Don’t look up : Déni cosmique (Adam McKay, 2021) – Critique & Analyse

Après The Big Short et Vice, le film de fin d’année signé Adam McKay semble devenir une tradition tous les trois ans, avec l’arrivée, directement sur Netflix, de son dernier film, Don’t look up.


Fiche du film

Affiche de Don't look up (2021)
Affiche de Don’t look up (2021)
  • Genre : Comédie dramatique
  • Réalisateur(s) : Adam McKay
  • Distribution : Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Rob Morgan
  • Année de sortie : 2021
  • Synopsis : Deux piètres astronomes s’embarquent dans une gigantesque tournée médiatique pour prévenir l’humanité qu’une comète se dirige vers la Terre et s’apprête à la détruire. (SensCritique)

Critique et Analyse

Don't look up (2021)
Don’t look up (2021)

L’observation des étoiles, quelle riche science que voilà. Qui ne rêve pas de faire une découverte sensationnelle un jour et de voir son nom associé à l’un de ces lointains corps célestes pour déjà se réserver une petite place au firmament ? Sous réserve, bien sûr, de ne pas faire la malheureuse découverte d’un astre hostile qui s’apprête à éradiquer toute forme de vie sur Terre en venant croiser l’orbite de notre belle planète bleue. Voici le point de départ de Don’t look up, qui va faire peser le poids insoutenable de la responsabilité de transmettre cette terrible vérité sur les épaules de deux astronomes qui n’avaient rien demandé. Que faire ? Tout dévoiler au risque de créer une panique générale ? Garder le silence ? Opérer en discrétion ? Pour les deux astronomes, impossible de se taire, il faut agir, tout de suite. Mais qui va croire deux petits scientifiques misérables sortis du fin fond du Michigan ?

« Dans Don’t look up, la société actuelle est montrée dans tous ses excès et ses dérives, ses folies et ses manies, sa bêtise et sa naïveté, montrant à quel point quelque chose d’énorme peut arriver sur nous sans que l’on ait pris le temps de regarder dans la bonne direction. »

Alors que le docteur Randall Mindy et sa doctorante Kate Dibiasky tentent de faire grimper l’information en haut de leur hiérarchie, le spectateur commence rapidement à cerner ce qui va poser problème pendant tout le film : personne ne prend au sérieux cette nouvelle ni ces scientifiques car, après tout, le monde a déjà assez de soucis comme ça. Des journalistes à la présidente des Etats-Unis elle-même, tout le monde semble totalement ignorer la catastrophe annoncée, ne souhaitant pas accorder de crédit à ces deux personnes cherchant probablement à faire parler d’elles au mieux, s’occupant plus de leurs propres personnes et de ce qui intéresse « vraiment » les gens au pire. Raconter les derniers ragots des people qui intéressent tant le citoyen moyen, édulcorer les nouvelles pour cultiver la positivité sur son lit d’ignorance, ou remporter à tout prix une élection, ça, c’est ce qui compte dans l’instant. Dans Don’t look up, la société actuelle est montrée dans tous ses excès et ses dérives, ses folies et ses manies, sa bêtise et sa naïveté, montrant à quel point quelque chose d’énorme peut arriver sur nous sans que l’on ait pris le temps de regarder dans la bonne direction.

Don't look up (2021)
Don’t look up (2021)

On sait qu’Adam McKay excelle dans la satire et la critique de notre société, de son fonctionnement, et de sa gestion par ceux qui nous gouvernent. Après le profit à tout prix et dans n’importe quelles circonstances dans The Big Short, puis les arcanes du pouvoir et les effets de l’ambition dans Vice, voilà le monde qui court droit à sa perte en ignorant sa propre fin dans Don’t look up. Le temps est compté de manière précise, les probabilités établies, mais il y aura toujours une distraction qui surgira dans ce monde qui passe d’une chose à l’autre sans transition. Une femme panique sur un plateau ? Faisons-en un meme. Il faut sauver l’humanité ? Créons un hashtag ! Une comète file sur la Terre ? Qui peut prouver que c’est vrai ? Et si, plutôt que de détruire cette comète, on arrivait à exploiter ses immenses richesses pour, bien entendu, éradiquer la faim dans le monde et anéantir les inégalités sociales grâce à l’élan philanthrope d’un milliardaire devenu aussi constructeur d’engins spatiaux à ses heures perdues (toute ressemblance avec une vraie personne est purement fortuite) ? Plus le film avance, plus il grimpe en termes d’exaspération et d’invraisemblance, nous enfonçant encore plus dans un désespoir teinté d’amertume.

Ce qui fait que Don’t look up fonctionne, c’est sa capacité à gérer premier et second degré, n’étant jamais trop solennel, ni trop humoristique, piquant là où il faut pour nous donner une petite décharge. La subtilité ne sera pas le fort du film, mais peut-on vraiment lui reprocher quand ce monde tend si souvent à manquer de nuances ? C’est d’ailleurs l’une des autres raisons qui constituent le succès qu’est le nouveau film d’Adam McKay, puisque son intrigue se base bien sur la vision d’une évidence totalement balayée ou remise en cause. Affichant également un casting de très haut niveau avec, en tête, un Leonardo DiCaprio toujours aussi excellent, ici dans un registre où l’on na pas vraiment l’habitude de le voir, le film propose une riche palette de personnages qui viennent tous illustrer une facette et une problématique de cette société pour multiplier les discours et les approches. Encore une fois, Adam McKay vise juste avec Don’t look up, une des très belles réussites de cette année, qui nous mène à la fin à nous demander si l’on doit plutôt rire ou pleurer.

Note et avis

En résumé

Avec ce postulat très intéressant, Don’t look up est un film oscillant parfaitement entre premier et second degré pour évoquer une société devenue souvent très absurde dans sa manière de fonctionner. Encore une très belle réussite de la part d’Adam McKay.

Overall
8.5/10
8.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :