La Lune au cinéma : du rêve à la réalité

Il y a tout juste 50 ans, le 21 juillet 1969 (selon l’heure française), Neil Armstrong posait le pied sur la Lune et prononçait cette fameuse phrase : « C’est un petit pas pour un Homme, mais un bond de géant pour l’humanité. » Un moment resté gravé dans les mémoires et qui fait désormais date dans l’Histoire. C’est le fruit d’une course aux étoiles, issue de la rivalité technologique entre les Etats-Unis et l’URSS, et aussi l’accomplissement d’un rêve pour l’Homme, explorateur dans l’âme depuis la nuit des temps. Un rêve qui semblait inatteignable, et comme beaucoup de rêves, il a été illustré et représenté à diverses reprises au cinéma. L’occasion semble donc intéressante pour se remémorer les films qui mettent la Lune à l’honneur, à travers une brève histoire de l’histoire de la Lune au cinéma.

Les rêves des premiers temps

Quand les frères Lumières présentèrent et expérimentèrent leur nouvelle invention, le cinématographe, ils filmaient alors des scènes de la vie courante. Mais, pour d’autres, cette nouvelle invention était l’occasion d’aller plus loin. Il ne fallut pas bien longtemps pour que notre satellite fasse son apparition devant la caméra, et qui de mieux qu’un des premiers grands magiciens du septième art, Georges Méliès, pour lui donner vie ? C’est ainsi qu’il réalisa en 1898 un court film de trois minutes, La Lune à un mètre, où la Lune se joue d’un astronome qui cherche à l’observer.

La Lune à un mètre (1898)
La Lune à un mètre (1898)

Mais, lorsque l’on parle de la Lune et de Méliès, on pense forcément au Voyage dans la Lune, de 1902, sans aucun doute le chef d’oeuvre du cinéaste français. Un film d’une douzaine de minutes, une durée inhabituelle à l’époque, regorgeant d’effets spéciaux et de décors témoignant de la richesse de l’imagination du magicien et, surtout, de la capacité du jeune cinématographe de matérialiser l’impossible, de le rendre palpable. Devant nos yeux ébahis, nous voilà spectateurs d’une incroyable aventure que nous pouvons vivre comme si c’était vrai.

Le Voyage dans la Lune (1902)
Le Voyage dans la Lune (1902)

Article : Le Voyage dans la Lune (1902)

Le cinéma muet offrira quelques retours sur l’astre lunaire, notamment avec un autre grand réalisateur de l’époque, Fritz Lang, qui réalise, en 1929, La Femme sur la Lune. Cette fois, il ne s’agit cependant plus d’aller sur la Lune par simple curiosité. Un peu comme s’il avait perdu son innocence et son ingénuité, le cinéma fait cette fois voyager les Hommes à des fins économiques, montrant les nouvelles perspectives qu’offre l’exploration spatiale. Maintenant que le cinéma nous permet de poser le pied sur la Lune, il est temps de découvrir ses richesses.

La Femme sur la Lune (1929)
La Femme sur la Lune (1929)

La Guerre Froide et la Guerre des étoiles

Quelques décennies plus tard, la dynamique va poursuivre en ce sens, avec l’arrivée de la Guerre Froide, qui va mener à la réalisation de nombreux films de science-fiction, comme Le Jour où la Terre s’arrêta, sorti en 1951, mettant en lumière la peur provoquée par la course aux armements. Mais la Guerre Froide, c’était aussi le cadre de la « guerre des étoiles », une rivalité prononcée entre les Etats-Unis et l’URSS pour la conquête spatiale. Et la Lune, astre le plus proche, était le premier objectif à atteindre.

Destination... Lune ! (1950)
Destination… Lune ! (1950)

C’est ce que Destination… Lune !, sorti en 1950, montre et raconte, imaginant une expédition sur notre satellite, de l’organisation du voyage, au voyage lui-même et à ses effets sur l’Homme, jusqu’à l’exploration de la Lune elle-même. Un film précurseur, témoin de l’éternelle volonté de l’humanité de repousser les limites de ses connaissances, mais aussi de celle des Etats-Unis d’appuyer leur domination. Le film d’Irving Pichel inspirera d’ailleurs Hergé dans ses bandes-dessinées Objectif Lune et On a marché sur la Lune. Presque vingt ans avant Apollo 11, le cinéma permit une nouvelle fois, en tentant de faire toujours plus preuve de réalisme, de voyager sur la Lune. Ce qui était jusqu’alors représenté et raconté sur le ton de la rêverie, devient de plus en plus concret, et palpable.

Destination... Lune ! (1950)
Destination… Lune ! (1950)

Article : Destination… Lune ! (1950)

La fièvre des étoiles

Les décennies 1950 et 1960 virent une profusion de films liés au voyage dans l’espace et, plus particulièrement, sur la Lune. A cette époque où américains et soviétiques progressent toujours plus dans leur entreprise, c’est presque au moins une vingtaine de films sur le sujet qui sortent, allant du films d’aventures à la comédie, de la production des studios Walt Disney à l’adaptation du roman De la Terre à la Lune de Jules Verne, et même un film érotique. En 1968, un an avant le succès de la mission Apollo 11, Stanley Kubrick proposera, lui aussi, une escale sur la Lune dans son mythique 2001 : L’Odyssée de l’Espace, où la fascination laisse place à une sorte de beauté mêlée à la peur de l’inconnu et de s’aventurer vers un futur que nous ne saurons maîtriser. Kubrick sait que la première expédition sur la Lune est toute proche, et anticipe déjà la suite en alertant sur les dangers qui nous guettent, montrant qu’il ne s’agit que d’une porte vers l’inconnu, qui dépasse les Hommes.

2001 L'Odyssée de l'espace (1968)
2001 : L’Odyssée de l’espace (1968)

Article : 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968)

Un rêve devenu réalité

Le 21 juillet 1969, la mission Apollo 11 réussit enfin l’exploit, ouvrant la voie à cinq autres missions qui verront, à leur tour, des astronautes fouler le pied de la Lune. Désormais, il ne s’agit plus d’un rêve lointain, mais bien d’une réalité. Cela n’empêche bien sûr pas de faire preuve de fantaisie, comme dans Les Aventures du Baron de Münchhausen (1988), où l’on voyage vers la Lune comme au temps de Méliès. Mais le voyage vers la Lune se considère maintenant différemment, qu’il s’agisse de voyager à des fins touristiques dans Y a-t-il enfin un pilote dans l’avion ? (1982), ou de missions beaucoup plus longues visant à exploiter les ressources de la Lune, dans Moon (2009).

Sam Rockwell dans Moon, la face cachée (2009)
Sam Rockwell dans Moon, la face cachée (2009)

Article : Moon (2009)

Du rêve à la conscience

Ce nouveau rapport aux distances et les évolutions technologiques est l’occasion de se poser d’autres questions, de se recentrer sur l’humain, plutôt que de se focaliser sur les aspects technologiques. Ce fut déjà le cas de 2001 : L’Odyssée de l’espace, comme celui de Moon, mais, aussi, de First Man (2018), qui illustre le deuil, la vie et la mort, montrant la Lune comme un véritable symbole, celui d’un accomplissement, un astre à la fois sinistre et fascinant. Même si l’exploit technologique et humain est mis en avant, il ne s’agit plus de mettre en avant le succès d’une nation, ce n’est plus le véritable intérêt. Une nouvelle vision de l’exploration spatiale s’offre à nous. Alors que l’on regardait jusqu’ici vers les étoiles, l’heure est à l’introspection, grâce à une Lune qui n’est désormais plus une étrangère.

First Man (2018)
First Man (2018)

Article : First Man (2018)

De la Lune à Mars

La Lune nous est devenue familière, au point qu’elle semble, aujourd’hui, moins avoir la cote, d’une certaine manière. Peut-être devenue trop proche depuis qu’on l’a atteinte, les yeux semblent désormais rivés vers Mars. Que ce soit chez Verhoeven dans Total Recall (1990), chez De Palma dans Mission to Mars (2000), chez Carpenter dans Ghosts of Mars (2001), ou chez Ridley Scott dans Seul sur Mars (2015), la planète rouge semble être devenue la source de toutes les convoitises et de toutes les fascinations. L’Homme, éternel insatisfait, veut toujours voir plus loin, repousser ses limites, lever le voile sur l’inconnu, tout en cherchant à mieux comprendre ses propres origines.

Total Recall (1990)
Total Recall (1990)

Article : Total Recall (1990)

Un symbole irremplaçable

Quoi qu’il en soit, la Lune gardera toujours une place à part dans l’imaginaire collectif. L’atteindre fut un exploit qui nécessita de longs efforts, une entreprise qui fut pleine de frissons, comme le raconte Apollo 13 (1995), et même, hélas, le théâtre de drames, comme le raconte, entre autres, First Man. Notre satellite restera le symbole des rêveurs, à l’image de la mythique scène d’E.T. (1982), où Elliott et E.T. volent à vélo devant une Lune gigantesque, devenant le logo d’Amblin, la société de production de Steven Spielberg, ou servant également de séant pour le petit pêcheur du logo de Dreamworks.

Aujourd’hui, 50 ans après Apollo 11, on parle à nouveau de rallier la Lune. La preuve, finalement, qu’elle a encore de nombreux mystères et de révélations à nous offrir. Y trouverons-nous les Sélénites de Méliès, ou le monolithe de Kubrick ? Personne n’est en mesure de le dire. Autant que la Lune se fait son chemin dans notre ciel tous les jours, elle s’est également fait le sien dans l’histoire du cinéma. Un art où tout est, définitivement, possible.

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

6 réflexions sur “La Lune au cinéma : du rêve à la réalité

  • 21 juillet 2019 à 11 h 48 min
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    Moi qui attendais avec impatience le retour de tes fascinantes chroniques, me voilà comblé ! Un bel hommage à la Lune, devenue au fil du temps bien malgré elle un des plus grands personnages du 7ème Art

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    • 21 juillet 2019 à 11 h 52 min
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      Merci beaucoup ! L’idée m’est venue vendredi pour tout avouer. ^^ Ça fait déjà quelques temps que je m’écris des sujets en vrac pour tenter de publier ce genre de format plus régulièrement.

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  • 22 juillet 2019 à 9 h 37 min
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    Super chronique ! Merci ca m’a permis de découvrir les films de Georges Méliès.

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    • 22 juillet 2019 à 11 h 18 min
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      Merci beaucoup ! :) Tant de choses à découvrir chez Méliès. La plupart de ses films peuvent facilement être trouvés sur YouTube. On y découvre toute son ingéniosité et sa capacité à surprendre sans cesse, dès les toutes premières années du cinéma ! Un de ses pionniers et un de ses grands représentants.

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