The Green Knight (David Lowery, 2021) – Critique & Analyse

Il y a déjà quatre ans, le public français découvrait David Lowery avec A Ghost Story, et ce fantôme modestement vêtu d’un drap et qui traversait les âges. Quand le cinéaste a annoncé son projet d’adapter un lointain poème du XIVe siècle avec The Green Knight, racontant l’histoire de Gauvain et du chevalier vert, la curiosité de beaucoup s’est réveillée, à condition de composer avec la frustration de ne jamais pouvoir découvrir ce film en salles en France, et d’attendre sa sortie en streaming aujourd’hui.


Fiche du film

Affiche de The Green Knight (2021)
Affiche de The Green Knight (2021)
  • Genre : Fantastique
  • Réalisateur(s) : David Lowery
  • Distribution : Dev Patel, Alicia Vikander, Joel Edgerton
  • Année de sortie : 2021
  • Synopsis : Sire Gauvain, chevalier de la table ronde et neveu du Roi Arthur, accepte un défi lancé par un mystérieux chevalier vert : Gauvain doit le décapiter. Le chevalier accepte le défi et en ressort victorieux. Mais le chevalier vert repart avec sa tête sous le bras en lui disant qu’ils devront se retrouver, dans un an. (SensCritique)

Critique et Analyse

The Green Knight (2021)
The Green Knight (2021)

Comme les images dévoilées dans la bande-annonce en attestaient déjà, la beauté du film se manifeste immédiatement pour nous immerger dans ce Moyen-Âge légendaire où l’on s’apprête à découvrir l’histoire de Gauvain, célèbre chevalier de la table ronde qui accompagna le roi Arthur dans ses quêtes. Ici, Gauvain, bien que déjà estimé par le roi, n’est encore personne, comme il l’avoue lorsque son souverain lui demande de lui conter une histoire à son sujet. C’est l’arrivée d’un mystérieux chevalier vert qui va lui ouvrir les portes de la célébrité, alors qu’il lui tranche la tête devant tout le monde, jouant sa vie en échange avec la promesse de retourner le voir un an plus tard pour que le chevalier vert lui rende la pareille. Une première quête légendaire, enfin, pour le chevalier en devenir.

« L’héroïsme n’aura pas sa place dans The Green Knight, mettant en lumière un homme perturbé par ses propres tourments, fragilisé par ses faiblesses et ses peurs, petit au milieu d’une nature immense, et happé par ses propres cauchemars. »

La chevalerie au cinéma n’a rien de nouveau, et a déjà ses classiques bien en place, avec leur propre manière de jouer avec les codes de l’honneur et d’iconiser ou non leurs figures. Tout l’enjeu de The Green Knight était donc de jouer avec ces codes pour façonner sa propre légende et déconstruire les mythes auxquels il se réfère. Car l’héroïsme n’aura pas sa place dans The Green Knight, mettant en lumière un homme perturbé par ses propres tourments, fragilisé par ses faiblesses et ses peurs, petit au milieu d’une nature immense, et happé par ses propres cauchemars. Comme le fantôme de A Ghost Story, Gauvain refuse la mort, pourtant inévitable, mais la protection dont il bénéficie la tient toujours éloignée de lui, et elle ne pourra alors se contenter que de lui jouer des tours sur son chemin, réveillant de vieux esprits à l’envi ou lui faisant entrevoir son propre trépas.

The Green Knight (2021)
The Green Knight (2021)

Cependant, malgré sa capacité à progresser vers son but, Gauvain ne s’illustre que par sa fragilité, ne ressortant jamais véritablement grandi des épreuves auxquelles il se retrouve confronté. Mu par l’instinct de protéger sa propre vie, extrêmement humain dans son refus d’amorcer tout combat, Gauvain prouve progressivement qu’il n’est pas digne d’être chevalier, plutôt que de suivre le périple classique où le héros prouve progressivement sa valeur avant une ultime épreuve. Il lui faudra finalement vraiment toucher la mort du doigt et comprendre le véritable sens de sa quête pour atteindre la révélation et prouver sa valeur. Mais il ne s’agira pas d’obtenir un quelconque triomphe ni la moindre clameur. Car cette quête largement teintée d’onirisme cherche avant tout à illustrer un combat intérieur, manifestation intime d’une peur viscérale de la mort, et d’un recours à la célébrité pour espérer la surpasser, au-delà de la simple existence physique.

Intrigante et parfois décousue, la narration de The Green Knight aura de quoi désarmer le spectateur, le film ayant principalement recours aux images pour venir solliciter ses sens et ses émotions. A ce sujet, le film de David Lowery est d’une beauté saisissante, avec ces superbes paysages, ce sens du cadrage, ces plans souvent orchestrés pour évoquer des illustrations déjà connues, et cette lenteur devenue caractéristique des films de Lowery, conférant au film un aspect très contemplatif, soutenant cet onirisme ambiant. Pas de rêves, pas de contes de fées, pas de grandes batailles. The Green Knight n’hésite pas à suivre une démarche relativement radicale qui va certainement diviser, tout comme il ne laissera pas insensible.

Note et avis

Résumé

Etrange conte mortifère et lointain, The Green Knight communique avant tout grâce aux images pour stimuler nos sens et nos émotions. Une quête dépourvue d’héroïsme, à la recherche de l’honneur, en fuite de la mort. Un film assez radical qui a tout pour diviser.

Overall
7.5/10
7.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

2 réflexions sur “The Green Knight (David Lowery, 2021) – Critique & Analyse

  • 3 janvier 2022 à 21 h 28 min
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    Hâte de le découvrir celui-là (et tout aussi triste que toi de ne pas pouvoir le voir en salles !)

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  • 2 octobre 2022 à 11 h 01 min
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    Ce film m’a beaucoup ému, il est visuellement magnifique avec une ambiance lente et tranquille. Si on le regarde dans les bonnes conditions (une soirée tranquille pluvieuse après une journée fatigante), on se retrouve plongés dans cette ambiance macabre et sombre qui nous emmène doucement vers le fantastique, la poésie et la contemplation. En tant que jeune adulte qui regarde mes pas je me suis retrouvé dans ce personnage qui essaie de devenir chevalier mais qui est rattrapé par ses échecs pour finalement comprendre qui il est et surtout ce qu’il n’est pas; et l’accepter.

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