Chantons sous la pluie (Stanley Donen & Gene Kelly, 1952) – Critique & Analyse

Il y a des œuvres tellement ancrées dans l’imaginaire commun que l’on a l’impression de les connaître sans même les avoir approchées. Qui n’a jamais entendu le célébrissime « I’m singin’ in the rain » entonné par un Gene Kelly enjoué dansant sous une pluie battante ? Alors que le cinéma connaît une période difficile, célébrons-le, chantons sous la pluie.


Fiche du film

Affiche de Chantons sous la pluie (1952)
Affiche de Chantons sous la pluie (1952)
  • Genre : Comédie musicale
  • Réalisateur(s) : Stanley Donen, Gene Kelly
  • Distribution : Gene Kelly, Donald O’Connor, Debbie Reynolds
  • Année de sortie : 1952
  • Synopsis : Don Lockwood et Lina Lamont forment le couple star du cinéma muet à Hollywood. Quand le premier film parlant sort, tous deux doivent s’accommoder et tournent leur premier film du genre. Si Don maîtrise l’exercice, la voix désagréable de Lina menace le duo. Kathy, une chanteuse, est engagée pour doubler la jeune femme mais celle-ci devient un obstacle entre Don et Lina ce qui n’est pas du goût de cette dernière. (SensCritique)

Critique et Analyse

Chantons sous la pluie (1952)
Chantons sous la pluie (1952)

1927. Une année que tout cinéphile ou curieux de l’histoire du cinéma connaît forcément. Y a-t-il eu plus grand bouleversement pour le septième art que l’émergence du cinéma parlant ? Tout ce qui semblait acquis, tout ce qui avait été mûri depuis les débuts, était soudainement remis en cause. Les gloires et les admirations avaient beau être à leurs sommets, la curiosité et la soif de nouveautés étaient les plus fortes. Pourtant, la défiance ne manquait pas, celui que l’on n’appelait pas encore le cinéma muet ayant encore de fervents défenseurs ne prédisant pas à cette invention un grand avenir. Pour Don Lockwood et Lina Lamont, c’était une nouveauté anodine, qui devint rapidement une menace incontrôlable. Elles, les vedettes de ces premiers temps, arrivées sans rien et consacrées par leur domaine, vont devoir faire comme tout le monde : s’adapter.

« Chantons sous la pluie, c’est avant tout et surtout la vision d’un cinéma triomphant, d’une faculté d’adaptation à toute épreuve, guidée par l’enthousiasme et l’ingéniosité, associant l’habileté des mains à la chaleur des cœurs. »

L’émergence du cinéma parlant est une période aussi fascinante qu’elle est pleine de mystères. Comment cette invention a-t-elle pu, en quelques petites années, si pas moins, remettre en question plus de trente ans d’évolutions et de codes ? Avec entrain et intelligence, Chantons sous la pluie nous plonge dans cette époque charnière, nous faisant entrer dans les coulisses d’un art en pleine mutation. Alors que l’on jouait de la musique et que l’on clamait haut et fort les instructions aux acteurs en plein tournage, on doit désormais observer un silence religieux et veiller à ce que tout le matériel soit bien en place pour enregistrer la voix des acteurs. Le cinéma muet était une époque de liberté, comme l’illustre la scène où Don et Lina se disent leurs quatre vérités en tournant une scène romantique, montrant comment ce qui est un artifice s’imprègne d’une vérité impalpable et intangible. Mais il n’est pas question de rester prisonniers du passé, et de se lancer dans une pure apologie du cinéma muet. Car Chantons sous la pluie, c’est avant tout et surtout la vision d’un cinéma triomphant, d’une faculté d’adaptation à toute épreuve, guidée par l’enthousiasme et l’ingéniosité, associant l’habileté des mains à la chaleur des cœurs.

Chantons sous la pluie (1952)
Chantons sous la pluie (1952)

Tout, dans ce film, est pensé pour raconter ces bouleversements de manière ludique et très cinématographique. Tout d’abord, il y a ces personnages. Don, Cosmo et Kathy composent un trio aussi complémentaire qu’inébranlable, avec la sincérité et l’ambition de la première, l’énergie débordante de l’autre, et la sensibilité et l’expérience du dernier. Ensemble, ils représentent cette énergie qui a guidé le cinéma à travers cette profonde mutation. Et puis le recours à la musique et à la danse, parfaitement appropriés, car, finalement, quelle était la meilleure transition possible entre un cinéma purement visuel et musical, et un cinéma parlant ? Un cinéma chanté et dansé. C’est la vision de ces professeurs de diction assistant aux tournages, rappelant à quel point le parlant imposa l’apprentissage d’un tout nouveau langage, la nécessité de tout réapprendre depuis le début. C’est voir Gene Kelly et Donald O’Connor prononcer des phrases pour s’entraîner, pour finir par les chantonner et montrer que l’ouïe des dialogues a imposé une nouvelle forme de rythme au cinéma. C’est imaginer cacher une voix insupportable et la remplacer par une autre grâce au doublage. Et c’est une synthèse exprimée dans la scène la plus célèbre du film, sans aucun doute, avec cette chanson si connue, traduisant la manifestation de l’espoir dans l’adversité, l’image d’un cinéma qui gagne toujours.

Chantons sous la pluie déborde de cinéma, avec ces acteurs magnétiques, avec cette beauté réjouissante, avec ces séquences musicales monumentales, apportant une touche d’onirisme au film, qui évoque toute la magie qui émane du septième art. Ce n’est pas qu’un instant d’allégresse ponctué de belles musiques qui nous donnent le sourire ou nous émeuvent, c’est un film d’une richesse folle, racontant le cinéma en étant lui-même plein de cinéma. Le statut de classique du film de Stanley Donen et de Gene Kelly ne fait plus aucun doute, même si le public de l’époque lui a réservé un accueil très timide. Aujourd’hui, on ne peut qu’être pris d’admiration devant une œuvre à la fois si douce et si vertigineuse, célébrant un art qui nous fait vibrer, qui nous anime, et dont nous avons besoin.

Bande-annonce du film

Note et avis

En résumé

Singin’ in the Rain est un merveilleux moment de cinéma. La fin et le début d’une époque, entre adversité et ingéniosité, racontées dans un film d’une richesse et d’une intelligence folles. Aussi vertigineux qu’insouciant, la vision d’un cinéma plus fort que tout.

Overall
9.5/10
9.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “Chantons sous la pluie (Stanley Donen & Gene Kelly, 1952) – Critique & Analyse

  • 24 octobre 2020 à 8 h 32 min
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    Très bel éloge auquel je souscris : ce film est un monument du cinéma autant qu’un antidote imparable à la morosité. Une pensée pour tous ces acteurs aujourd’hui disparus, et en particulier pour Debbie Reynolds, future maman de la princesse Leia.

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