A Touch of Zen (King Hu, 1971) – Critique & Analyse

Les légendes issues de lointaines contrées sont toujours sources d’émerveillement et de fantasmes. Par les écrits, les chants ou les films, ils nous font voyager par procuration vers des lieux et dimensions insoupçonnés. C’est exactement ce que propose King Hu avec A Touch of Zen.


Fiche du film

Affiche de A Touch of Zen (1971)
Affiche de A Touch of Zen (1971)
  • Genre : Arts martiaux, Aventure, Drame
  • Réalisateur(s) : King Hu
  • Distribution : Hsu Feng, Shih Chun, Pai Ying
  • Année de sortie : 1971
  • Synopsis : La Chine sous la dynastie Ming. Yang Hui-chen, dont le père a été assassiné par la police politique du Grand Eunuque Weï, a réussi à s’échapper avec l’aide de deux généraux rebelles. Ayant trouvé refuge dans une citadelle frontalière abandonnée, la jeune fille est repérée par des espions impériaux. Pour l’aider à affronter les gardes lancés à sa recherche, elle trouvera un soutien inespéré auprès de Gu Sheng-chai, un jeune lettré qui se révèle un redoutable stratège, et surtout de Maître Hui-Yuan, un moine bouddhiste dont la force spirituelle n’a d’égale que sa maîtrise des arts martiaux…(SensCritique)

Critique et Analyse

A Touch of Zen (1971)
A Touch of Zen (1971)

Des araignées sur leur toile, prenant au piège leurs proies dans une nuit ténébreuse. Puis le jour arrive, dans ces paysages vallonnés où la forêt recouvre des montagnes au relief escarpé. Dans la brume le jour se lève, et les rayons du soleil viennent toucher les parois de murs usés ayant ceint des édifices aujourd’hui en ruines. Au cœur d’une végétation luxuriante, ces ruines témoignent d’un passé qui paraît aujourd’hui lointain, alors que des statues représentant de mystérieuses créatures semblent encore les garder. Non loin de là vit Gu Shengzai, un dessinateur occupant une modeste maison avec sa mère. Il tient une boutique dans un petit village qui paraît perdu, où de mystérieux individus semblent cependant troubler la quiétude de ces lieux.

« Omniprésent dans A Touch of Zen, le mystère plane d’emblée et habille ce conte partant de minuscules microcosmes pour s’élever jusqu’à des dimensions lointaines et mystiques. »

Le personnage de Gu Shengzai, sympathique, un brin timide et maladroit, mais très attachant, crée un premier lien humain entre le spectateur et cet univers paraissant si lointain et empreint de mystère. Il est cet homme sans histoires qui va se retrouver malgré lui entraîné dans quelque chose de bien plus grand, le dépassant largement. L’homme venant d’on ne sait où, le mendiant aveugle, la jeune femme mutique, rapidement les figures remarquables de ce conte font leur apparition et s’imposent, assemblant les pièces d’un puzzle dans lequel on progressait à tâtons. Omniprésent dans A Touch of Zen, le mystère plane d’emblée et habille ce conte partant de minuscules microcosmes pour s’élever jusqu’à des dimensions lointaines et mystiques.

A Touch of Zen (1971)
A Touch of Zen (1971)

D’abord axé sur le mystère, suivant une intrigue presque policière, A Touch of Zen finit par intégrer des composantes plus chevalières, exposant d’impressionnants combats au sabre où les combattants défient les lois de la gravité dans des ballets élégants. A Touch of Zen devient alors un pur Wu xia pian, où les affrontements se multiplient dans de superbes paysages dépassant toujours les Hommes, à l’image de la dense forêt de bambous qui voit se dérouler l’un d’entre eux. Le mysticisme prend toujours une part importante dans le récit, notamment lors de l’assaut du fort en ruines, et encore plus avec l’intervention des moines Shaolin, voyageurs traversant le monde, dotés d’une force de corps et d’esprit qui semblent surhumaines. Le conte médiéval devient alors un voyage spirituel, s’échappant des limites de la réalité et du temps.

Dans ces superbes décors, A Touch of Zen offre un voyage de trois heures dans une nature lointaine et mystérieuse, dans laquelle se fraie l’humanité, persuadée de son pouvoir, et ici ramenée à son échelle. La musique, aux mélodies et instruments orientaux, contribue à nous transporter dans cet univers dans lequel on aimerait s’égarer des heures durant. Longtemps maudit, monté, haché, remonté, il a enfin, récemment, pu être de nouveau édité dans sa version originale dans une qualité remarquable, rendant justice à ce film à la photographie et aux décors superbes. Le Wu xia pian trouve ici l’un de ses premiers grands représentants, trouvant ses racines dans les mystères du monde, et s’élevant vers des dimensions qui s’en échappent.

Note et avis

En résumé

Figurant parmi les fondateurs du Wu xia pian, A Touch of Zen part de l’intime et du petit pour nous mener vers l’immense et l’éternel, notamment grâce à sa superbe photographie et ces décors grandioses qui nous émerveillent à chaque instant.

Overall
8/10
8/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

2 réflexions sur “A Touch of Zen (King Hu, 1971) – Critique & Analyse

  • 17 février 2021 à 21 h 34 min
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    Merci Quentin,
    Tu m’as transporté avec ce texte qui évoque ce joyau de King Hu, me donnant envie de repartir à la découverte de ce film qui m’avait enchanté. Tu soulignes parfaitement toutes ses qualités esthétiques, et sa formidable poésie chorégraphique héritée des ballets dont le réalisateurs était un maître.
    Je m’en vais relire ma propre chronique pour prolonger ce parfum d’orient qui s’est désormais insinué dans mon esprit.

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    • 17 février 2021 à 22 h 53 min
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      Merci à toi ! ;) C’est en effet un film propice aux envolées lyriques !

      Répondre

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