Cinexpress #158 – Drive (2011)

Drive représente, probablement, l’un des films les plus cultes de ces dernières années. Le charisme transpirant de Ryan Gosling, les bruits de moteur, son histoire torturée, ont contribué à cette réputation, tout en n’empêchant pas le film de demeurer quelque peu énigmatique, particulier, ce qui est d’ailleurs logique, avec la présence de Nicolas Winding Refn derrière la caméra. Et si c’est probablement son film le plus hollywoodien, le plus « mainstream » , il n’est pas question d’y voir un quelconque relâchement de la part du réalisateur danois.


Fiche du film

Affiche de Drive (2011)
Affiche de Drive (2011)
  • Genre : Action, Drame, Thriller
  • Réalisateur : Nicolas Winding Refn
  • Année de sortie : 2011
  • Casting : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Oscar Isaac, Ron Perlman, Albert Brooks
  • Synopsis : Ce cascadeur a une double vie : il devient pilote de voitures pour le compte de la mafia la nuit. Après un casse qui tourne mal, il veut se venger. (senscritique.com)

Critique et Analyse

Ryan Gosling dans Drive (2011)
Ryan Gosling dans Drive (2011)

La mise en place est rapide. La première séquence, mettant en scène un casse impliquant notre héros, plante déjà le décor du film. En quelques minutes, Nicolas Winding Refn propose une leçon de maîtrise et de création d’atmosphère, donnant immédiatement une véritable identité à son film, appuyant son côté très viril, tout en imposant cette esthétique très léchée, mélancolique et presque onirique. Ici, le cinéaste danois ne cherche pas à trahir son cinéma, il ne vient pas s’agenouiller face aux chantres de l’immense industrie cinématographique hollywoodienne. Il a retenu son premier échec vécu avec Inside Job, mais il a parfait son art pour venir taper du poing sur la table et montrer qu’on peut faire quelque chose d’accessible pour un grand public, mais d’une grande valeur cinématographique.

« Le personnage campé par Ryan Gosling est un homme qui n’exprime ses pensées qu’au minimum, cherchant à vivre de la manière la plus droite possible, à tout calculer, mais qui doit, subitement, apprendre à composer avec une déraison inhérente à la nature humaine pour continuer son chemin de croix. »

Ces associations de bleu et de jaune d’une beauté rare, ces scènes nocturnes multicolores, ces mouvements de caméra et cette tendance à appuyer certains plans contribuent parfaitement à construire la beauté esthétique de Drive, mais il n’est pas question d’en faire une coquille vide. Comme dans tous ses films, en commençant par les Pusher, en passant par Bronson puis Valhalla Rising, Nicolas Winding Refn met en avant un personnage marginal, inadapté à la société, vivant dans l’ombre. Le personnage campé par Ryan Gosling est un homme qui n’exprime ses pensées qu’au minimum, cherchant à vivre de la manière la plus droite possible, à tout calculer, mais qui doit, subitement, apprendre à composer avec une déraison inhérente à la nature humaine pour continuer son chemin de croix. Le choix de son métier, celui de cascadeur, n’a d’ailleurs rien d’un hasard. Il est celui qui doit prendre les risques, renoncer à son intégrité, et tout calculer pour que tout se déroule sans accroc, pour le plan échafaudé, et pour lui-même.

Ryan Gosling dans Drive (2011)
Ryan Gosling dans Drive (2011)

Dans Drive, Nicolas Winding Refn propose une superbe réactualisation des grands films noirs d’époque. Ici sont exposées des scènes nocturnes et des personnages marginaux qui incarnent toutes les dérives humaines, lesquelles sont pourtant naturelles. Le personnage principal est un homme carré et droit, mais cela ne l’empêche pas de contribuer à des combines pour des voyous, car c’est ce qu’il sait le mieux faire. Les mafieux opèrent dans l’ombre et font valoir leurs intérêts à coups de règlements de compte sanglants. Dans ce tableau sombre et inquiétant, l’amour devient le facteur inattendu qui bouleverse les rapports de force et transforme le conducteur en un justicier solitaire et impitoyable qui ramènera la balance à l’équilibre. Tel le scorpion, il est silencieux, opère à l’abri des regards, mais il risque de piquer à tout moment, car c’est dans sa nature, et à ce moment, rien ne pourra vous sauver.

Drive est, sans conteste, une véritable claque esthétique qui recèle de nombreux plans iconiques. Beau, poétique, mélancolique, torturé, envoûtant et violent, il hypnotise son spectateur pour mieux l’embarquer dans cette course nocturne dont on ne sait pas jusqu’où elle nous mènera. Rappelant aux grands heures du film noir, Nicolas Winding Refn signe ici un de ses films les plus aboutis, qui aurait pourtant pu être l’un de ses plus aseptisés mais où, finalement, la patte du cinéaste influe sur chaque plan pour mieux nous saisir. Ici, Ryan Gosling montre tout son talent d’acteur, que beaucoup critiquent et qui, pourtant, est indéniable. Son expression, certes souvent très figée, ne manque pas de laisser apparaître des nuances parvenant à montrer toute la complexité du héros. Avec cette BO electro captivante, comportant notamment le morceau devenu culte de Kavinsky, Nightcall, Drive est de ces films qui rappellent que le cinéma est avant tout et surtout une question de sensations et d’impressions, et qu’une fois celles-ci stimulées, la magie opère.


Note et avis

 

4.5/5

[star rating= « 4.5 » max= « 5 »]

Drive est probablement le film le plus abouti de Nicolas Winding Refn, un film visuellement magnifique, accompagné d’une musique captivante, et réadaptant à notre époque l’esprit des grands films noirs. Une réussite en tous points.


Bande-annonce de Drive

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

13 réflexions sur “Cinexpress #158 – Drive (2011)

      • 18 février 2018 à 23 h 45 min
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        Je l’ai vu 2/3 fois l’année passée alors j’ai passé mon tour pour ce soir … mais c’est un film incroyable !

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          • 18 février 2018 à 23 h 49 min
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            Je n’ai vu que Only god forgives car j’étais dans ma phase filmo de Ryan Gosling :) mais j’aimerais prendre le temps de découvrir d’autres films !

          • 18 février 2018 à 23 h 53 min
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            Ah oui ! On est un peu dans la même veine, avec un côté plus « lynchien », même si j’ai un peu moins aimé. A revoir je pense cependant ! Refn a une filmo assez variée, ses premiers films sont très naturalistes, sans artifices, mais la deuxième partie de sa carrière part plus vers l’onirisme et des partis pris esthétiques très marquants. Personnellement, je mets Drive et Bronson en tête.
            Si tu veux j’ai résumé les différents films de NWR ici, ça pourra éventuellement te guider dans tes futures découvertes à propos de ce réalisateur hautement recommandable :) http://alarencontreduseptiemeart.com/retrospective-nicolas-winding-refn/

  • 18 février 2018 à 23 h 55 min
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    Drive est vraiment une tuerie , bronson du même réalisateur est aussi un film cool en plus y’a tom hardy

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    • 18 février 2018 à 23 h 56 min
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      Ce sont mes deux préférés de NWR, Bronson est dans le même délire, avec une imagerie très marquante, et Tom Hardy y est incroyable :) Ça me donne envie de me refaire un petit cycle NWR, j’ai déjà tout vu mais tant pis. ^^

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      • 18 février 2018 à 23 h 58 min
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        Moi je n’ai vu que ces deux là . Only god forgives avait reçu de pas très bonnes critique si je me souviens bien donc je ne l’avais pas regardé et le dernier avec elle fanning je l’ai commencé mais je ne sais plus pourquoi je ne l’ai pas finis

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        • 19 février 2018 à 0 h 01 min
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          Ils sont très axés sur l’esthétique, pas vides de sens, mais pas très simples. Only God Forgives est superbe visuellement, mais a un côté très Lynch qui fait qu’au premier abord on a du mal à cerner le truc et on a la sensation d’avoir vu quelque chose d’assez vide et juste clinquant.
          The Neon Demon, quant à lui, est très beau aussi, mais je l’ai trouvé très manichéen dans son propos donc je peux comprendre.
          Ce sont pas mal des films d’ambiance, et c’est d’autant plus curieux de voir que c’est devenu une vraie caractéristique de son cinéma, et de comparer ses derniers films à ses « Pusher ». C’est complètement différent !

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  • 19 février 2018 à 8 h 45 min
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    Je ne supporte pas Ryan Gosling, je bloque sur chacun de ses films, qui du coup, de mon point de vue, perdent systématiquement de la valeur de par sa présence, c’est terrifiant. J’ai vu « Drive » il y a quelques années et je me refuse à en faire la critique de crainte de défoncer le film par la seule présence de cet acteur.
    Du coup je boycotte quasiment tous ces films !
    :-(

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    • 19 février 2018 à 9 h 54 min
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      C’est bien dommage ! C’est un acteur que je trouve détesté dans une mesure qui n’est pas du tout mérité. Ce n’est pas juste une belle gueule qui a un jeu monoface, il y a beaucoup de nuances dans ses expressions, il est au contraire du surjeu, sans être statique, et son jeu apporte énormément à la consistance de son personnage dans Drive. :)
      Mais bon j’adore Ryan Gosling. ^^

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