Dead Man (Jim Jarmusch, 1995) ★★★★ – Critique & Analyse

Quelle étrangeté, quelle énigme, quel mystère. Que penser de Dead Man ? Pourtant, je savais déjà que le film de Jarmusch avait la réputation d’être assez obscur, et qu’il n’allait pas s’agir d’un visionnage comme les autres. Je n’ai, en effet, pas été déçu.


Fiche du film

Affiche de Dead Man (1995)
Affiche de Dead Man (1995)
  • Genre : Drame, Western
  • Réalisateur : Jim Jarmusch
  • Année de sortie : 1995
  • Distribution : Johnny Depp, Gary Farmer, Crispin Glover
  • Synopsis : Deuxième moitié du XIX° siècle. Un jeune comptable en route pour l’Ouest américain entreprend un voyage initiatique dans lequel il devient un hors-la-loi traqué. (SensCritique)

Critique et Analyse

Johnny Depp dans Dead Man (1995)
Johnny Depp dans Dead Man (1995)

Ma vision du cinéma de Jarmusch, encore limitée par le faible nombre de films réalisés par le cinéaste que j’avais vu à date, et à mes quelques connaissances annexes, se résumait à celle d’un cinéma authentique, proche de l’humain, essentiel. Quand Dead Man débute, toutes les composantes du cinéma de Jarmusch sont présentes, avec ces personnages marginaux, et ces longs moments de silence invitant à l’introspection. Mais il y a, dans ce film, quelque chose de particulier. Une atmosphère, une ambiance singulière. Le voyage en train, interminable, mené en solitaire au milieu de drôles d’oiseaux, est en ce point, annonciateur du périple de William Blake aux confins du monde. Les États-Unis sont encore en construction, en pleine ruée vers l’or, au milieu des contrées sauvages et désertiques où la civilisation peine encore à s’installer.

« Loin des grands espaces et des longues chevauchées, Dead Man est beaucoup plus intimiste, étouffant et statique. »

S’il faut associer Dead Man à un genre, c’est bien au western, au vu des éléments précédemment décrits. Pourtant, il ne s’agit pas de résumer le film de Jarmusch à un western, tant il s’en réapproprie les codes, voire les contredit. Loin des grands espaces et des longues chevauchées, Dead Man est beaucoup plus intimiste, étouffant et statique. Autant qu’il le fera, par exemple, dans Ghost Dog et Paterson, Jarmusch propose, avec Dead Man, un retour aux fondamentaux. Ici, toutefois, la démarche menant à ce retour aux fondamentaux va bien plus loin, s’aventurant aux frontières mêmes de la réalité.

Dead Man (1995)
Dead Man (1995)

Avec ce noir et blanc, Dead Man se dote d’une beauté particulière, qui pourrait cette l’associer à l’époque durant laquelle se déroule l’intrigue, mais qui le rend surtout intemporel, avec ce côté éthéré et lointain. Le périple de William Blake a tout d’une descente aux enfers. C’est un aller simple aux confins de l’humanité, où il ne rencontrera qu’un Indien un brin étrange judicieusement nommé « Personne », et des brigands ou des chasseurs de prime. Un voyage loin de toute civilisation, alors que celle-ci montre déjà un visage guère plus flatteur et rassurant que la nature hostile. Inexorablement, Blake s’éloigne de tous repères de temps et d’espace, accompagné de la musique hypnotique de Neil Young, et de ces mélodies jouées à la guitare électrique, qui alimentent cet aspect irréel, dans un voyage quelque part entre une réalité oubliée et la conscience de William Blake.

Dead Man est un film aussi simple dans sa volonté d’aborder des choses essentielles de la vie, qu’il peut être compliqué à cause de son aspect contemplatif et décousu. C’est un film auquel il faut réussir à adhérer, et qui ne peut plaire à tout le monde, notamment ceux qui ont du mal avec le cinéma contemplatif. Même si l’expérience m’a beaucoup plu, les qualificatifs que j’associerais au film seraient, étonnamment, négatifs : statique, léthargique, fatigué, fatigant… Mais c’est ce qui rend aussi ce genre d’expérience unique et marquante. C’est irréel, partant justement d’une réalité pour la heurter à un imaginaire, jusqu’à ce que les deux fusionnent. On perd tout repère et on s’égare, et c’est une des grandes capacités du cinéma. Avec Dead Man, Jim Jarmusch se réapproprie les codes du western et propose une errance mystique dont la singulière étrangeté la rend hypnotique. Les lointains airs de guitare électrique se répercutent dans le néant, et l’expérience demeure. Était-ce un rêve ? Nul ne le sait.


Note et avis

4/5

Dead Man est bien l’oeuvre obscure et mystérieuse que l’on imagine. C’est un voyage hors du temps, loin de tous repères, une expérience hypnotique et délicieusement étrange.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

3 pensées sur “Dead Man (Jim Jarmusch, 1995) ★★★★ – Critique & Analyse

  • 5 mai 2019 à 9 h 07 min
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    Hypnotique, le film l’est assurément. Comme dans bien d’autres films, et jusqu’à celui qui s’apprête à débouler à l’écran, Jarmusch raconte une histoire de mort-vivant. Dead Man, précède Ghost Dog qui précède Only lovers left alive, qui Nous prépare à the Dead don’t die. Et toutes ces errances vers le trépas, fussent elles chamanique ou poétiques (ou les deux comme ici), n’étaient elles pas déjà dans l’errance New-yorkaise de Permanent Vacation? Tu dis que Blake rencontre un étrange indien, mais tu Oubliés de dire qu’en réalité il ne rencontre « Personne » (Nobody). Blake le fugitif se confond avec Blake le peintre/poète, comme Paterson le chauffeur de bus se confond avec Paterson la ville où il exerce, mélange des idées, perte de repères. Jarmusch ou le lâcher prise avec le réel. Attendons nous à voyager dans l’irréel à nouveau avec les zombies qui se profilent…

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    • 5 mai 2019 à 10 h 19 min
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      C’est exact ! Jarmusch part toujours du réel pour s’en désolidariser vers quelque chose de plus irréel. En effet, vu son prochain, j’aimerais avoir le temps de voir Only Lovers Left Alive avant, mais les autres films que j’ai vus de lui comme Ghost Dog, Broken Flowers et surtout Dead Man sont en effet en plein dans cette démarche. C’est assez impressionnant de voir Jarmusch dans un style aussi naturaliste, mais capable d’explorer les frontières entre le réel et l’irréel avec autant de nuances. Je suis bien curieux de voir comment va se construire son prochain film !

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  • 5 mai 2019 à 10 h 29 min
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    Si l’on se fie à ses appétence cinématographiques, il risque d’en dérouter plus d’un.
    Dans ma liste d’outre-tombe, j’ai oublié d’évoquer le fantôme du King dans Mystery Train.

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