Boyhood (Richard Linklater, 2014) ★★★ : Le fil de la vie

Depuis bien longtemps, Boyhood figurait parmi ma liste de films à voir. Sorti en France au cours d’une très prolifique année 2014, il attirait notamment la curiosité pour avoir comme particularité d’avoir été tourné sur une durée de 12 ans, avec les mêmes acteurs, les suivant pendant toutes ces années. Un projet séduisant à bien des égards, dont il est temps de parler aujourd’hui.


Fiche du film

Affiche de Boyhood (2019)
Affiche de Boyhood (2019)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Richard Linklater
  • Année de sortie : 2014
  • Distribution : Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Lorelei Linklater
  • Synopsis : Pendant 12 ans, le réalisateur met en scène Mason, alors âgé de 6 ans, et réunit les mêmes acteurs pour une incroyable histoire sur la vie de famille. (SensCritique)

Critique et Analyse

Boyhood (2014)
Boyhood (2014)

Boyhood s’ouvre sur Yellow de Coldplay, avec les yeux de l’enfant rivés vers le ciel. Un instant où l’on s’abandonne à la rêverie, accompagné d’une musique d’époque, qui éveillera en tous ceux qui ont connu cette même époque, un certain sentiment de nostalgie. Les souvenirs se ravivent, et c’est alors que la vie de Mason, ou du moins son adolescence, s’apprête à défiler devant nos yeux. Pendant douze années, nous allons suivre son évolution dans la vie, auprès de sa sœur, de ses amis, de ses parents divorcés et de ses différents beaux-parents. Douze années racontées à travers diverses scènes qui viennent baliser le chemin entrepris de l’enfance à l’âge adulte.

« Boyhood, ce sont des moments de joie et de tristesse, d’audace, de folie, de détresse, de douceur, d’amertume, c’est un long périple qui vient illustrer toute la complexité d’une période charnière de la vie. »

Cela a pour effet de dénuer Boyhood de véritable intrigue, mais cela aurait-il vraiment un sens dans un film qui a pour seul but de raconter la vie ? Boyhood, ce sont des moments de joie et de tristesse, d’audace, de folie, de détresse, de douceur, d’amertume, c’est un long périple qui vient illustrer toute la complexité d’une période charnière de la vie. C’est un véritable film choral qui fait passer le spectateur par tous les stades, lui rappelant des moments de sa propre vie, notamment lorsque, comme dans mon cas, on a presque exactement le même âge que le personnage principal et, donc, quelque part, la même enfance. En nous immergeant ainsi dans la vie de cette famille sans véritable prise de position, avec pour simple prétention de montrer, Boyhood s’apparente, quelque part, à une sorte de faux documentaire. Cependant, c’est ce genre d’impression qui nous fait vite prendre conscience des limites rencontrées par le film.

Boyhood (2014)
Boyhood (2014)

Car le cinéma, c’est raconter des histoires, exprimer des idées, élaborer des discours, mais le plus difficile, au cinéma, c’est de gommer la frontière qui sépare le septième art de la réalité. Et c’est, probablement, là où le bât blesse dans Boyhood. Ici, le film enchaîne rapidement les situations, comprimant les douze années de la vie de Mason en deux heures quarante. Comme la sensation de voir la vie défiler devant nous et de ressentir la fugacité de ces moments, c’est aussi une course effrénée qui ne laisse pas au spectateur le temps de vivre l’instant, de ressentir les choses, et de saisir leur essence. Boyhood est un beau film, mais il semble suivre un fil conducteur, comme s’il cochait toutes les cases d’un cahier listant toutes les composantes d’une vie telle qu’on l’imagine. Il semble suivre un chemin tracé plutôt que de tracer un chemin, montrant des choses plus qu’il ne parvient à véritablement les raconter. En somme, une vie imaginaire à laquelle on peut s’identifier, mais à laquelle on peut aussi ne pas croire.

Le projet de Linklater reste remarquable et unique en son genre, mais le résultat est la représentation des limites de ce projet. Certes, il fait preuve d’une certaine authenticité en traversant les années avec les mêmes acteurs, et en s’inscrivant dans des éléments de contexte, notamment culturels (musique, sport, politique…), pour raviver ces souvenirs et remettre le passé au goût du jour. Mais, malgré quelques beaux moments et petites fulgurances, on a tendance à rester spectateur, à voir défiler la vie de Mason mais à ne pas partager ses émotions, faute de temps et, aussi, faute d’y croire. C’est beau, Boyhood, mais cela manque, paradoxalement, de vie.


Note et avis

3/5

Projet original et audacieux, Boyhood est un film aux accents nostalgiques, beau, mais qui suit un rythme trop rapide et un fil conducteur trop écrit et convenu pour bien transmettre des émotions et y croire réellement.

Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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