« An Evening with Al Pacino » au Théâtre de Paris

Affiche du spectacle
Affiche du spectacle

Al Pacino à Paris : Des étoiles plein les yeux et la colère des réseaux sociaux

Quand la nouvelle de la venue d’Al Pacino pour un spectacle au Théâtre de Paris a commencé à se répandre, ma curiosité a directement été piquée. Voir sur scène une telle légende du cinéma, en France, c’est la chance d’une vie. Comme beaucoup, j’éprouvais un sentiment d’impatience certaine, me mettant à l’affût de l’ouverture des ventes. Mais, comme beaucoup aussi, j’ai dû faire face à une certaine déconvenue en découvrant les prix, ce qui n’a pas manqué d’enflammer les réseaux sociaux, et j’avoue y être allé de mon tweet pour réagir à ce sujet. Bien que j’aie énormément de considération pour Al Pacino, je ne me voyais pas forcément dépenser plusieurs centaines d’euros pour assister au spectacle et, surtout, je n’avais pas les moyens de le faire.

Ce qui était également le cas de beaucoup de passionnés, souvent jeunes, qui voulaient voir leur idole, mais se retrouvaient vite dissuadés par ces tarifs prohibitifs qui favorisaient notamment une certaine caste d’aficionados d’un soir venus récolter leur instant de gloire sur le dos d’une légende. Un ressentiment principalement adressé envers ce que les tarifs induisent, plus qu’envers l’acteur lui-même bien entendu, mais ne nous attardons pas davantage sur ce point. Car si j’ai râlé plusieurs fois à ce sujet, notamment auprès de mes amis, j’ai eu la belle surprise de découvrir, à mon anniversaire, une enveloppe contenant deux places pour assister au spectacle ! Forcément, je me sentais un peu bête après ce que j’avais pu dire, mais j’étais évidemment ravi, c’était une superbe opportunité. J’ai donc pu y aller, hier, avec un ami qui s’était dévoué pour acheter les places en plein rush pendant l’ouverture des ventes.

A défaut de voir Al Pacino de très près, on fait avec nos petits moyens !
A défaut de voir Al Pacino de très près, on fait avec nos petits moyens !

Bienvenue chez Al

Al Pacino était donc, hier et lundi, à Paris, pour présenter son spectacle « An Evening with Al Pacino ». Celui qui, à 78 ans, a connu une immense carrière avec des rôles marquants et qui m’ont marqué, comme dans Serpico, Un après-midi de chien, Scarface, la trilogie du Parrain, Heat, L’Impasse ou encore L’Associé du Diable, foule depuis quelques années les planches des scènes du monde entier pour livrer des témoignages sur sa vie et sa carrière. Entre autobiographie orale, saynètes improvisées ou non, anecdotes et clips de films, le spectacle se présente comme un condensé de la vie et de la carrière de l’acteur. Sur les coups de 20h30, juchés sur notre balcon en hauteur nous donnant une vue imprenable sur la scène, nous voyons Léa Salamé, hôte de la soirée, introduire Al Pacino, qui fait son entrée sur scène, accueilli par une standing ovation, naturellement. Au passage, j’espère que vous me pardonnerez de ne pas avoir pris de photo du spectacle, mais nous avons été sommés par un vigile de ne pas le faire, et je ne voulais pas trop prendre le risque de me faire expulser de la salle !

Du haut de notre balcon, la vue était imprenable
Du haut de notre balcon, la vue était imprenable

An Evening with Al Pacino

On découvre alors, sur scène, un homme animé par sa passion, qui vit avec passion, et qui déborde d’énergie. Il nous raconte son enfance, à découvrir ses premiers films comme Last Weekend de Billy Wilder, à penser à devenir acteur, mais se confrontant aux doutes de sa famille, qui le font douter à son tour. Il raconte aussi sa jeunesse à New York, ses premiers petits boulots, et ses premières amours avec le théâtre, où il commence à s’épanouir, bien qu’il vive encore dans la précarité et dans un monde ravagé par l’alcool et les drogues. Un univers aussi impitoyable qu’il s’avèrera déterminant pour la suite de sa carrière, dans le choix et l’interprétation de ses rôles. Il nous raconte aussi sa rencontre fortuite avec Francis Ford Coppola, qui n’hésita pas à se battre pour lui pour qu’Al Pacino ait à tout prix le rôle de Michael Corleone dans Le Parrain, malgré l’incompréhension du jeune acteur qui ne se pensait pas du tout à la hauteur.

Mais pour Al Pacino, cela ne doit pas être unilatéral, il veut que ce spectacle soit une opportunité pour échanger avec son public. Un exercice qu’il dit apprécier tout particulièrement, et qui a donné l’occasion à l’acteur de s’exprimer sur d’autres anecdotes, en racontant entre autres, en riant, que c’est grâce à lui qu’Harrison Ford a fait carrière quand il a refusé le rôle de Han Solo dans Star Wars. Mais l’acteur est, à l’image de certains de ses personnages comme Tony Montana et Sonny Wortzik, incapable de tenir en place, il pense à mille choses à la fois, et s’égarait souvent dans ses pensées, non sans faire rire le public et au grand dam de Léa Salamé qui souriait face à un Al Pacino aussi incontrôlable que passionné.

Al Pacino - Photo : Philippe Warrin / Le Parisien
Al Pacino – Photo : Philippe Warrin / Le Parisien

Quand Al Pacino dit qu’il souhaitait réciter un dernier poème d’Oscar Wilde avant de clore le spectacle, j’étais assez surpris tant le temps semblait avoir filé. Pourtant, deux heures et demie s’étaient déjà écoulées, alors qu’Al Pacino vient saluer la foule et enchaîne les rappels devant une longue standing ovation. La preuve, sans aucun doute, que le show était de qualité !

En effet, « An Evening with Al Pacino » est un spectacle vraiment très agréable et sympathique, on ne sent pas le temps passer tant on se prend à écouter toutes ces anecdotes et histoires constituant une vie bien remplie. Une vraie proximité s’installe entre Al Pacino et son public. On a un peu l’impression de voir le patriarche de la famille raconter ses expériences et d’être les enfants qui s’en abreuvent, ou d’être comme dans un grand salon, tous ensemble, à écouter. C’est certes cadré un minimum, mais ça ne sonne pas faux, Pacino se livre vraiment avec beaucoup d’authenticité et dégage une énergie folle. C’est un peu comme une autobiographie vivante et en accéléré. Pacino a tellement d’histoires à raconter qu’il ne cesse de diverger, mais ça donne lieu à des moments cocasses, et il ne manque jamais une occasion de sortir une petite blague.

C’est le témoignage d’un homme qui a réussi mais qui est parti de rien, qui a eu des opportunités inespérées, qui s’intéresse à l’art sous toutes ses formes, qui est lucide et sait faire preuve d’humilité. Encore une fois, cette proximité manifeste contraste avec les tarifs hélas très prohibitifs du spectacle, il est vrai. C’est regrettable et beaucoup qui auraient aimé venir n’ont pas pu. J’ai eu la chance de bénéficier de ce superbe cadeau et c’était vraiment un excellent moment dont je garderai un très bon souvenir.

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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