Retour sur les films que j’ai pu visionner à l’occasion du Festival de Cannes 2018. C’est au tour d’Under The Silver Lake, film américain réalisé par David Robert Mitchell.


Fiche du film

Affiche d'Under The Silver Lake (2018)

Affiche d’Under The Silver Lake © A24 Films / Le Pacte (2018)

  • Genre : Drame, Thriller
  • Réalisateur : David Robert Mitchell
  • Année de sortie : 2018
  • Casting : Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace
  • Synopsis : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations. (senscritique.com)

Critique et Analyse

Andrew Garfield dans Under The Silver Lake (2018)

Andrew Garfield dans Under The Silver Lake © A24 Films / Le Pacte (2018)

Elle est là, ma grosse attente du Festival de Cannes. Après le très bon It Follows, sorti il y a trois ans déjà, David Robert Mitchell s’est mis beaucoup de cinéphiles dans la poche, et il faut dire que le teasing accordé à Under The Silver Lake était dans la digne lignée de son prédécesseur, avec beaucoup de promesses à la clé. Alors, ce film est-il à la hauteur des attentes suscitées ? Totalement. Le réalisateur ne perd pas son temps et embarque immédiatement le spectateur dans son film, avec une ambiance décalée et étrange, qui va habiter tout le film. Il est impossible, après un seul visionnage, de donner une analyse exhaustive et de résumer Under The Silver Lake tant le film regorge de détails et d’éléments de discours méritant chacun d’être étudiés avec soin. Mais dans son ensemble, le film de David Robert Mitchell doit beaucoup à un savant travail sur l’ambiance, la narration et la construction du récit qui lui donnent beaucoup de substance et de singularité.

« David Robert Mitchell marche sur les traces de son aîné [David Lynch], parvenant à restituer une ambiance tout à fait particulière à la fois loufoque, sombre, mystérieuse et obscure, avec des personnages très identifiés et identifiables, tous semblables à des allégories toutes droit sorties d’un étrange rêve. »

Une singularité certes toute relative compte tenu de l’aspect très référencé du film, qui pioche beaucoup chez Hitchcock où l’on trouvera notamment des bribes de Sueurs Froides, et surtout chez Lynch, avec un inévitable rapprochement avec Mulholland Drive, notamment. David Robert Mitchell marche sur les traces de son aîné, parvenant à restituer une ambiance tout à fait particulière à la fois loufoque, sombre, mystérieuse et obscure, avec des personnages très identifiés et identifiables, tous semblables à des allégories toutes droit sorties d’un étrange rêve. Tout paraît vrai mais, en même temps, ce grotesque permanent impose de faire appel au filtre du second degré pour faire un pas en avant et capter toute la symbolique du complot et d’un système oligarchique et étouffant qui domine le système. A ce jeu, David Robert Mitchell semble également s’inspirer du They Live de John Carpenter, avec cette même peur des messages subliminaux et de la manipulation des esprits.

Riley Keough dans Under The Silver Lake (2018)

Riley Keough dans Under The Silver Lake © A24 Films / Le Pacte (2018)

Accumuler ces références semblerait donner au film de David Robert Mitchell l’allure d’un patchwork sans âme, mais nous en sommes loin. Under The Silver Lake a son identité propre, on y retrouve les mêmes mouvements et la même manière de filmer que dans le précédent film du cinéaste et, ici, tout est à plus grande échelle. La musique, tout à fait captivante et particulière, rappelle l’instrumentalisation et la mélodie de vieux films fantastiques et de science-fiction donnant un côté très vintage et beaucoup de vintage à ce film qui s’inscrit dans le même aspect intemporel et retro qu’It Follows. C’est un peu une sorte de BD vivante, une aventure grandeur nature, qui semble autant détachée qu’elle s’avère parfois plus grave et inquiétante par son propos. Un mélange tout à fait singulier qui fait la particularité de ce film.

Avec Under The Silver Lake, David Robert Mitchell transforme l’essai et confirme son statut de réalisateur à suivre à l’avenir. Il y a fort à parier qu’il ne ravira pas la palme d’or, mais ce n’est que partie remise, car le public va très certainement l’attendre d’ici sa sortie cet été. Tortueux, obscur, sombre, mystérieux et labyrinthique, Under The Silver Lake est une satire folle a l’ambiance fantastique et prenante. On ne décroche pas une minute, c’est fou, c’est insensé mais pourtant d’actualité et bien réel, c’est du cinéma comme on aime en voir, qui contourne les évidences, et qui ose sans jamais tomber dans le prétentieux ou s’éloigner de son discours. A n’en pas douter, Under The Silver Lake est une réussite.


Note et avis

4/5

David Robert Mitchell transforme l’essai avec Under The Silver Lake, allant encore plus loin dans sa démarche que dans It Follows, avec une satire folle, fantastique, loufoque et mystérieuse qui rappelle aux bons souvenirs de l’univers de David Lynch.


Bande-annonce d’Under The Silver Lake