeurent très fondamentales et basiques. On se retrouve ainsi, une nouvelle fois, confronté à l’idée que les sujets les plus simples demeurent les plus difficiles à aborder de manière intelligente et pertinente. Par exemple, Andreï Tarkovski, mon meilleur exemple en la matière, le faisait de la manière la plus abstraite possible, induisant des sens métaphysiques, psychologiques et sociologiques à travers la construction de ses films. Le montage et la structure du film créent un ressenti général qui dessine les thématiques principales du métrage au spectateur, concept évoqué dans ma chronique sur la théorisation du langage cinématographique par les cinéastes russes des années 20, et ici de nouveau utilisé pour transcender le récit et lui donner un sens qui se dessine à travers le ressenti et les émotions du spectateur.

Visuellement superbe, sans temps mort, emportant son spectateur dans ce flot d’histoires dans lequel ce dernier essaie de s’accrocher, Cloud Atlas impressionne par sa beauté et sa capacité à captiver. Et s’il peut être légitime, ici, d’être réticent à l’aspect un brin clinquant et mélodramatique qu’il peut avoir par rapport à divers autres films choraux ou sur l’humanité en général, il s’avère surtout puissant et éloquent. Chacun trouvera son propre intérêt dans Cloud Atlas, explorant ses multiples potentialités et étudiant toutes les idées qu’il expose. C’est un film qui a été conçu de telle manière que le spectateur doit se l’approprier, il ne doit pas subir le film, mais le faire vivre à travers ses émotions. Un film à voir et, surtout, à revoir.


Note et avis

4.5/5

[star rating= « 4.5 » max= « 5 »]

Cloud Atlas entraîne son spectateur à travers les époques et les histoires pour dresser un tableau de l’humanité, de ses fondements à sa destruction, et à sa renaissance. Egalement un hommage à l’art, c’est un film qui mérite plus d’un visionnage pour le comprendre et cerner ses principales thématiques.


Bande-annonce de Cloud Atlas

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

4 réflexions sur “Cinexpress #159 – Cloud Atlas (2012)

  • 20 février 2018 à 12 h 14 min
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    Personnellement j’ai trouvé ce métrage très beau visuellement, mais jusqu’à présent je me suis refusé à en faire un critique car il est particulièrement complexe selon moi.

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    • 20 février 2018 à 12 h 16 min
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      Je ne peux qu’être d’accord, après le premier visionnage j’étais perdu aussi ^^ Mais on y voit déjà bien plus clair en le revoyant ;)

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      • 20 février 2018 à 17 h 28 min
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        J’admets, j’avoue, je confesse, que je ne regarde un film qu’une seule fois. Il y a tellement de chose que je souhaite voir que je trouve (j’ai peut-être tord) que c’est dommage de visionner plusieurs fois un même film. En outre, j’ai une grosse quantité de DVD qui m’attendent ….
        ;-)

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        • 20 février 2018 à 17 h 37 min
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          Je vois très bien, pour penser la même chose, ce n’est pas forcément évident. ^^ Déjà que c’est parfois difficile de trouver le temps de voir des films, alors les revoir, ça devient difficile à envisager ! Mais des fois ça ne fait pas de mal. ;)

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