Once Upon a Time… in Hollywood : Aurait-on perdu Quentin Tarantino ?

Quentin Tarantino, ce cinéaste aimé par tant, supporté par une foule d’admirateurs, de fans, inconditionnels de son cinéma, faisant de lui l’un des cinéastes les plus populaires à l’heure actuelle. Si sa filmographie, riche en films que nous pourrions qualifier de « cultes », a toujours su rassembler, notamment les inconditionnels, le dernier né du cinéaste, Once Upon a Time… in Hollywood, a reçu un accueil, étrangement, différent. Pourquoi ces réticences ? En quoi la réception de ce film paraît étrange étant donnée la démarche effectuée par Quentin Tarantino ? Aurait-on perdu « QT » ?

Quentin Tarantino
Quentin Tarantino

Tarantino n’est, certes, pas un cinéaste qui plaît à tous, ce qui est tout à fait normal, mais la réception de ce dernier film pose question. Jugé « décevant », « ennuyeux », un film qui ne « raconte rien », qui ne se révèle enfin que lors de son dernier acte… J’ai lu nombre d’avis relativement négatifs à son sujet. Ma réaction ne fut pas une réaction d’indignation, bien qu’ayant personnellement adoré le film, mais plus d’interrogation et d’incompréhension. Il ne va pas, ici, s’agir de faire la morale aux personnes n’ayant pas aimé le film, car c’est bien leur droit et c’est tout à fait légitime, mais plus de questionner notre rapport au cinéma de Tarantino, sur la base, notamment, du rejet dont a pu être victime Once Upon a Time… in Hollywood. Par ailleurs, plus que de s’intéresser à des points d’ordre formel concernant se dernier, il s’agira plus de se concentrer par la démarche du cinéaste et des éléments de fond, pour répondre aux critiques concernant le manque de « Tarantino » dans ce dernier film.

Reservoir Dogs (1992)
Reservoir Dogs (1992)

Poser les bases

Et, pour tenter d’y voir plus clair, il faut revenir au début de l’histoire. Quentin Tarantino est parti de rien, n’ayant avec lui que sa cinéphilie, sa culture cinématographique et son goût pour l’écriture. Des atouts qui feront le ciment de son cinéma, dès son Reservoir Dogs, revisite du film de gangsters, qui déconstruit la narration, joue avec les temporalités et développe des personnages très caractérisés et mémorables, notamment grâce à de longs dialogues souvent croustillants. Cette entrée en matière, qui lui vaut déjà une bonne reconnaissance, fut la première étape avant, déjà, l’apothéose, qu’il atteint grâce à Pulp Fiction, véritable film matriciel balisant déjà toute la filmographie du cinéaste, mais nous ne le savons pas encore. Le cinéaste s’amuse à jouer avec le temps, l’imprévu, le spontané, en orchestrant soigneusement, paradoxalement, le tout.

Pulp Fiction (1994)
Pulp Fiction (1994)

Avec ces deux films, la « patte » de Quentin devient déjà bien reconnaissable, exposant les éléments formels qui rendent ses films si particuliers et aimés du public, c’est-à-dire, donc, dans les (très) grandes lignes, des personnages très bien écrits, beaucoup de dialogues structurant le récit et développant les personnages, un côté souvent « vintage », des bandes originales reprenant des morceaux célèbres, et quelques effusions de sang et de violence pour épicer le tout. C’est là que se dessinent alors ces « gimmicks » caractéristiques du cinéma de Quentin Tarantino, et qui vont, notamment, lui attirer les faveurs de nombreux admirateurs.

Pam Grier dans Jackie Brown (1997)
Pam Grier dans Jackie Brown (1997)

Un cinéma de cinéphile

Toutefois, le véritable moteur de Tarantino reste la cinéphilie. Il a grandi avec le cinéma, et cette cinéphilie insatiable et dévorante inonde ses films depuis le début. Revisite du film de gangsters dans Resevoir Dogs et dans Pulp Fiction, histoire et hommage de la Blaxploitation dans Jackie Brown, hommage aux films de sabres dans Kill Bill, puis le film de guerre dans Inglourious Basterds, les films d’exploitation des années 1970 et les courses-poursuite dans Boulevard de la mort et, enfin, le western dans Django Unchained et Les Huit Salopards.

Uma Thurman dans Kill Bill (2003)
Uma Thurman dans Kill Bill (2003)

Le cinéaste pastiche, s’inspire et rend hommage mais, surtout, il refait l’histoire du cinéma, de son cinéma. Tout au long de ses films, il dissémine l’essence du cinéma qui a construit sa cinéphilie, parvenant à maintenir un juste équilibre entre l’appropriation et l’hommage, offrant toute une vitrine sur ce septième art cher à Tarantino, avec une enseigne à son nom en devanture, rappelant bien chez qui nous sommes. Car au-delà du simple hommage, Tarantino n’hésite pas à se réapproprier les codes de ces films pour les bousculer et les mettre en perspective.

Kurt Russell et Rose McGowan dans Boulevard de la Mort (2007)
Kurt Russell et Rose McGowan dans Boulevard de la Mort (2007)

De la réalité au cinéma, du cinéma à la réalité

Tarantino, c’est aussi, au-delà du cinéma et de son histoire conçus comme un ensemble de films et de mouvements, le monde du cinéma, avec ses métiers et ses artisans. Les acteurs ne sont jamais loin, comme Mia Wallace dans Pulp Fiction, qui raconte sa participation au pilote d’une série dont le pitch rappelle grandement Kill Bill, qui serait alors un film dans un film. Mais parfois, ce sont aussi des acteurs malgré eux, et pas forcément dans le cadre du cinéma, comme les membres du « gang » de Reservoir Dogs, et notamment Mr. Orange, prenant tous un pseudonyme et jouant un rôle dans la machination.

Mélanie Laurent dans Inglourious Basterds (2009)
Mélanie Laurent dans Inglourious Basterds (2009)

C’est Shoshanna, projectionniste infernale dans Inglourious Basterds, qui anéantit le mal qui a détruit sa vie grâce au cinéma. C’est aussi Stuntman Mike, le cascadeur psychopathe de Boulevard de la mort, Django dans Django Unchained, qui ne doit pas être démasqué pour faire libérer sa femme, ou encore le Major Marquis Warren des Huit Salopards, qui raconte et orchestre l’histoire, l’écrivant à la manière du scénariste, intégrant des rebondissements, et jouant à l’acteur pour préserver ses propres secrets. Ainsi, chez Tarantino, la réalité devient du cinéma, et le cinéma devient une réalité, pour toujours mêler réalité et fiction.

Jamie Foxx dans Django Unchained (2012)
Jamie Foxx dans Django Unchained (2012)

Le franchissement d’un cap

Si les années passaient, et que Tarantino continuait d’explorer les genres et les registres, les adeptes restaient dans un univers familier, dans une zone de confort qui leur permettait de se mettre à leur aise. Le décorum pouvait changer, la marque de fabrique de Quentin était une garantie de succès. Mais le jeune cinéphile rebelle n’échappe pas à l’épreuve de l’âge et, comme tout le monde, il évolue. Déjà dans Django Unchained, il abordait, pour la première fois, de manière frontale son genre de prédilection : le western. Si les composantes du genre étaient déjà bien visibles dans ses films précédents, il associe directement son film à ce genre, élaborant un récit aux allures de périple initiatique, le truculent Dr Schultz servant de mentor à Django pour le guider vers la liberté, l’émancipant lui, mais aussi, quelque part, le spectateur.

Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les 8 Salopards (2016)
Kurt Russell et Samuel L. Jackson dans Les Huit Salopards (2016)

Et Tarantino récivide trois ans plus tard avec Les Huit Salopards, tourné en 70 mm, accompagné d’une bande-son signée Ennio Morricone, compositeur d’Il était une fois dans l’Ouest, l’un des films qui lui ont donné envie de faire du cinéma. Tous les ingrédients du cinéma de Tarantino sont présents, avec un degré de maîtrise qu’il n’avait encore jamais atteint, laissant, au-delà du plaisir de cinéma offert, entrevoir l’essence même de son cinéma, tout le processus créatif de ses œuvres, couplé à un véritable retour aux sources. Il touche aux références originelles. Tarantino a alors franchi un cap, qu’il dépasse définitivement avec Once Upon a Time… in Hollywood.

Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Les coulisses du cinéma de Quentin Tarantino

Jusqu’ici toujours plus ou moins indirecte, l’expression de l’essence du cinéma de Quentin Tarantino s’avère bien plus frontale dans son dernier film. En le nommant ainsi, le cinéaste rend déjà hommage, notamment, aux films de Leone, pour revenir aux origines de sa cinéphilie, trouvant ses racines dans les années 50/60, une période mêlant fin des traditions et du « cinéma de papa » et révolte et soif de liberté, dans un contexte politique compliqué. Pour ce qui est du cinéma, c’est la fin du Code Hays, mais aussi d’une époque pour Hollywood. L’assassinat de Sharon Tate marque un véritable tournant, ouvrant une décennie 1970 plus sombre, désabusée et paranoïaque. C’est donc pour cela que l’événement constitue l’une des composantes centrales de Once Upon a Time… in Hollywood.

Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Il est certain qu’une connaissance de ces événements est requise pour pleinement rentrer dans le film, Tarantino jouant beaucoup avec la crainte de l’inéluctable pour créer une tension grandissante. Once Upon a Time… in Hollywood est un film qui s’aborde différemment de la plupart de ses autres films, quitte à s’adresser à un public moins large qu’à l’accoutumée, et c’est probablement l’un des points qui ont fait de ce dixième film (ou neuvième, selon la manière de compter de Quentin) la source d’une déception pour beaucoup, d’une incompréhension pour d’autres, et d’un grand plaisir pour d’autres encore.

Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Opération à cœur ouvert

Pas assez décalé, pas assez explosif, manquant d’énergie, sans réelle intrigue… Il est clair qu’à la lecture et à l’ouïe de nombreux avis au sujet de ce dernier film, Quentin Tarantino ne s’est pas fait que des amis, même auprès de personnes se revendiquant comme « fans ». Alors, pourquoi ce film obtient cette réception qui semble injuste et étrange à bien des égards ? Car, étant donnée la trajectoire prise par la filmographie du cinéaste, ce nouveau « virage » est tout à fait cohérent avec celle-ci. En effet, comme exprimé précédemment, le cinéaste a toujours accordé une place importante au cinéma, à ses rouages, à la (sa) cinéphilie, progressant d’une sorte de jeu et d’un travail d’imitations et d’hommage, vers une réelle appropriation de ces références et de ces codes pour que son cinéma arrive à une réelle maturité.

Leonardo DiCaprio et Brad Pitt dans Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Leonardo DiCaprio et Brad Pitt dans Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Cette fois, nous allons encore plus loin. Nous sommes vraiment dans les coulisses du tournage, nous voyons l’acteur apprendre son texte, jouer devant la caméra, hésiter dans ses répliques, douter quant à son avenir, devoir saisir les opportunités pour sauver sa carrière. Nous voyons le cascadeur, le double loyal de l’acteur, qui tient la baraque, discret, loyal, toujours présent dans l’ombre, invisible pour beaucoup mais essentiel. Nous voyons ces enseignes, ces rues, nous entendons ces musiques d’époque, nous voyons une facette de la culture hippie, nourrie par la télévision (sérieuse concurrente du cinéma) ainsi que par un sentiment de rejet et une propension à la violence, émanant de la brutalité des images venant, souvent, de la guerre du Vietnam. Et puis nous voyons Sharon Tate, étoile filante qui traverse ce monde, incarnant cette innocence perdue, lueur d’espoir d’une autre histoire, celle qui rêve encore dans un monde dans lequel on ne peut plus rêver, et qui permet, finalement, la création du lien entre les époques.

Leonardo DiCaprio et Brad Pitt dans Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Leonardo DiCaprio et Brad Pitt dans Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Si l’on retrouve bien les composantes principales du cinéma de Tarantino, il n’est plus question de rajouter de surcouches ou de pasticher pour éventuellement se cacher derrière des références. Cette fois, le réalisateur s’expose, il raconte la naissance de Quentin Tarantino le cinéphile puis cinéaste, teintant son film d’une mélancolie poétique encore jamais vue dans sa filmographie. Plus que de nous divertir et de nous amuser, il nous émeut profondément, dans ce qui a toutes les allures d’un film testamentaire, le film d’un homme qui a atteint une forme de sagesse, voulant se livrer et se raconter, pour dialoguer directement avec le spectateur. Il ne manque pas de rajouter ce grain de folie que ses admirateurs aime tant, comme en témoigne le dernier acte, mais l’intérêt du cinéaste, et de son cinéma, n’est plus là, et cela ne doit pas être pris pour une trahison.

Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Il était une fois… Un grand paradoxe

Parler ainsi à la troisième personne peut risquer, à juste titre, de faire grincer des dents, faisant d’une appréciation personnelle une généralité. On en vient, alors, au constat m’ayant poussé à écrire cette chronique : la réception de Once Upon a Time… in Hollywood reste un grand paradoxe. Il ne s’agit pas de faire la leçon à celles et ceux n’ayant pas aimé le film, ou ayant des réserves à son propos, car nos propres sensibilités créeront toujours des divergences. Cependant, il paraîtra toujours étrange de voir une frange de fans du cinéaste lui tourner le dos ou, du moins, lui reprocher de ne pas avoir offert ce qu’ils attendaient. Car ce n’est pas dans l’excès ni dans le divertissement qu’il fallait attendre Tarantino, mais bien dans l’apaisement et l’introspection. Et que, même s’il était légitime d’attendre un nouveau feu d’artifice, on se rend compte, a posteriori, que cette trajectoire est logique. Rappelons que c’est, normalement, son dernier film, et qu’il est l’heure, pour lui, de faire un bilan.

Brad Pitt dans Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Brad Pitt dans Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Jamais la démarche de Quentin Tarantino n’a été aussi personnelle et, donc, jamais une de ses œuvres n’aurait pu avoir autant la faveur de ses fans, puisqu’elle contiendrait toute l’essence de ce qui leur plaisait déjà. Ainsi, quels que soient les arguments exposés et l’avis que l’on peut avoir sur ce film, il est étrange de voir cette réception mitigée, les fans étant, sur le principe, les plus à même d’être sensibles à une telle démarche. Les critères exposés sont souvent très discutables, et, ce que l’on peut se dire, en définitive et au vu de l’évolution suivie par sa filmographie, c’est : connaissions-nous réellement Quentin Tarantino ? Pouvions-nous nous targuer de réellement définir et décider de ce qu’il devait montrer au cinéma ? Finalement, quelque part, le cinéaste s’est libéré, ne s’enfermant plus dans des cases dans lesquelles nous voulions le ranger, transcendant son propre cinéma, au risque de nous désorienter et, parfois, de créer un sentiment d’abandon, voire de rejet. Et, peut-on en vouloir aux fans pour cela ? Non, mais, en revanche, Quentin mérite toute leur indulgence.

Leonardo DiCaprio sur le tournage de Once Upon a Time... in Hollywood (2019)
Leonardo DiCaprio sur le tournage de Once Upon a Time… in Hollywood (2019)

Contrairement à ses autres films, Once Upon a Time… in Hollywood aura sûrement besoin de plus de temps et de recul pour trouver sa place et être mis en perspective vis-à-vis du reste de sa filmographie. L’heure semble être aux bilans, Pedro Almodóvar en ayant fait de même l’année dernière également avec Douleur et gloire, suivant cette même démarche d’apaisement et de lâcher prise. On ne peut pas plaire à tout le monde, même et surtout lorsque l’on s’appelle Quentin Tarantino. Aussi référencé, remarquable et reconnaissable soit son cinéma, il a ses propres variations et est mené à évoluer. Alors que, jusqu’ici, nous ne voyions qu’un cinéphile passionné, Once Upon a Time… in Hollywood nous fait enfin découvrir l’homme, et c’est ce qui en fait, à mes yeux, l’un des plus beaux gestes de cinéma de ces dernières années.

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

9 réflexions sur “Once Upon a Time… in Hollywood : Aurait-on perdu Quentin Tarantino ?

  • 16 février 2020 à 0 h 40 min
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    C’est pas son 10e film

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    • 16 février 2020 à 6 h 06 min
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      J’ai compté Kill Bill 2 comme un film à part entière, même s’il ne le fait pas. C’était plus cohérent dans la logique globale de la réflexion.

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  • 16 février 2020 à 8 h 34 min
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    J’ai énormément apprécié ce voyage à travers le cinéma de Quentin Tarantino », analyse rétrospective éclairée par le prisme de « Once upon a time in… Hollywood ». L’importance des trois petits points est cruciale d’ailleurs dans la compréhension de ce chemin à parcourir, ce cette temporalité si chère à Tarantino et que tu as formidablement développée dans ton propos. La filmographie complète de Tarantino est effectivement une sorte d’univers commun, à l’instar de ce que Jacques Demy avait tenté de faire à sa manière (les liens entre « les parapluies », « les demoiselles », « Lola », « Model shop », …), lui aussi très pop à sa façon. Tarantino, lui, ajoute le cool, grâce à l’écriture. M’étonnerait pas qu’un de ces jours il se lance dans le théâtre, tellement son plaisir de la mise en mot est important dans ses films : « Reservoir dogs », et surtout « les huit salopards » ont réellement quelque chose de Beckettien dans la forme, quant à « Django unchained » et son acmé à Candyland, on cela vire au shakespearien (et un beau clin d’œil à notre Alexandre Dumas).
    La réception actuelle de « Once upon a time in… Hollywood » par certains (car le film a quand même été largement salué par la profession si l’on en juge par le nombre de nominations et récompenses, et je ne parle pas que de Brad) n’est qu’un symptôme des temps, qui vise à projeter des attentes irraisonnées avec une impatience déraisonnable sur le nouveau film d’un réalisateur très « hype ». On voit ça aussi pour d’autres aujourd’hui comme Scorsese, Peter Jackson, Chris Nolan, James Cameron (je prédis déjà le feu nucléaire sur les suite d’Avatar),… ou sur des sagas très prisées (Star Wars, forcément au pinacle). Si on remonte un peu dans l’histoire des sorties, on s’aperçoit que l’un des premiers à subir un tel désamour au regard des attentes de sorties était sans doute Stanley Kubrick. Vingt après sa mort, on a oublié que « Eyes Wide Shut » fut dégommé (même à caractère posthume) par bon nombre d’aficionados, alors qu’aujourd’hui on le voit culminer dans bien des classements consacrés à son œuvre (j’ajoute l’excellent livre analyse de Axel Cadieux). Avant cela, je me souviens aussi des grises mines face à « Full Metal Jacket », qui lui reprochaient ce faux Viêt-Nam tourné à quelques miles de Londres, de tous ces spectateurs qui attendaient un autre « Platoon » et qui se retrouvaient devant un film au ventre soit disant creux. Il va sans dire que (je) l’on considère aujourd’hui « Full Metal Jacket » comme un très grand film de guerre en général (il projette d’ailleurs son ombre sur le récent « 1917 »). Et si on remonte plus loin encore, il y a le cultissime « Shining », dénigré par tous les lecteurs du roman, et par l’auteur lui-même, pour ses infidélités sacrilèges… Bref, un désamour qui épouse en quelque sorte celui que Tarantino semble vivre à chaque sortie de film depuis… « Jackie Brown » qui, je m’en souviens à l’époque, en avaient déçu tellement par son rythme cool et smoothy.
    Laissons donc à « Once upon a time in… Hollywood » le temps de prendre sa place dans la filmo de Tarantino, une place qui, j’en suis certain, finira par rejoindre le sommet de la colline.

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    • 16 février 2020 à 9 h 29 min
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      Merci pour ce complément de réflexion très riche ! Il est en effet pertinent de situer « OUATIH » au milieu de tous ces exemples pour rappeler que ce n’est pas le premier dans ce cas, et que ça ne sera sûrement pas le dernier. Je ne me fais en tout cas de soucis quant à sa réception sur le long terme, mais j’avais un certain besoin, déjà, de m’exprimer à ce sujet avec le recul dont nous disposons actuellement, pour, peut-être, apporter un éclairage ou, au moins, tenter d’étayer mon opinion sur l’accueil réservé au film.

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  • 18 février 2020 à 20 h 06 min
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    Très bien vu. cela dit, il n’y a rien de surprenant à ce que des « fans » de QT n’aiment pas ce film. J’en vois tous les jours des gens qui ne jurent que par Tarantino & Fincher, qui ne connaissent pas grand chose d’autre et qui surtout en restent à la surface des choses en matière de cinéma. Les auteurs précédemment cités ont une touche fun, pop, violente qui attire le gogo qui ne cherche pas à creuser et à avoir d’autres niveaux de lecture que le plaisir immédiat qu’ils peuvent nous procurer. Pseudos cinéphiles, ce sont plus des consommateurs d’histoires, de clips, incapables d’analyser un film et d’en comprendre la grammaire, et souvent consommateurs compulsifs de séries ou de Netflix.
    Attention, je ne dénigre pas le genre série et j’aime beaucoup QT, et trouve Fincher intéressant. Ce que je veux dire, c’est que ce sont des spectateurs… euh.. pardon des consommateurs de cinéma superficiels ; les mêmes qui n’aiment pas Orange Mécanique parce qu’ils n’aiment pas la seconde moitié du film (ben oui, c’est moins trippant et pi faut réfléchir).
    Bref, dès qu’il s’agit d’avoir d’autres niveaux de lectures, ça aime pas. Comme déjà dit, chaque film de QT a ce type de grincheux incultes qui n’a pas eu sa ration d’adrénaline et de cool comme il le voulait et qui effectivement ne comprend finalement rien à l’essence de son cinéma, même dans ce qu’il a de citationnel : combien ont remarqué que le plan d’Inglorious basterds où on voit Brad PItt faire la 1ère revue de ses troupes est EXACTEMENT cadré comme dans les 12 salopards ; combien ont vu qu’Uma THurman rayait sa liste comme Moreau dans La Mariée était en noir, avec la même écriture, combien ont reconnu le filtre rouge et la musique de La main de fer dans la combat entre Black mamba et CopperHead… Bref, même ça, la base de la cinéphilie, le jeu de référence, ils s’en foutent, ils veulent leur dose de susucre. Oui je suis pas gentil ce soir.

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    • 18 février 2020 à 20 h 37 min
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      En effet c’est piquant, mais nous sommes d’accord en globalité ! J’ai souhaité rester mesuré pour ne pas être dans l’attaque, mais la désignation de « fans » ici utilisée contient justement ce public généralement néophyte, qui aime les histoires, que ça pétille, le côté pop, et qui aime Tarantino pour ça. D’où justement ce rejet de Once Upon a Time, qui n’est pas dans cet état d’esprit. Mais il se font souvent dépositaires de la « religion » Tarantino, et là est leur faute car les arguments qu’ils exposent pour critiquer son dernier film sont souvent, justement, révélateurs d’une méconnaissance de ses réelles intentions ! Cela n’est pas prêt de finir en tout cas, je pense. J’ai essayé d’être plus dans la pédagogie sans en penser moins, c’était un peu ma bouteille à la mer. :)

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  • 18 février 2020 à 20 h 12 min
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    Je serais curieux de voir combien de ces « fans » de QT ont remarqué que Daniel Brühl a le même geste de dépit quand il tue Shoshanna, que Tim Roth qui tue l’automobiliste dans Reservoir Dogs. Combien ont remarqué cette auto-citation de QT ? (Je ne parle pas même pas de montage, analyse des plans, photo, etc) Autrement dit, combien de « fans » regardent vraiment un film et en font ne serait-ce qu’un début d’analyse autre que « c’était cool, et comme ça claaaque, et la musique elle est trop bien  » ?

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  • 18 février 2020 à 22 h 52 min
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    Tarantino est plus cool que pop à mon sens. D’ailleurs là se situe sans doute la méprise chez de nombreux « admirateurs ». A ceux qui ne veulent que de la posture et du tape à l’œil, je leur suggère de se tourner vers les films de Guy Ritchie, davantage faits pour eux.

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  • 8 mars 2020 à 10 h 07 min
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    Il est déjà acquis au cœur de cinéphiles de renom. Si ce n’est déjà fait, je t’invite à lire les échanges qui lui sont consacrés dans la discussion entre Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux pour la nouvelle préface de « Amis américains ».

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