La Mule (Clint Eastwood, 2019) ★★★½ – Critique & Analyse

Un vieil homme arpente les routes dans son pick-up. Rien de particulier, juste ce vieux monsieur sans histoires. Il a vécu une longue vie, qui n’a pas toujours été facile, surtout pour son entourage. Celui qui était à cheval sur le soin accordé à ses fleurs se voit désormais jouer la mule pour les cartels.


Fiche du film

Affiche de La Mule (2019)
Affiche de La Mule (2019)
  • Genre : Drame
  • Réalisateurs : Clint Eastwood
  • Année de sortie : 2019
  • Casting : Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Peña
  • Synopsis : À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d’être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. (AlloCiné)

Critique et Analyse

Dianne Wiest et Clint Eastwood dans La Mule (2019)
Dianne Wiest et Clint Eastwood dans La Mule (2019)

Gran Torino avait été annoncé comme le dernier grand baroud d’honneur de Clint, ses adieux à la carrière d’acteur, restant une bonne fois pour toutes derrière la caméra. Des adieux tout à fait émouvants et réussis, très personnels et engagés. Mais ce vieux briscard de Clint en avait encore sous la semelle. A bientôt 89 ans, sa tête grouille de projets, et on ne peut que constater à quel point le cinéaste est prolifique, nous faisant embarquer dans son pick-up à peine une année après avoir embarqué dans le Thalys pour Paris. Clint a des choses à dire, beaucoup de choses, et le visionnage de La Mule ne peut que confirmer ce besoin de parler, d’extérioriser, de s’ouvrir à ses spectateurs.

« C’est une sensation d’apaisement qui accompagne le spectateur devant La Mule, dont le contexte pouvait largement favoriser l’installation d’une ambiance anxiogène, mais il s’agit bien pour Clint Eastwood de lâcher prise et de trouver une forme de paix intérieure. »

Le parallèle entre La Mule et Gran Torino était difficilement évitable, tant les deux films ont un aspect testamentaire, manifestant une volonté de faire un bilan. Mais là où Gran Torino était relativement violent, sec, rugueux, La Mule est beaucoup plus doux et apaisé. En effet, c’est une sensation d’apaisement qui accompagne le spectateur devant La Mule, dont le contexte pouvait largement favoriser l’installation d’une ambiance anxiogène, mais il s’agit bien pour Clint Eastwood de lâcher prise et de trouver une forme de paix intérieure. A l’image de son personnage, Earl, le cinéaste, qui a dédié sa vie à son travail, au risque d’avoir été un piètre mari et père de famille, échouant maintes fois dans sa vie personnelle, prend aujourd’hui la vie comme elle vient. Il a une véritable expérience de la vie, qui s’associe paradoxalement à une forme de candeur parfois touchante, parfois plus que maladroite, notamment lorsqu’il qualifie de « nègres » une famille de Noirs qu’il aide en changeant leur roue.

Clint Eastwood dans La Mule (2019)
Clint Eastwood dans La Mule (2019)

Tout, dans La Mule, manifeste une certaine volonté de faire preuve de simplicité. Pas de folies au niveau de la mise en scène ni du scénario, la modestie est de mise, pour mieux faire transparaître la personnalité d’Earl, son rapport au monde et ses relations avec les autres personnages. Car s’il y a bien du thriller et une intrigue policière dans La Mule, le dernier film de Clint Eastwood vaut surtout pour ce portrait touchant d’un vieil homme qui court après le temps et qui cherche à recoller les morceaux. Un portrait qui fait d’ailleurs écho à d’autres portraits réalisés dans l’histoire du cinéma, comme celui du vieil homme dans Les Fraises Sauvages d’Ingmar Bergman, également ancré dans une démarche d’apaisement, de retrouvailles de remise en question et de bilan.

Si l’on peut se dire que La Mule n’est pas forcément l’un des plus grands films de Clint, on ne peut que constater l’honnêteté et la sincérité dont il fait ici preuve. Ce vieil homme, qui a vécu pour sa passion et son travail, ce féru de musique qui écoute et chante sur de vieux classiques en prenant la route, aussi taciturne qu’attachant, porte peut-être le nom d’Earl Jones, mais c’est bien Clint Eastwood qui parle et vit à travers lui. Alors que le temps passe, qu’il fait son œuvre, Clint reste debout, lucide, impassible, et il cultive son petit jardin dont on espère qu’il nous fournira encore de belles fleurs.


Note et avis

3.5/5

C’est dans sa sincérité que La Mule se distingue, avec un Clint Eastwood qui s’ouvre au spectateur avec beaucoup d’apaisement.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

2 pensées sur “La Mule (Clint Eastwood, 2019) ★★★½ – Critique & Analyse

  • 18 février 2019 à 17 h 57 min
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    Mettre du Bergman dans « La Mule », il fallait oser, et c’est plutôt bien vu !
    De mon côté, plus qu’un type en bout de course, j’y retrouve l’Eastwood croisé dans tous ses films, du cow-boy solitaire, Pale Rider adulé par la communauté (tel Earl à la convention de vente de fleurs), du type ancré dans son glorieux passé obligé de mettre la clef sous la porte (Bronco Billy, Million Dollar Baby, …), qui ne respecte autrui que plus pour ce qu’il fait que pour ce qu’il est (le nain de High Plain Drifter, les prostituées de Unforgiven, l’Indien de Josey Wales) et qui sait bien qui sont ses ennemis (Sudden Impact). Bref, pour moi un Eastwood complet, bien fait, et assez drôle en plus, ce qui ne gâche rien.

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    • 18 février 2019 à 18 h 28 min
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      Oui, j’avoue que Bergman n’était pas forcément la référence la plus évidente en pensant à un Eastwood, mais je n’ai pu m’empêcher de rapprocher les personnages principaux de La Mule et des Fraises Sauvages. C’est en effet un film-somme, qui a tout d’une conclusion à sa carrière. Peut-être n’est-ce pas son dernier film, mais c’est une chance qu’il soit toujours parmi nous pour s’exprimer ainsi et, en quelque sorte, boucler la boucle. :)

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