Swallow (Carlo Mirabella-Davis, 2020) ★★★½ : L’aval des femmes

Parmi les sorties de ce début d’année figurait ce film réalisé par un jeune cinéaste, Carlo Mirabella-Davis. Swallow, un film intrigant, récompensé à Deauville, et aujourd’hui dans nos salles, pour une surprise intéressante à la clé.


Fiche du film

Affiche de Swallow (2020)
Affiche de Swallow (2020)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Carlo Mirabella-Davis
  • Distribution : Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O’Hare
  • Année de sortie : 2020
  • Synopsis : Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ? (SensCritique)

Critique et Analyse

Swallow (2020)
Swallow (2020)

Richie et Hunter, le couple parfait, jeunes, beaux, riches, vivant dans une superbe villa en banlieue, remplissant tous les critères de ce que nous pourrions définir comme étant le succès tel qu’il est conçu dans notre société. Lui vient d’être nommé directeur de son entreprise, est accaparé par son travail, pendant qu’elle tue le temps en restant à la maison toute la journée. Swallow met alors rapidement en lumière les fragilités de ce couple en apparence irréprochable, dont la perfection semble de plus en plus être basée sur des artifices. Des sentiments, il y en a certainement, mais la société, ses principes, et ses préjugés, va les mettre à mal en faisant de Hunter sa cible privilégiée.

« En dressant ce portrait de femme docile réduite à ses fonctions reproductrices, Carlo Mirabella-Davis prépare le terreau de sa critique envers une société patriarcale qui n’écoute que trop peu les femmes, leur accordant peu de crédit et, surtout, ne les comprenant pas. »

Si le message véhiculé par Swallow est clair, le film avance progressivement pour isoler Hunter toujours un peu plus des autres personnages. Lorsqu’elle prépare un dîner qu’elle partage à son mari, celui-ci la délaisse pour répondre à un e-mail en lien avec son travail. Lorsqu’elle dîne avec son mari et ses beaux-parents, et qu’elle commence à raconter une anecdote, son beau-père se met soudainement à changer le sujet de la conversation. Pas de crédit pour la jeune femme au foyer, dont on n’est heureux pour elle que lorsqu’elle annonce qu’elle est enceinte. En dressant ce portrait de femme docile réduite à ses fonctions reproductrices, Carlo Mirabella-Davis prépare le terreau de sa critique envers une société patriarcale qui n’écoute que trop peu les femmes, leur accordant peu de crédit et, surtout, ne les comprenant pas.

Haley Bennett dans Swallow (2020)
Haley Bennett dans Swallow (2020)

Pour représenter la perte de contrôle de l’isolement d’Hunter, le cinéaste invoque le Pica, un trouble alimentaire qui pousse les personnes touchées à ingérer divers objets souvent non-comestibles. Cette pathologie est incomprise par l’entourage d’Hunter, qui cherche à la surveiller 24h/24, à lui prodiguer des remèdes qui n’en sont pas, l’infantilisant pour mieux se préoccuper du succès du fils prodigue. L’évolution de cette pathologie permet à la fois de montrer à quel point l’entourage d’Hunter est incapable de la comprendre, mais elle questionne également le spectateur lui-même. Comment ne pas être frappé par le comportement d’Hunter ? Comment ne pas le trouver « étrange » ? C’est alors que, le parti pris de Swallow étant clairement de nous mettre du côté d’Hunter, nous ravalons (sans mauvais jeu de mots) nos a priori pour renvoyer cet étrangeté vers les autres personnages.

« En n’hésitant pas à appuyer certains clichés, et en nourrissant une ambiance relativement malsaine, Swallow cherche également à teinter sa dramaturgie d’absurdité, pour mieux illustrer le grotesque de la situation. »

Un soir, alors que le mari d’Hunter rentre à la maison, alcoolisé, avec des collègues, l’un d’entre eux vient voir Hunter pour lui demander un câlin car il se sent seul. En parallèle de la position difficile d’Hunter dans une société patriarcale qui veut choisir son destin à sa place, Swallow cherche également à illustrer un monde aliéné, déconnecté des réalités. Ce même monde qui maintient ces vieux principes sous couvert d’une forme de sophistication, rendant alors ce discours directif vis-à-vis des femmes encore plus absurde qu’il ne l’était déjà. En n’hésitant pas à appuyer certains clichés, et en nourrissant une ambiance relativement malsaine, Swallow cherche également à teinter sa dramaturgie d’absurdité, pour mieux illustrer le grotesque de la situation.

Haley Bennett dans Swallow (2020)
Haley Bennett dans Swallow (2020)

Le discours véhiculé par Swallow est limpide, et s’il se transmet bien au spectateur, c’est également grâce au travail effectué sur la forme, qui surprend par sa qualité, en tant que premier long-métrage. Privilégiant les plans fixes, il se concentre sur l’essentiel, s’agrémentant par ailleurs d’une ambiance sonore et visuelle permettant le développement de ce climat associant sophistication et étrangeté, imagerie viscérale et imagerie plus « technologique ». C’est un film très soigné, qui laisse la place à Haley Bennett pour s’exprimer et construire son personnage. Swallow réussit à tenir et à véhiculer un discours engagé et qu’il est important d’adresser tout en étant de bonne qualité d’un point de vue cinématographique. En effet, s’il présente déjà de belles qualités, il fait aussi figure de très bonne promesse pour la suite de la carrière du jeune cinéaste. Une belle surprise.


Note et avis

3.5/5

Swallow réussit grâce à sa capacité à sonder une société patriarcale bourgeoise, lisse et pleine de certitudes, notamment sur la condition des femmes, répondant par l’incompréhension hagarde ou agressive, et l’infantilisation. Un exercice également bien plaisant sur la forme.

Bande-annonce

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

2 réflexions sur “Swallow (Carlo Mirabella-Davis, 2020) ★★★½ : L’aval des femmes

  • 27 janvier 2020 à 7 h 27 min
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    L’approche est intéressante. Et l’actrice degage quelque chose de fascinant et d’étrange.
    Je retiens.

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    • 27 janvier 2020 à 14 h 59 min
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      En effet, elle tient bien son rôle dans ce film, belle prestation.

      Répondre

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