Pour une poignée de dollars (Sergio Leone, 1964) – Critique & Analyse

Ce que l’on a fini par appeler la « trilogie du dollar » consiste aujourd’hui en l’une des trilogies les plus mythiques de l’histoire du cinéma, lançant notamment la carrière de Sergio Leone, lui-même devenu un cinéaste de légende. Et c’est avec Pour une poignée de dollars que tout commença.


Fiche du film

Affiche de Pour une poignée de dollars (1964)
Affiche de Pour une poignée de dollars (1964)
  • Genre : Western
  • Réalisateur(s) : Sergio Leone
  • Distribution : Clint Eastwood, Marianne Koch, Gian Maria Volontè
  • Année de sortie : 1964
  • Synopsis : Deux familles rivales, les Baxter et les Rojo, se disputent la ville de San Miguel. Un étranger arrive dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. (SensCritique)

Critique et Analyse

Pour une poignée de dollars (1964)
Pour une poignée de dollars (1964)

Pour une poignée de dollars, c’est, d’abord, la découverte de ces vastes étendues désertiques, où poussent ça et là quelques villages et se manifestent quelques bribes de civilisation, si on peut la qualifier ainsi. Dans ce monde dépeuplé, les lois n’ont que peu de place, sauf celles du sang et de l’argent. Là-bas, un homme sans nom sillonne ces contrées reculées, errant a priori sans véritable but, jusqu’à ce que les réalités d’un monde dont il était jusqu’ici très en marge ne finissent par le rattraper. Les premières manifestations de présence humaine se font dans la violence, entre un enfant malmené, et des caïds qui provoquent le cavalier anonyme, qui ne faisait que traverser le village. Malgré lui, il se retrouve au milieu d’un conflit dont il pourrait tirer un intérêt.

« Dans Pour une poignée de dollars, la mort rôde partout, elle menace tout le monde à chaque instant, pendant que l’on s’amuse à jouer avec elle, au milieu de ces étendues désolées et dépourvues de vie. »

Dans ces paysages arides règne une odeur de mort, qui s’impose d’emblée par sa présence. Clint passe sous une corde de potence accrochée à un arbre, un mort maintenu assis poursuit une macabre chevauchée vers nulle part, et les caïds accueillent Clint à coups de tirs de semonce pour effrayer son cheval. Dans Pour une poignée de dollars, la mort rôde partout, elle menace tout le monde à chaque instant, pendant que l’on s’amuse à jouer avec elle, au milieu de ces étendues désolées et dépourvues de vie. C’est comme un véritable retour aux origines, où prime la survie, passant ici par la capacité à tuer avant d’être tué, et à s’enrichir sur le dos des autres. Et l’aubergiste résume ainsi la situation : « Manger, boire et tuer. C’est tout ce que savent faire les gens de ton espèce. »

Pour une poignée de dollars (1964)
Pour une poignée de dollars (1964)

A l’instar de Yojimbo, d’Akira Kurosawa, et dont Pour une poignée de dollars est le remake, le film de Leone offre ce retour aux sources d’une civilisation, tout en ayant un écho avec l’époque actuelle, en sondant les instincts primaires de l’être humain. Attiré avant tout par l’argent, source de pouvoir et moyen de survie, l’Homme se montre ici comme un animal manipulateur et trompeur, indigne de confiance. Comme nous pouvions déjà le voir dans les films noirs, genre très présent avant l’hégémonie des westerns qui leur ont emboîté le pas, chacun tire les draps à soi, pendant que s’empilent les cadavres jusqu’à ce que le plus malin reste le seul debout à la fin. Mais Pour une poignée de dollars, ce n’est pas qu’une intrigue à base de retournements de situation et de manipulations, c’est, surtout, la création de personnages, et l’expression d’un cinéma basé sur les regards et le contrôle du temps.

C’est là que se trouve la clé du cinéma de Leone, qui, s’il n’est pas avare en dialogues, s’exprime surtout à travers une communication non-verbale. Les yeux perçants de Clint Eastwood, sur lesquels se focalisent la caméra, caractérisent instantanément ce personnage solitaire et implacable. Les duels et les affrontements se font d’abord par le regard, tous se succèdent à l’écran avant que la salve fatale ne vienne y mettre un terme. C’est la construction du plan, le mouvement qu’on y insuffle, et le montage, qui façonne le temps pour qu’un simple moment puisse ensuite rejoindre l’éternité. Enfin, c’est aussi l’apport non-négligeable de la musique, aux mélodies déjà remarquables et légendaires, composées par un certain Dan Savio, qui sera mieux connu sous le nom d’Ennio Morricone. Pour une poignée de dollars, c’est la magie et la force de l’image, explorant les origines d’un monde, parlant aussi de notre présent, tout en présageant sa fin, dans un déchaînement infernal. Trois légendes, au moins, sont nées : celles de Sergio Leone, de Clint Eastwood et d’Ennio Morricone, et le meilleur reste encore à venir.

Note et avis

En résumé

Vision d’un monde à la fois à son début et à sa fin, plongé dans un chaos où règnent violence et avidité, Pour une poignée de dollars saisit par son sens du cadre, laissant parler les regards dans cette immensité désertique, comptant le temps jusqu’au déchaînement infernal.

Overall
8/10
8/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

4 réflexions sur “Pour une poignée de dollars (Sergio Leone, 1964) – Critique & Analyse

    • 1 décembre 2020 à 11 h 20 min
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      Merci ! En effet, elle contient déjà une progression, vers ses « Il était une fois », qui seront aussi, bien sûr, des œuvres marquantes.

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    • 2 décembre 2020 à 6 h 45 min
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      Très beau texte.
      Deux légende sont nées c’est vrai de ce paysage de poussière et de mort. J’en ajoute une troisième, celle d’Ennio Morricone. J’avais d’ailleurs choisi l’exégèse de ce film inaugural pour lui rendre hommage.

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      • 2 décembre 2020 à 8 h 16 min
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        Merci !
        Tout à fait, il ne faut pas oublier Ennio Morricone, qui se « cachait » alors encore sous le nom d’emprunt de « Dan Savio », avant d’utiliser son vrai nom dès le film suivant.

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