L’Innocent (Louis Garrel, 2022) – Critique & Analyse

Louis Garrel à la tête d’une comédie familiale, décomplexée et franchouillarde, voilà de quoi nous surprendre ! Mais c’est bien ce qu’il vient nous proposer avec L’Innocent, qui arrive effectivement à tenir ses promesses.


Fiche du film

Affiche de L'Innocent (2022)
Affiche de L’Innocent (2022)
  • Genre : Comédie
  • Réalisateur(s) : Louis Garrel
  • Distribution : Louis Garrel, Roschdy Zem, Anouk Grinberg, Noémie Merlant
  • Année de sortie : 2022
  • Synopsis : Quand Abel apprend que sa mère Sylvie, la soixantaine, est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Épaulé par Clémence, sa meilleure amie, il va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives…. (SensCritique)

Critique et Analyse

Louis Garrel et Anouk Grinberg dans L'Innocent (2022) © Les Films Les Tournelles
Louis Garrel et Anouk Grinberg dans L’Innocent (2022) © Les Films Les Tournelles

Le point de départ de L’Innocent semble annoncer un film relativement classique. Une mère de famille divorcée à plusieurs reprises donne des cours de théâtre à des prisonniers. Elle tombe sur le charme de l’un d’entre eux, tout comme lui tombe sous son charme à elle. Un mariage a lieu dans la prison avant que l’époux ne bénéficie de sa remise en liberté conditionnelle, ce qui n’enchante pas le fils de la femme, qui voit d’un mauvais œil ce nouvel homme entrer dans la vie de sa mère, surtout avec un passé qui paraît douteux. Un triangle familial des plus fragiles, entre cette mère à fleur de peau, ce beau-père certes sage et raisonné en apparence, mais au passé trouble, et ce fils timide et impulsif qui tient à protéger sa mère au risque de se retrouver en opposition directe avec son nouveau beau-père.

« L’Innocent va jouer sur un décalage permanent entre l’attendu et le réel, enchaînant les situations improbables, comme le sont souvent les réactions de ces personnages hauts en couleurs. »

La scène d’introduction du film permet de se rendre directement compte du ton qu’il souhaite adopter, et du procédé qu’il va suivre. On y voit Michel (Roschdy Zem) qui s’adresse à une personne hors-champ en la menaçant ouvertement. La lumière, l’ambiance et son attitude laissent penser qu’il est en plein coup. Un flashback qui évoque son passé de prisonnier et la raison pour laquelle il a été incarcéré ? Un flash-forward qui anticiperait un dernier acte le montrant dans un nouveau coup alors qu’il aurait replongé ? Ni l’un, ni l’autre, il s’agit simplement d’un exercice de théâtre qu’il effectue lors de ses activités en prison. On y voit le personnage qui joue un rôle dans le film lui-même, et un décalage manifeste entre la situation et la réalité, dévoilé quand un autre personnage intervient pour débloquer la situation. Cette introduction se verra suivie d’une scène où la mère d’Abel (Louis Garrel) se laisse emporter en voiture et clame son amour inconditionnel envers Michel, qui se trouve juste devant eux dans un fourgon qui les transfère en prison. L’Innocent va jouer sur un décalage permanent entre l’attendu et le réel, enchaînant les situations improbables, comme le sont souvent les réactions de ces personnages hauts en couleurs.

Louis Garrel et Noémie Merlant dans L'Innocent (2022) © Les Films Les Tournelles
Louis Garrel et Noémie Merlant dans L’Innocent (2022) © Les Films Les Tournelles

Clémence (Noémie Merlant), la pétillante amie d’Abel, sans complexes, finit d’agrémenter ce tableau bigarré, chacune de ses interventions apportant un vent de fraîcheur. Dans son déroulé, L’Innocent s’avère relativement classique, mais il exploite bien les situations pour déclencher les rires. Notamment lorsqu’Abel s’improvise piètre espion qui suit les moindres faits et gestes de son beau-père, lequel n’est pas vraiment dupe. Ce jeu de « je t’aime, moi non plus » est l’élément central du film, nous faisant nous demander lequel des deux est le vrai « innocent ». Mais c’est surtout en exploitant la fibre théâtrale, les exercices de mise en scène montrés dans le film et réutilisés dans la réalité à d’autres fins, que le film prend une autre tournure. Chacun joue un rôle, mais n’est-ce pas en s’extirpant de leur propre quotidien et en se libérant de leurs propres entraves qu’ils parviennent à exprimer ce qu’ils ressentent vraiment ? Ce qui ne paraît être qu’illusion devient alors véritablement sincère, à l’image de ce film qui veut nous toucher, que ce soit par le rire ou par d’autres émotions.

Louis Garrel semble réellement s’amuser avec L’Innocent. Avec un style de réalisation très connoté Nouvelle Vague et années 70, des musiques populaires des années 80, ce côté anachronique, c’est un film en constant décalage mais dont toutes les composantes, aussi variées et dépareillées sont-elles, parvient à créer une vraie harmonie à la fin. Certes, l’histoire restera plus convenue, comme un certain nombre des rebondissements qui la rythment. Mais, à l’arrivée, on passe un bon moment qui offre ses petits moments de grâce, et on ne voudrait pas bouder notre plaisir.

Note et avis

Résumé

Décalé, inattendu, frais, drôle, pétillant, L’Innocent reste un film à l’histoire classique, mais l’humour fait mouche, comme plusieurs trouvailles qui viennent le sublimer.

Overall
7/10
7/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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