Assurance sur la mort, (Billy Wilder, 1944) – Critique & Analyse

Affiche d'Assurance sur la mort (1944)
Affiche d’Assurance sur la mort (1944)

« Une année, un film » : Assurance sur la mort, réalisé par Billy Wilder et sorti en 1944.

Les années 1940 c’est, pour beaucoup, une période lointaine, avec des vieux films en noir et blanc mettant en scène des personnages au chic inimitable. Parlons aujourd’hui d’Assurance sur la mort (Double Indemnity en version originale), un élément référence pour tout un genre : le film noir.

Assurance sur la mort (1944)
Assurance sur la mort (1944)

Billy Wilder était, alors, un cinéaste qui débutait une carrière prometteuse, et qui restait notamment sur un film qui semblait préfigurer ce virage vers le film noir : Les Cinq Secrets du désert (1943). Comme un certain nombre de cinéastes de l’époque, il s’essaya à son tour au genre, et c’est ce qui lui offrit l’occasion de réaliser un premier grand coup d’éclat avec Assurance sur la mort. L’intrigue s’intéresse à Walter Neff, courtier exemplaire d’une compagnie d’assurances. Celui-ci va, un jour, être amené à rencontrer Phyllis Dietrichson, une jeune femme qui ne va pas le laisser insensible. Elle vit avec un homme plus âgé qu’elle, ayant déjà eu une fille d’un premier mariage, et elle fait bien comprendre à Walter qu’elle n’a que faire de son mari qui n’a pas d’égard pour elle. Elle suggère alors à Walter de convaincre son mari de souscrire à une assurance-vie, dans le but de pouvoir se la partager avec son nouvel amant. Mais pour cela, il faut que le mari meure.

Assurance sur la mort est un authentique film noir, un genre (ou un mouvement, cela dépend de la manière dont vous le considérez) souvent associé aux personnages de gangsters, et très développé dans les années 1940. L’objectif du film noir est de mettre en scène des personnages aux prises avec des situations désespérées, les obligeant à agir souvent en délaissant la raison. Entre infidélité, complot et meurtre, Assurance sur la mort est donc l’exemple parfait du film noir (ne pas hésiter à regarder mon article sur L’Ennemi public, un film antérieur que je considère comme un annonciateur du genre). On y retrouve ce discours très pessimiste et cynique sur la société et l’humanité, où tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins, même si cela ne peut que mal se passer.

Assurance sur la mort (1944)
Assurance sur la mort (1944)

Assurance sur la mort est un film résolument moderne dont les échos retentissent dans bien des films. Il débute par la fin, mettant en scène Walter Neff (Fred MacMurray), blessé, revenant à son bureau tard le soir, et se confessant à son collègue au téléphone. C’est un choix de réalisation assez commun de nos jours, et qui se retrouve dans certains films de l’époque, notamment des films noirs, pour illustrer une forme de fatalité, avec l’annonce, d’emblée, d’un échec inévitable. Grâce à cela, nous suivons donc l’intrigue avec la voix off de Fred MacMurray intervenant par intermittence, autre caractéristique récurrente dans les films du genre. Du mari trahi à la femme fatale (parfaitement incarnée par Barbara Stanwyck), en passant par une réalisation utilisant notamment des lumières aux tons expressionnistes, tout y est. Aussi impitoyable envers ses personnages qu’envers la société, Billy Wilder se montre particulièrement cynique dans ce que l’on pourrait considérer comme étant son premier grand film, et il ne manquera pas de l’être à nouveau à l’avenir.

Ce film puise sa force dans sa sobriété, et dans l’obscurité omniprésente dans laquelle il est plongé. C’est d’ailleurs tout ce que l’on recherche d’un bon film noir. Entre séduction, magouilles, et bassesses les plus infâmes, la dignité est bien souvent mise de côté au profit du machiavélisme dans cette romance cannibale dont on sait d’avance que nul ne peut sortir avantagé. Amateurs du genre, vous êtes invités à prendre place et à vous adonner au visionnage de ce classique du film noir.

Note et avis

Note et avis

Assurance sur la mort reste le premier grand coup de maître de Billy Wilder, chronique d’une mort annoncée, classique du film noir où les tentations écrasent la raison, où les passions mortifères permettent l’expression d’un cynisme destructeur.
Overall
8.5/10
8.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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