Trois souvenirs de ma jeunesse (Arnaud Desplechin, 2015) ★★★½ – Critique & Analyse

Arnaud Desplechin fait partie des éminents représentants du cinéma d’auteur français. Le natif de Roubaix, auteur de neuf long-métrages de fiction, a vu quasiment tous ses films présentés au Festival de Cannes, que ce soit en compétition ou dans des sélections parallèles. La présence de son prochain film, Roubaix, une lumière, en compétition cette année, n’a donc pas grand chose d’une surprise. Profitons-en alors pour revenir sur son dernier film, Trois souvenirs de ma jeunesse, auréolé d’un César du meilleur réalisateur en 2016.


Fiche du film

Affiche de Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)
Affiche de Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Arnaud Desplechin
  • Année de sortie : 2015
  • Distribution : Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric
  • Synopsis : Paul Dédalus vient de quitter le Tadjikistan. De retour à Paris, il repense à sa vie, les souvenirs de son enfance, son adolescence, son voyage en URSS et son amour pour Esther. (SensCritique)

Critique et Analyse

Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)
Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)

Nous sommes dans le présent, où Paul rentre du Tadjikistan pour la France. En route, il est arrêté par la police, car il s’avère qu’un autre Paul Dédalus existe. Rien, en soi, d’exceptionnel, si ce n’est qu’il est né le même jour, au même endroit, et vit à Melbourne. C’est alors l’heure, pour Paul, de se rappeler, de raconter les raisons de ce dédoublement, et, au passage, de réécrire les grandes lignes de sa vie. Des grandes lignes qui se répartissent dans trois chapitres : l’enfance, avec la peur et le fantôme de la mère, puis le voyage en URSS, et, enfin, la jeunesse dans les années 80 et 90, qui englobera la grande majorité du film.

« Trois souvenirs de ma jeunesse se présente comme une remémoration poétique de l’existence, une réanimation du passé qui cherche à lui redonner vie. »

Restituer des souvenirs au cinéma permet de s’ouvrir de nombreuses perspectives et, également, d’opter pour des parti pris parfois radicaux. On peut, simplement, effectuer un flashback préalablement indiqué, sans effet de style ou, comme Tarkovski le fit avec Le Miroir, mélanger ces souvenirs, les altérer, les rendre malléables et presque inaccessibles. Dans Trois souvenirs de ma jeunesse, Desplechin se situe quelque part entre ces deux extrêmes, évoquant ces souvenirs de manière assez classique et explicite mais, surtout, en cherchant avant tout à les rendre vivants et à les relier au présent. On écrit une lettre en la dictant en regardant la caméra, on les manipule, on y intègre des éléments plus ou moins imaginaires… Trois souvenirs de ma jeunesse se présente comme une remémoration poétique de l’existence, une réanimation du passé qui cherche à lui redonner vie.

Mathieu Amalric dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)
Mathieu Amalric dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015)

Il est donc, dans le film de Desplechin, surtout question de souvenirs et de nostalgie. La nostalgie d’une jeunesse insouciante, celle des années 80, de la chute du mur de Berlin, une jeunesse qui ne se pose pas de question et pour laquelle tout est possible. Pourtant, la chute du mur affecte Paul, car elle lui rappelle son voyage en URSS, et cet événement relègue définitivement cette époque au passé. Et Trois souvenirs de ma jeunesse s’intéresse tout particulièrement à la persistance des souvenirs, principalement matérialisés par Esther et centrés autour d’elle. Elle est l’image d’un amour opportun, passionné, platonique, torturé, conflictuel, elle est la somme de tous les amours, et le ciment de ce qui constitue la personne de Paul. Desplechin ne cherche pas à systématiquement répondre aux attentes du spectateur mais, pourtant, il parvient à le toucher grâce à la justesse avec laquelle il décrit les sentiments, au naturel de ses acteurs et à leur spontanéité. A ce jeu, Quentin Dolmaire est probablement le plus impressionnant, campant un jeune Paul plein d’énergie et de perspicacité, aux lignes de dialogue savoureuses, pleines d’intelligence et de mordant.

Trois souvenirs de ma jeunesse capture avec justesse l’essence des souvenirs, ceux de l’amitié, de l’amour, des expériences, des souvenirs parfois épars, confus, éclatés, mais surtout diffus et intacts. C’est un film à l’écriture intelligente, sans que cette intelligence soit hautaine mais, au contraire, galvanisante et touchante. Une très belle histoire sur notre rapport au passé.


Note et avis

3.5/5

Trois souvenirs de ma jeunesse est un très beau film nostalgique sur les sentiments et les souvenirs, poétique mais très naturel.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “Trois souvenirs de ma jeunesse (Arnaud Desplechin, 2015) ★★★½ – Critique & Analyse

  • 12 mai 2020 à 11 h 03 min
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    Art Rock 22.23.24 mai 2015! Ca y est, la ville de Saint-Brieuc se réveille! Premiers concerts ce soir: la ville, de morte qu’elle est d’habitude, ressuscite. Il est 20 H, les rues bruissent de monde, l’atmosphère est printanière. Pourquoi est-ce que je vous dis cela? Parce que cela explique peut-être que nous ne sommes que six pour la projection de « Nos Arcadies – Trois souvenirs de ma jeunesse », le dernier film d’Arnaud Desplechin. C’est à espérer, mais ce film aura peut-être du mal à trouver son public… Et pourtant…
    Je connais assez peu le cinéma de Desplechin, je n’ai vu que « La Sentinelle » (1992), « Un conte de Noël » (2008) et surtout  » Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) » (2013). Apparemment  » Trois souvenirs de ma jeunesse » est en fait un « prequel » (une œuvre dont l’histoire précède une œuvre déjà créée, à l’image de « Stars Wars »), qui va permettre de découvrir la jeunesse des personnages que Desplechin avait imaginés en 1996 dans « Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle) ». Mais, après tout, peu importe!
    Allez voir ce film, dont je ne vous parlerai pas, pour que vous puissiez le découvrir comme je l’ai fait. Il dure deux heures et passe très vite, tant les personnages sont émouvants, subtils, bref, intelligents. Nous voilà dans du cinéma très intellectuel, au bon sens du terme, très littéraire -les dialogues, très écrits, sont un pur ravissement, et, au bout du compte, d’un langage universel-. Il est très difficile de dater cette histoire entre Roubaix et Paris, ni les costumes, ni la musique ne donnent d’indices et, si l’on a quelques repères historiques comme la chute du mur de Berlin (1989), le film paraît constamment en total décalage. Parfois on se croirait chez Truffaut, le Truffaut des « 400 coups », le jeune acteur ayant des accents de Jean-Pierre Léaud, ou chez Jean Eustache, parfois c’est beaucoup plus tardif. Nous sommes bien, en fait, dans les années 90…
    Le film est également en décalage par rapport au cinéma actuel. Nous sommes ici chez des littéraires, nous côtoyons des étudiants en latin, en grec (Il y a une scène magnifique où la jeune héroïne commente dans le texte et avec émotion un passage d’un grand auteur grec), le jeune héros devient anthropologue, et puis, rendez-vous compte, pas un portable dans le film, les nouvelles technologies sont inexistantes, les gens se parlent normalement et communiquent réellement, pas par le truchement d’Internet. Et pourtant, nul passéisme dans le film, tout au plus une certaine nostalgie pour les souvenirs d’une jeunesse heureuse.
    Rendez-vous compte, des gens intelligents, littéraires, qui vivent une passion absolue, qui ont une grande culture, cela ne vous paraît pas décalé? Il n’en faudra pas plus pour que Madame Najat Vallaud Belkacem demande l’interdiction du film, comme étant beaucoup trop élitiste!
    Remarquez, apparemment, je ne suis pas seul à apprécier ce genre de cinéma, je viens d’apprendre que « Trois souvenirs de ma jeunesse » a obtenu au palmarès de la Quinzaine à Cannes le Prix SACD.

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