La loi de Téhéran (Saeed Roustayi, 2021) – Critique & Analyse

6,5 millions de consommateurs de crack sur 84 millions d’iraniens, voilà le chiffre effarant et le triste constat sur lequel débute La loi de Téhéran, virée dans un pays ravagé par la criminalité.


Fiche du film

Affiche de La loi de Téhéran (2021)
Affiche de La loi de Téhéran (2021)
  • Genre : Drame, Policier
  • Réalisateur(s) : Saeed Roustayi
  • Distribution : Payman Maadi, Navid Mohammadzadeh, Parinaz Izadyar
  • Année de sortie : 2021
  • Synopsis : En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d’une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l’affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure… (SensCritique)

Critique et Analyse

La loi de Téhéran (2021)
La loi de Téhéran (2021)

La première séquence du film annonce déjà tout le désespoir qui écrase le film. Poursuivant une ombre sans pouvoir apercevoir le visage de celui qu’ils traquent, les policiers finissent par perdre leur cible qui se retrouve bloquée dans un trou de chantier avant d’être enterrée vivant sous plusieurs mètres cube de terre. Le quotidien des policiers de Téhéran se dévoile progressivement aux yeux du spectateur, entre poursuite inlassable de trafiquants et de possesseurs de drogue, les multiples interrogatoires et gardes à vue, et les cellules qui se remplissent sans cesse avec de nouveaux pensionnaires.

« Si La loi de Téhéran démarre en prenant le point de vue de la police iranienne, le film va évoluer pour passer progressivement de l’autre côté et montrer la souffrance d’une société toute entière, touchée par le même mal et dépassée par ce qui lui arrive. »

La loi de Téhéran s’intéresse d’abord à l’enquête, alors que les policiers que nous suivons ici se mettent en quête d’un trafiquant important afin de remonter la filière et tenter de marquer des points dans la lutte contre le trafic de drogues. Une immersion dans ce quotidien qui raconte une lutte qui semble perdue d’avance et qui donne lieu à des visions aussi spectaculaires qu’effarantes, à l’image de cette descente dans une sorte de bidonville fait d’immenses tubes en béton, sorte de ruche urbaine où s’anime une société parallèle. Mais si La loi de Téhéran démarre en prenant le point de vue de la police iranienne, le film va évoluer pour passer progressivement de l’autre côté et montrer la souffrance d’une société toute entière, touchée par le même mal et dépassée par ce qui lui arrive.

La loi de Téhéran (2021)
La loi de Téhéran (2021)

Alors que le film semblait montrer ces trafiquants en chef comme des gens puissants et riches, le rapport de force s’équilibre lorsque se dessine davantage le portrait de celui qui se fait appeler Nasser Khakzad, montrant un homme acculé, lui aussi dépassé par la situation, qui n’a eu que le trafic de drogue comme opportunité pour échapper à la misère et aider sa famille. La deuxième partie du film, qui se concentre davantage sur ce personnage, expose cette surpopulation carcérale aussi impressionnante que presque grotesque, construisant tout un tableau d’une frange de la société iranienne, jetée aux oubliettes par ses propres dirigeants et ses propres lois, devenus incapables d’assumer leurs errances, emprisonnant leur peuple dans une vie de misère.

La force de La loi de Téhéran réside dans cette capacité à retranscrire cette déroute totale, ce pessimisme manifeste provenant du fait que cette situation ne présente aucune issue, à l’image de cette famille qui doit regagner de force une maison située au fond d’une impasse minuscule. Un film qui semble parfois prendre l’apparence d’un film noir dans cette description d’une société confrontée à un échec sans précédent. Parvenant à bien écrire et à développer ses personnages, le film aura pour seul défaut de parfois chercher à rajouter toujours plus d’éléments et de sujets annexes, quitte à devenir trop profus et dense. Il n’en reste pas moins un film très efficace, par sa mise en scène, son propos et son écriture, qui éveille le spectateur au sort d’un peuple désemparé, condamné à se dévorer lui-même.

Note et avis

En résumé

Vision d’un pays complètement dans l’impasse, envoyant ses citoyens par milliers au cachot, où la criminalité se répand comme une maladie, La loi de Téhéran frappe fort. Certes parfois trop exhaustif, mais c’est un film qui marque.

Overall
7.5/10
7.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

2 réflexions sur “La loi de Téhéran (Saeed Roustayi, 2021) – Critique & Analyse

  • 4 janvier 2022 à 9 h 39 min
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    « La Loi de Téhéran » de Saeed Roustayi…
    Apparemment le premier film de ce cinéaste iranien.
    Alors, grande naïveté de ma part? Le film n’a pas dû être tourné en Iran ou, si c’est le cas, on peut se demander comment et pourquoi les ayatollahs ont laissé sortir ce film qui donne une image terrifiante de l’Iran? Terrifiante à tous points de vue…
    En Iran, la lutte contre la drogue est telle que, que ce soit 30 grammes ou plusieurs kilos, le tarif est le même: la peine de mort! le film raconte la lutte sans merci et sans relâche d’un flic intègre aux méthodes parfois très radicales contre, non pas le menu fretin, mais contre les gros bonnets de la drogue.
    Le film est hyper-violent, pas tellement dans les actes -encore que…-, mais surtout dans le propos. Le pays semble complètement gangrené par la drogue. Lorsqu’il arrive à ses fins, c’est-à-dire à l’identification du gros bonnet en question, le flic perd un peu le premier rôle, car le scénario s’intéresse alors au dealer de crack et le polar devient un film social et politique. Le propos est clair et la parole est donnée au dealer de crack, qui proclame son propre plaidoyer, les riches, les pauvres, les raisons de ce commerce inéluctable de la drogue et le constat est terrible.
    « La Loi de Téhéran » est très souvent à la limite du supportable et, d’un point de vue cinématographique, certaines séquences sont des morceaux d’anthologie: les descentes de flics, la fuite éperdue des dealers, les arrestations de masse. La séquence d’intro, une chasse à l’homme dans les ruelles étroites d’un quartier populaire est, à ce sujet, particulièrement édifiante et donne le ton du film. Par la suite, les scènes se passent presque toutes en intérieur, dans des prisons surpeuplées. Le film est très violent, avec un montage hyper-vitaminé, du début à la fin, mettant bien en exergue l’aspect gendarmes et voleurs, mais aussi les tensions entre flics et, également, les tensions entre le policier et le juge. Les séquences se succèdent les unes aux autres sans aucun relâchement, sans aucun temps mort, le rythme est surpuissant et ne laisse aucun répit au spectateur.
    Vraiment du très grand cinéma, « La Loi de Téhéran » est à la fois un polar violent et très rythmé, mais aussi un grand film politique et social, à voir absolument!

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  • 16 janvier 2022 à 17 h 38 min
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    Un de mes coups de cœur de l’an dernier, film puissant que ton analyse éclaire à merveille.

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