Rome, ville ouverte, 1945 – Critique & Analyse

Affiche de Rome, ville ouverte (1945)
Affiche de Rome, ville ouverte (1945)

« Une année, un film » : Rome, ville ouverte, réalisé par Roberto Rossellini et sorti le 27 septembre 1945.

Après des années de dictature, l’Italie se libère du joug fasciste sous le feu et les balles. Alors que le régime de Mussolini et le IIIe Reich s’effondrent, les populations doivent retrouver leurs repères. Dans un contexte de crise socio-politique et économique, un nouveau mouvement naît au cinéma : le néoréalisme, avec, notamment, Rome, ville ouverte.

Anna Magnani et Aldo Fabrizi dans Rome ville ouverte (1945)
Anna Magnani et Aldo Fabrizi dans Rome ville ouverte (1945)

En 1944, alors que Rome a été déclarée « ville ouverte » (ce qui signifie que les combats doivent cesser dans l’enceinte de la ville afin d’éviter de menacer les monuments et la population), les réseaux de résistance se développent. Le film propose de suivre la traque de Giorgio Manfredi, un ingénieur à la tête d’un réseau de résistance communiste, recherché par la Gestapo. Son chemin va également le faire rencontrer d’autres personnes impliquées dans la résistance. Passé ce petit aparté, revenons à la notion de « néoréalisme » au cinéma.

Cesare Zavattini avait écrit :  » le film idéal, ce serait 90 minutes de la vie d’un homme… pendant lesquelles il ne se passerait rien « . Cette phrase définit la démarche du mouvement néoréaliste qui, au lendemain de la guerre, est de créer une rupture avec le cinéma de propagande. Voulant s’affranchir de tout artifice et d’éléments superflus, le cinéma néoréaliste se veut cru, direct, cherchant avant tout à aborder des thèmes sérieux avec la volonté de montrer et de dénoncer, plus que d’adapter et d’extrapoler. C’est ainsi, qu’après la chute de Mussolini, l’Italie vit la création et le développement du mouvement néoréaliste. Parmi les têtes d’affiche affilées à ce mouvement, Rome, ville ouverte.

Anna Magnani dans Rome, ville ouverte (1945)
Anna Magnani dans Rome, ville ouverte (1945)

La démarche de Roberto Rossellini n’est ni de dresser un tableau pessimiste ou optimiste de Rome pendant la guerre, ni de faire passer les allemands pour les méchants ou les italiens pour les gentils. Loin d’être une fresque manichéenne d’une partie de la seconde guerre mondiale, Rome, ville ouverte décrit. Il décrit la misère d’un peuple acculé par la faim et oppressé par l’envahisseur, il décrit le courage d’hommes et de femmes qui se sont battus et sacrifiés pour libérer leur pays, et il décrit les méthodes de la Gestapo dans leur volonté d’annihiler toute forme de résistance. Bien sûr, le film n’est pas d’une neutralité infaillible, car si le mouvement néoréaliste favorise l’aspect descriptif de la narration, il a aussi pour objectif de mettre la lumière sur les abominations et la cruauté dont ont fait preuve les dictatures, pouvant enfin les dénoncer après des années de censure. Ainsi, le réalisateur choisit délibérément d’intégrer la trahison dans son film, trahison servant d’élément perturbateur, mais permettant également au spectateur de développer un sentiment de dégoût envers les antagonistes, et de l’empathie envers les héros.

Tableau puissant et émouvant de l’Italie en guerre (dont on parle bien rarement), Rome, ville ouverte encense les héros de l’ombre,  ceux qui, devant montrer patte blanche pour avoir un peu de pain, ont transformé leur désespoir et leur misère en un courage et une volonté inexpugnables. Grâce à une palette riche en personnages variés, pour certains attachants, et pour d’autres répugnants, Roberto Rossellini nous fait entrer dans les coulisses d’une guerre silencieuse, sans bombardements, mais aux conséquences tout aussi graves. Grâce à sa réalisation d’une simplicité déconcertante, il met les émotions des personnages au premier plan, immergeant spectateur au cœur de l’intrigue. Une intrigue qui va crescendo, faisant grimper la tension et l’inquiétude, jusqu’à une demi-heure d’une intensité rare, et un dénouement fort et hautement symbolique.

Note : 8/10.

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