Le Syndicat du Crime – Trilogie (John Woo & Tsui Hark, 1986 – 1989) – Critique & Analyse

À la fin des années 80, la rétrocession de Hong Kong à la Chine est proche. Les grands cadors de la mafia locale tentent d’asseoir leur suprématie en vue de ce bouleversement qui approche, il est temps pour le syndicat du Crime de régler ses comptes.

Le Syndicat du Crime (John Woo, 1986)


Fiche du film

Affiche du Syndicat du Crime (1986)
Affiche du Syndicat du Crime (1986)
  • Genre : Action, Drame, Policier
  • Réalisateur : John Woo
  • Année de sortie : 1986
  • Casting : Ti Lung, Leslie Cheung, Chow Yun-fat
  • Synopsis : Sung Tse Ho et Mark Gor sont deux seigneurs de la mafia, pourtant Ho veut quitter le syndicat car son frère Kit travaille dans la police. (SensCritique)

Critique et Analyse

Le Syndicat du Crime (1986)
Le Syndicat du Crime (1986)

John Woo et Tsui Hark sont probablement les deux grands noms qui sont restés dans les esprits concernant le cinéma d’action hongkongais de l’époque (avec Johnnie To). Les deux hommes s’associent pour un nouveau projet, Le Syndicat du Crime, motivé par la volonté de John Woo à faire un cinéma qui lui correspond, aidé de justesse par Tsui Hark, alors qu’il songeait à prendre sa retraite. Hark officie comme producteur, et Woo comme réalisateur. C’est, pour les deux hommes, l’occasion de proposer leur vision du film de gangsters. Dans ce premier opus, nous découvrons les trois personnages principaux, Mark, Ho et Kit. Le premier est un gangster fantasque, le second est plus sage, altruiste et cherche à raccrocher, et le dernier, petit frère du second, veut faire ses preuves au sein de la police.

« Dans cet univers chaotique, chacun essaie de trouver sa place, apprend à s’imposer, à faire des choix, et à ne pas se laisser aveugler par le pouvoir. »

Le Syndicat du Crime premier du nom augure un cycle sur la mafia hongkongaise, s’articulant autour des relations familiales, des machinations et de l’honneur. Dans cet univers chaotique, chacun essaie de trouver sa place, apprend à s’imposer, à faire des choix, et à ne pas se laisser aveugler par le pouvoir. Une place qui se mérite, surtout car chacun la mérite. Autant sur la forme que dans le fond, John Woo laisse ici s’exprimer son cinéma, encore limité par les moyens, avec un côté légèrement « amateur » et « bis » qui donne du cachet à ce film qui ne manque pas de dynamisme et de générosité. Il vaut notamment pour l’évolution des personnages de Ho et de Kit, les deux frères pourtant ennemis de fait, exposant la difficulté pour Kit de gérer la situation, et l’impossibilité pour Ho de définitivement couper les ponts avec le milieu. Entre eux, Mark est comme l’ange de la mort, le facteur X qui encouragera l’inévitable chute vers le chaos.

Le Syndicat du Crime est une fructueuse collaboration entre Tsui Hark et John Woo, et donne également à Chow Yun-Fat un de ses premiers grands rôles. Le cinéaste chinois impressionne déjà avec ses scènes d’action spectaculaires, point fort d’un film plus modeste dans son écriture et dans son intrigue, très classique mais très parlante. Un film dans la pure veine de ce que sait faire John Woo, généreux et jouissif.


Note et avis

3.5/5

Un premier opus plein d’entrain, porte-étendard du film de gangsters « à la hongkongaise ». Un film d’apparence modeste, mais qui ne manque pas de générosité.


Bande-annonce du film


Le Syndicat du Crime II (John Woo, 1987)


Fiche du film

Affiche du Syndicat du Crime II (1987)
Affiche du Syndicat du Crime II (1987)
  • Genre : Action, Drame, Policier
  • Réalisateur : John Woo
  • Année de sortie : 1987
  • Casting : Ti Lung, Leslie Cheung, Dean Shek
  • Synopsis : Ho, en prison, est plus ou moins obligé de s’infiltrer dans la mafia sous peine de voir compromise la carrière de son frère dans la police. Il découvre que Mark avait un frère jumeau, parti aux USA… (SensCritique)

Critique et Analyse

Le Syndicat du Crime II (1987)
Le Syndicat du Crime II (1987)

Peu de temps après un opus auréolé d’un beau succès commercial, John Woo et Tsui Hark rempilent pour un nouvel épisode. John Woo est désormais un réalisateur de films d’action reconnu, qui a su développer et affirmer son style, avec ce curieux mais très intéressant mélange entre les codes du film de gangsters et du wu xia pian, avec une mise en scène esthétisée et aérienne. Dans Le Syndicat du Crime II, on reprend presque les mêmes personnages, avec un habile subterfuge permettant le retour de Chow Yun-Fat à l’affiche de ce second opus.

« John Woo fait appel à des motifs plus à même de libérer ses personnages, de les mettre dos au mur et à fleur de peau, pour motiver la volonté du spectateur de se sentir concerné par les enjeux de l’intrigue. »

Le Syndicat du Crime II explore les mêmes thématiques et développe à peu de choses près les mêmes problématiques que le premier film. Ici, les enjeux sont notamment motivés par les liens familiaux, avec la poursuite du développement de la relation fraternelle entre Ho et Kit, la volonté de revanche de Lung par rapport à sa fille, et l’ombre de Mark qui plane sur Ken. John Woo fait appel à des motifs plus à même de libérer ses personnages, de les mettre dos au mur et à fleur de peau, pour motiver la volonté du spectateur de se sentir concerné par les enjeux de l’intrigue. C’est un film plein d’imperfections, mais tout à fait jouissif et divertissant. Avec un final apocalyptique jubilatoire, il laisse carte blanche à John Woo qui s’amuse derrière la caméra, autant que le spectateur en prend plein les yeux.


Note et avis

3/5

Le Syndicat du Crime II est un opus plus écorché, toujours imparfait, mais toujours honnête avec le spectateur. Jouissif et jubilatoire.


Bande-annonce du film


Le Syndicat du Crime III (Tsui Hark, 1989)


Fiche du film

Affiche du Syndicat du Crime III (1989)
Affiche du Syndicat du Crime III (1989)
  • Genre : Action, Drame, Policier
  • Réalisateur : Tsui Hark
  • Année de sortie : 1989
  • Casting : Chow Yun-Fat, Anita Mui, Tony Leung Ka-Fai
  • Synopsis : Entre le Vietnam et Hong-Kong, c’est la guerre. La seule façon de s’en sortir est de devenir un trafiquant. Mark Cheung, jeune habitant hongkongais venu à Saïgon chercher son cousin Mun et son oncle s’en rend compte trop tard, et cherche à s’en sortir en s’unissant à Chow Kit, une trafiquante. Malheureusement, tout tourne mal… (SensCritique)

Critique et Analyse

Le Syndicat du Crime III (1989)
Le Syndicat du Crime III (1989)

Alors que le duo John Woo/Tsui Hark avait donné naissance à deux films qui se sont imposés comme des classiques du cinéma d’action hongkongais, la suite et fin de l’histoire allait être un peu moins heureuse. En planchant sur l’écriture et la réalisation d’un troisième opus à la saga Le Syndicat du Crime, les deux hommes se brouillent, et leurs chemins se séparent. John Woo continue de son côté, pendant que Tsui Hark, toujours producteur, devient aussi réalisateur pour Le Syndicat du Crime III. Il va sans dire que si le film n’est pas foncièrement mauvais, loin de là, il n’a vraiment de « Syndicat du Crime » que le nom. En effet, cette fois-ci, on revient en arrière, en retrouvant le personnage de Mark, en voyage à Saïgon, dans un pays en guerre.

« Le Syndicat du Crime III est plus dramatique, romanesque, passant plus de temps à développer les personnages et consacrant moins de temps aux scènes d’action, cherchant surtout à créer une tragédie sur fond de guerre et de mauvaises combines. »

Le climat est tout à fait différent, faisant marcher Le Syndicat du Crime III sur le sentier du film de guerre, bien qu’il s’intéresse toujours aux mafias et aux gangsters. Mais c’est surtout dans son ton et son style que le film diverge avec les précédents. Le Syndicat du Crime III est plus dramatique, romanesque, passant plus de temps à développer les personnages et consacrant moins de temps aux scènes d’action, cherchant surtout à créer une tragédie sur fond de guerre et de mauvaises combines. Au jeu de l’action, Tsui Hark sort perdant face à John Woo, avec des scènes d’action bien plus convenues, moins nerveuses et spectaculaires. Le Syndicat du Crime III se présente comme un film plus sage, qui a ses atouts, mais qui a pour principal défaut de largement diverger par rapport aux deux autres films qui ont façonné l’esprit de la saga dont ce film porte le nom.


Note et avis

3/5

Plus dramatique, tragique et romanesque, Le Syndicat du Crime III se focalise moins sur l’action, s’assimilant presque à un film de guerre par moments, au risque de trop diverger par rapport à l’esprit de la saga.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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