Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950) ★★★★½ – Critique & Analyse

Quelque part au panthéon du cinéma américain, trône fièrement Boulevard du crépuscule, classique incontestable et incontesté de Billy Wilder. Un monument que j’avais déjà visionné il y a trois ans, et mon exploration actuelle de la filmographie du cinéaste américain donnait le prétexte idéal pour revoir ce film, et j’en profite alors pour en parler, car il convenait bien de lui accorder l’attention qu’il mérite.


Fiche du film

Affiche de Boulevard du crépuscule (1950)
Affiche de Boulevard du crépuscule (1950)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Billy Wilder
  • Année de sortie : 1950
  • Distribution : William Holden, Gloria Swanson, Erich von Stroheim, Nancy Olson
  • Synopsis : Norma Desmond, grande actrice du muet, vit recluse dans sa luxueuse villa de Beverly Hills en compagnie de Max von Mayerling, son majordome qui fut aussi son metteur en scène et mari. Joe Gillis, un scénariste sans le sou, pénètre par hasard dans la propriété et Norma lui propose de travailler au scénario du film qui marquera son retour à l’écran, Salomé. (SensCritique)

Critique et Analyse

William Holden et Gloria Swanson dans Boulevard du crépuscule (1950)
William Holden et Gloria Swanson dans Boulevard du crépuscule (1950)

Parler de grand film en citant une des œuvres de Billy Wilder est presque une évidence. A l’époque où il réalise Boulevard du crépuscule, il a déjà réalisé plusieurs grands films, notamment Assurance sur la mort et Le Poison, mais il a encore beaucoup de chemin à parcourir, et ce nouveau métrage va constituer un tournant majeur dans sa filmographie. Nous voici donc embarqués dans une sombre virée dans la nuit et le passé, dans l’antre de souvenirs souvent enfouis aux fins fonds de la mémoire, et pourtant encore bien vivaces. Une virée similaire à celle effectuée quelques années auparavant dans Assurance sur la mort, suivant la même mécanique, commençant par la fin, présentant d’emblée le drame final, comme pour planter ce décor voué à la destruction.

« Boulevard du crépuscule est un film de fantômes, faisant entrer Joe et le spectateur dans un monde de souvenirs, de songes et de lubies presque irréel, ayant l’allure d’un étrange rêve dont on ne peut plus s’extirper une fois entré dedans. »

Les voitures se faufilent dans les rues entourées d’immenses villas, vestiges majestueux et exubérants d’une époque de faste et de prospérité. Et rares sont les lieux à aussi bien porter leur nom, tant l’atmosphère qui émane de ce lieu est crépusculaire. Crépuscule des temps, d’une époque, du cinéma et de la vie, terre des rois et reines éphémères, terre de cinéma, de ses origines, devenue un musée ambulant que les passants traversent et arpentent parfois avec une certaine curiosité. Un lieu presque hanté, où subsistent les fantômes restés dans une époque à laquelle tout le monde a tourné le dos depuis vingt ans. Boulevard du crépuscule est un film de fantômes, faisant entrer Joe et le spectateur dans un monde de souvenirs, de songes et de lubies presque irréel, ayant l’allure d’un étrange rêve dont on ne peut plus s’extirper une fois entré dedans.

Gloria Swanson et William Holden dans Boulevard du crépuscule (1950)
Gloria Swanson et William Holden dans Boulevard du crépuscule (1950)

On avait déjà vu Wilder mêler le réel à l’imaginaire dans certains de ses précédents films, notamment dans certaines séquences du Poison, mais Boulevard du crépuscule pousse la démarche beaucoup plus loin. La demeure de Norma est immense, comme un temple accueillant les souvenirs d’une époque oubliée. Les amis de Norma, joués par des anciennes vedette du cinéma muet, parmi lesquelles figurent Buster Keaton, sont qualifiés de « figures de cire ». Et Norma, elle-même, s’apparente à une sorte de fantôme, un esprit étrange et dérangé, emprisonné dans son temps et ses souvenirs. C’est sans conteste dans son ambiance que le film de Billy Wilder s’avère brillant et impressionnant, manifestant magnifiquement la nostalgie et le désespoir pour se donner des airs de sombre conte sur le sort réservé aux acteurs, le danger de la notoriété, et les effets du temps sur le monde.

« Gloria Swanson propose ici une prestation mémorable, hallucinée et impressionnante. »

Car si le cinéma est le principal moteur de Boulevard du crépuscule, et que l’on y revient toujours, il ne s’agit pas de ne parler que de lui, mais plutôt d’en faire un levier. En effet, Billy Wilder propose ici un film qui montre toutes les dérives de l’industrie du cinéma, sa mémoire courte mais, dans le fond, de parler de gloire, d’accomplissement, et, surtout, de la peur de l’oubli, de ne laisser aucune trace dans le monde après notre départ. Et, à ce jeu, Gloria Swanson propose ici une prestation mémorable, hallucinée et impressionnante, d’autant plus saisissante et touchante que l’histoire de Norma est également la sienne. Rendue presque folle par un monde qui l’a glorifiée avant de l’abandonner du jour au lendemain, elle est l’incarnation, quelque part, de ce qu’est devenu le cinéma, pendant que Joe s’apparente davantage à une projection de Billy Wilder, qui se fait une place comme il peut dans le milieu, acteur et observateur de ce monde étrange. Reste alors, pour le spectateur, l’image d’un monde étrange où l’éclat des dorures s’éteint sous les couches de poussière.

Entre hommage et critique, hypnotisant et effrayant, réaliste et imaginaire, Boulevard du crépuscule impressionne et captive, face à tant de maîtrise et de puissance. Porté par son casting impressionnant et inter-générationnel, Gloria Swanson en tête, c’est une oeuvre majeure que signe Billy Wilder, excellant dans le cynisme et l’humour noir, n’hésitant pas à égratigner le milieu dans lequel il travaille, pour mieux rendre hommage à celles et ceux grâce à qui le cinéma est devenu un art aussi populaire et universel. « We didn’t need dialogue. We had faces ! »


Note et avis

4.5/5

Billy Wilder signe une oeuvre majeure avec Boulevard du crépuscule, mêlant rêves et réalité, passé et présent, magnifiée par l’inoubliable prestation de Gloria Swanson.

Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

3 réflexions sur “Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950) ★★★★½ – Critique & Analyse

  • 28 juin 2019 à 11 h 23 min
    Permalien

    Bonjour !
    J’ai vu « Boulevard du crépuscule » et je l’ai trouvé époustouflant. Les scènes et les personnages sont tous marquants. Je l’ai regardé avec mes parents et ils ont adoré. Je mettrais 5/5.

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