Une balle dans la tête (John Woo, 1990) ★★★★½ – Critique & Analyse

De la jungle de Hong Kong à la jungle du Vietnam, il n’y a qu’un pas. Du béton gris écrasant vers la verdure infernale, le décor change, mais le climat reste le même. Gare à ceux qui s’approchent trop du feu et qui l’attisent, au risque de recevoir une balle dans la tête…


Fiche du film

Affiche d'Une balle dans la tête (1990)
Affiche d’Une balle dans la tête (1990)
  • Genre : Action, Drame, Guerre, Policier
  • Réalisateurs : John Woo
  • Année de sortie : 1990
  • Casting : Tony Leung Chiu-Wai, Jacky Cheung, Waise Lee
  • Synopsis : L’histoire d’un trio d’amis qui de leur jeunesse insouciante à Hong Kong en 1967 à la fin de la guerre du Vietnam, verront leur destin diverger. (SensCritique)

Critique et Analyse

Une balle dans la tête (1990)
Une balle dans la tête (1990)

Jusqu’ici, John Woo avait principalement réalisé des comédies, puis des films d’action, en collaborant notamment avec Tsui Hark, auprès de qui il réussit à obtenir le succès sur le marché local, mais aussi à l’international. Toutefois, la concorde entre les deux hommes, bien que fructueuse, s’effrite lors de la genèse du Syndicat du Crime III, que Tsui Hark réalisera seul, alors que John Woo décide de poursuivre sa carrière de son côté. De ce schisme naîtront notamment The Killer, avec Chow Yun-Fat, et Une balle dans la tête, deux œuvres marquées par de fortes envolées tragiques et dramatiques. Loin du côté explosif et nerveux de ses précédents films, qui leur confère presque un côté insouciant, sans nier leur violence, ces deux derniers films semblent faire état d’un passage vers la maturité dans la filmographie de John Woo. Et Une balle dans la tête n’a certainement pas volé son nom.

« Dans Une balle dans la tête, l’amour, la cupidité et la quête de soi sont autant de facteurs qui condamnent cette amitié à sa perte. »

Le film débute d’une manière assez similaire de ses précédents films, exposant des personnages rebelles et en marge, qui cherchent à se faire une place dans la société et dans le monde. C’est la volonté de se construire dans un univers hanté par la corruption et ceux qui surpassent les lois. Mais, cette fois, John Woo sort de son décor habituel pour nous jeter au beau milieu de la guerre du Vietnam, développant alors une nouvelle imagerie, marquée par les attentats, les répressions sanglantes et les combats à mort en pleine jungle. Au fil de l’intrigue, le spectateur qui aura déjà vu Voyage au bout de l’Enfer ne pourra s’empêcher de noter des similitudes entre Une balle dans la tête et le film de Michael Cimino, avec cette situation initiale présentant les personnages, le mariage, puis le départ soudain et la désolation. Cependant, John Woo ne cherche pas à paraphraser Cimino, et donne naissance à une fable tragique et sanglante sur les désirs des Hommes. Dans Une balle dans la tête, l’amour, la cupidité et la quête de soi sont autant de facteurs qui condamnent cette amitié à sa perte.

Une balle dans la tête (1990)
Une balle dans la tête (1990)

Chaque personnage a ses propres aspirations, et les épreuves qu’ils subissent les font montrer leur véritable nature. Et il est intéressant de voir qu’Une balle dans la tête, aussi brutal soit-il, s’avère être un film bien plus sage que les précédentes réalisations de John Woo. Le cinéaste, qui s’amusait avec les gunfights survoltés, avec de multiples cascades donnant par moment à ses Syndicat du Crime l’allure de wu xia pian modernes, privilégie ici l’écriture de ses personnages et la tension dramatique. La caméra est beaucoup moins mobile, les plans plus longs et plus fixes, pour mieux observer et montrer. Bien entendu, la violence est toujours très présente mais, ici, elle n’a pas d’aspect jouissif ni spectaculaire, elle interpelle, elle choque. Le cinéaste parvient, avec ces trois personnages, à permettre au spectateur de s’identifier partiellement à chacun d’entre eux, et de se retrouver dans un véritable conflit intérieur, le mettant autant dos au mur que les protagonistes du film.

Une balle dans la tête se présente comme une véritable surprise, même lorsque l’on connaît un peu John Woo. Celui qui divertissait avec énergie semble s’être quelque peu refermé sur lui-même, s’être retrouvé dans le besoin d’extérioriser des souffrances et de les mettre sur pellicule. Car John Woo n’est pas un cinéaste à prendre à la légère, et qui est encore moins complaisant avec le spectateur. Il sait être impitoyable et imprévisible, comme il a pu l’être avec The Killer et encore plus avec Une balle dans la tête. Les tragédies sont éternelles, elles ont cette capacité à faire surgir des émotions particulières mais qui laissent une trace indélébile, comme le fait ce film. Il met une vraie claque au spectateur, le malmenant et le laissant sans solution. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’on a vraiment vu et vécu quelque chose de fort.


Note et avis

4.5/5

Une balle dans la tête se présente comme le film de la maturité de John Woo, entre The Killer et Hard Boiled. Le cinéaste montre ici tout son talent pour écrire et réaliser de grandes tragédies, marquant durablement le spectateur. Une claque.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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