La Favorite (Yorgos Lanthimos, 2019) ★★ – Critique & Analyse

Au sein de la cour de la reine d’Angleterre, l’aristocratie s’affaire. Une marée de perruques inonde les couloirs, tout le monde cherche à s’attirer les faveurs d’une reine au caractère bien trempé et à la santé des plus précaires. Les faveurs, ce sont surtout les spécialités de femmes très proches de la reine. Jusqu’ici, il n’y en avait qu’une pour lui tenir compagnie, mais sa place va être convoitée… Qui sera donc La Favorite ?


Fiche du film

Affiche de La Favorite (2019)
Affiche de La Favorite (2019)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Yórgos Lánthimos
  • Année de sortie : 2019
  • Casting : Emma Stone, Olivia Colman, Rachel Weisz
  • Synopsis : Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin. (SensCritique)

Critique et Analyse

La Favorite (2019)
La Favorite (2019)

Voilà maintenant quatre ans que le réalisateur grec Yorgos Lanthimos est parvenu à soudainement accroître sa notoriété, grâce à The Lobster, film satirique dénonçant les travers de la société d’une manière tout à fait originale et singulière. Un film qui avait montré toute la capacité du cinéaste à réaliser un film à la fois beau visuellement, et riche d’un point de vue scénaristique. C’est donc avec ce film que j’ai choisi de m’initier au cinéma du réalisateur grec, avant de découvrir La Favorite, film primé à plusieurs reprises aux Golden Globes et aux BAFTA, et faisant figure de concurrent de choix aux Oscars. Après avoir été justement séduit par cet atypique métrage qu’est The Lobster, et par l’univers de Lanthimos, j’étais donc assez enthousiaste et confiant en allant voir La Favorite. Et, une fois n’est pas coutume, impossible de ne pas admettre que la chute a été assez douloureuse, et l’expérience pénible.

« Ce qui partait sur les bases d’une nouvelle satire sociale finit par s’enliser dans un triangle amoureux qui tourne en rond, qui tente vainement de maquiller la langueur sous une belle photographie. « 

Comme à son habitude, le cinéaste grec vient esquinter les codes de la société, mettant en lumière ses bassesses et ses travers. Le terrain est ici propice, avec cette aristocratie anglaise, cadre idéal pour mettre en scène le grotesque et l’exagération d’individus souvent dépeints comme superficiels. Au cœur des enjeux, une reine dépassée par ses responsabilités, meurtrie par la vie, et convoitée par deux femmes cherchant à s’attirer ses faveurs pour protéger leur situation. Et nous voici engagés pour dans un métrage de deux heures d’errances à base de machinations et de combines téléphonées et attendues. Ce qui partait sur les bases d’une nouvelle satire sociale finit par s’enliser dans un triangle amoureux qui tourne en rond, qui tente vainement de maquiller la langueur sous une belle photographie. Car La Favorite fera tout ce à quoi vous vous attendrez : la destitution d’une favorite au prix de l’autre, la tentative de résurrection, la victoire au goût amer, l’ambiguïté des personnages… C’est comme explorer une route que l’on connaît déjà, dont on connait l’itinéraire, sans forcément en connaître la fin, mais dont on a déjà une petite idée.

Emma Stone dans La Favorite (2019)
Emma Stone dans La Favorite (2019)

Il y a, dans La Favorite, une désagréable sensation de réchauffé. Pas d’apport de nouveauté, mais la restitution de codes déjà vus, l’exploration de relations entre des personnages qui s’articulent autour de rebondissements que l’on a déjà vu cent fois. Lanthimos nous avait habitués à nous prendre de court, à nous surprendre. Or, ici, il s’avère plus complaisant, et l’ennui s’empare vite de nous, face à un film incapable d’aller réellement au bout de sa démarche, de s’avérer tranchant comme il devrait l’être. J’ai tenté de m’accrocher, jusqu’au bout, de suivre cette lueur d’espoir qui m’extirperait de la monotonie qui alourdit le film, mais seuls les bras de Morphée sont venus s’agripper à moi quelque part au cours du film. Un sentiment d’autant plus frustrant que les actrices font leur part du travail, et la photographie du film est tout à fait belle, suivant mes bonnes impressions ressenties devant The Lobster, mais sans l’effet de surprise et de stupéfaction. La comparaison avec Barry Lyndon est souvent tentante et formulée, mais elle doit seulement se limiter au côté « films d’époque » et au discours grinçant sur la société, le film de Kubrick faisant preuve d’une langueur hypnotique et fascinante, et celui de Lanthimos se fourvoyant dans une intrigue répétitive et sans nuances.

La Favorite se présente comme un curieux triangle qui tourne en rond. The Lobster savait se renouveler, inclure une fracture dans son récit pour aborder des points de vue différents, ce que ne fait pas La Favorite, qui essaie de meubler autour d’une histoire des plus classiques et basiques. L’ambiguïté de ces personnages et leur noirceur ne suffisent pas pour donner de la saveur à cette satire qui n’arrive jamais à décoller, et qui s’évertue à vouloir inspirer le dégoût, se vautrant dans une exagération permanente et m’as-tu vu. Une belle coquille vide, en train de rafler les récompenses, à défaut d’avoir su emballer mon cœur. Parfois, il vaut mieux réviser ses classiques, avec un Eve pour la machiavélique quête de pouvoir et de reconnaissance, et Barry Lyndon pour la déchéance de l’aristocratie. Le divorce n’est pas entamé avec Lanthimos, mais ce n’est pas avec La Favorite qu’il aura mes faveurs.


Note et avis

2/5

Cherchant à faire du beau sur du sale, à esquinter la société et à dénoncer les jeux de pouvoirs malsains, La Favorite tourne en rond, s’essoufflant très rapidement, virant à l’ennui, malgré la beauté de ses actrices et de la photographie.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

4 réflexions sur “La Favorite (Yorgos Lanthimos, 2019) ★★ – Critique & Analyse

  • 14 février 2019 à 0 h 53 min
    Permalien

    « La Favorite »…
    Bof… Je ne suis guère un fan des films historiques en costumes, même si la fin du XVIIIème Siècle est une période que j’adore. Et puis, on a l’impression d’avoir tellement vu cela, les querelles de pouvoir, le sexe, le sexe et encore le sexe, pour arriver au pouvoir, arriver au pouvoir pour pouvoir accéder au sexe… Le nombre de films qui traitent de ce sujet-là fait que « La Favorite » n’est ni plus ni moins qu’un opus de plus sur ces gens qui s’ennuient, qui chassent, ou plutôt qui exécutent des oiseaux qu’on leur offre, qui intriguent, qui se livrent à des jeux plus idiots les uns que les autres, qui se manipulent, qui rivalisent de férocité et de lâcheté écœurante. Bref, rien de nouveau sous le ciel cinématographique.
    Bon, on ne s’ennuie pas trop, grâce au talent des trois interprètes, Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone, toutes trois très brillantes, mais le seul intérêt du film, ce sont ses choix esthétiques. Evidemment « La Favorite » est un film magnifique, de toute beauté, avec des plans hyper-travaillés, une technique étonnante, un travail sur la couleur, les maquillages, les costumes qui pourraient conférer à l’œuvre le statut d’œuvre d’art. La manière de filmer, très souvent avec un grand angle, donne au film une architecture étonnante. Ajoutons pour ceux que cela intéresse que le film est très british, très, très british, plus british que cela, tu meurs…
    Mais enfin, tout cela est bien artificiel et s’oubliera très vite, me semble-t-il…

    Répondre
    • 14 février 2019 à 8 h 15 min
      Permalien

      C’est ça, il y a un travail indéniable sur la cinématographie, qui le rend beau visuellement et dans sa construction. Mais ça ne fait pas tout. Il est, en soi, le reflet de ce qu’il cherche à dénoncer : tartiné de maquillage, mais relativement creux dessous. Est-ce volontaire ? Je ne sais pas et je ne pense pas. Mais, en effet, le fait qu’il explore déjà des sentiers déjà parcourus maintes fois, sans vraiment venir se distinguer, le rend très oubliable.

      Répondre
  • 14 février 2019 à 18 h 30 min
    Permalien

    Je ne serais pas aussi catégorique que toi ou que mon camarade commentateur précédent.
    Là où je veux bien agréer avec la critique, c’est qu’effectivement La Favorite souffre de quelques longueurs et qu’il tourne un peu en rond. Mais !
    Mais de là à dire que l’intrigue est vide, je ne suis pas d’accord. Le récit est avant toute chose un triangle amoureux corrosif qui montre le contrepoids de la quête de pouvoir insensée, et la corruption progressive d’Abigail, particulièrement après la tentative d’empoisonnement de Churchill. Un film où le destin d’un pays au peuple invisible se joue dans le lit de la reine.
    Certes, on pourra dire que l’histoire est déjà-vue. Mais en même temps, c’est une histoire – à peu près – vraie ! La Favorite n’est pas un biopic, loin de là, mais les intrigues politiques, la prise de pouvoir de Masham aux dépends de Churchill, et la condition de la Reine Anne, c’est de l’Histoire.
    Il ne faut pas non plus éclipser le jeu extraordinaire de Rachel Weisz, Emma Stone et surtout Olivia Colman qui est en roue libre mais aussi touchante, et finalement, impériale.
    La Favorite n’est pas mon favori aux Oscars (lel), mais de là à le jeter complètement à la poubelle, c’est peut-être y aller un peu fort :D

    Répondre
    • 14 février 2019 à 22 h 51 min
      Permalien

      « Coquille vide » vient plus dénoncer quelque chose qui a une apparence, mais pas grand chose derrière. On ne peut pas dire que La Favorite est foncièrement vide non, mais il meuble beaucoup, trop. L’histoire a beaucoup de vérité et pourrait être très intéressante, mais je n’ai rien ressenti devant ce film, si ce n’est de l’ennui. Il ne m’a pas fait rire non plus. Fatalement, j’ai donc du mal à pouvoir le trouver des plus pertinents sur ces différentes thématiques, même si j’entends très bien tes arguments. Un film qui n’aura de cesse de diviser !

      Répondre

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :