A la redécouverte de… Rocky

Rocky

Tout le monde, à peu près, connait Sylvester Stallone. Cette gueule, ce personnage du cinéma si reconnaissable du public français grâce à la voix d’Alain Dorval. Ce bonhomme impressionnant et attachant est aujourd’hui une légende du septième art, un statut qu’il doit notamment grâce à l’un de ses personnages fétiches, véritable alter ego de Stallone, j’ai nommé Rocky Balboa. Retour sur une saga exceptionnelle à bien des égards.

Sylvester Stallone dans Rocky (1976)
Sylvester Stallone dans Rocky (1976)

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De la misère à la gloire

En 1976, personne ne connait Sylvester Stallone, ou presque. Fauché, il tourne dans un film érotique pour survivre, et ne joue que de petits rôle dans des productions de Série B. Les opportunités lui manquent, quand un jour il assiste au combat entre Mohammed Ali et Chuck Wepner, un inconnu du grand public. Ce dernier parvint à tenir 15 rounds avant d’être vaincu par K.O. par la légende. Impressionné par cette performance, Stallone entreprend l’écriture d’un scénario pour un film inspiré de cette histoire. Stallone souhaitait incarner le rôle titre mais n’était pas assez « bankable » car trop méconnu. Mais tant pis, ce rôle, c’est lui qui doit le jouer, personne d’autre. Il fit pression en ce sens et après avoir péniblement trouvé un réalisateur pour tourner son film, le tournage put commencer. Dirigé par John G. Avildsen, celui-ci ne dura même pas un mois. Film fauché écrit par un acteur fauché, cela n’empêcha pas à Rocky d’être un succès critique et économique phénoménal. Le film obtint 10 nominations aux Oscars, dont des victoires au prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. A côté, Stallone obtint des nominations pour les Oscars du meilleur acteur et du meilleur scénario, devenant le troisième homme à réaliser cet exploit, après… Charlie Chaplin et Orson Welles. La légende Rocky est née.

Sylvester Stallone et Carl Weathers dans Rocky II (1979)
Sylvester Stallone et Carl Weathers dans Rocky II (1979)

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Une histoire de combats, mais pas que

Car l’histoire de Rocky n’est pas que celle de combats de boxe, c’est l’histoire de la vie d’un homme, de nous tous. Grâce au succès du premier opus, Stallone se lança dans l’écriture d’un second film, puis de quatre autres encore après. Ici, ce n’est pas vraiment la genèse du personnage qui m’intéresse, mais son traitement, son rayonnement, et la qualité quasiment incomparable de cette saga qui compte tout de même six épisodes (voire sept si l’on ajoute le spin-off Creed sorti cette année). Ce qui impressionne avant tout dans cette saga, c’est sa capacité à rester fidèle à son discours tout en s’intéressant à divers aspects de son sujet principal.

Mister T. et Sylvester Stallone dans Rocky III (1982)
Mister T. et Sylvester Stallone dans Rocky III (1982)

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Bref retour sur la saga

Affiche de Rocky (1976)
Affiche de Rocky (1976)

Au fil des épisodes, Rocky connait tout. Dans Rocky (1976), c’est un jeune homme des rues qui vit de combats de boxe et de petits boulots peu glorieux. Il y affronte Apollo Creed, champion du monde de boxe, riche et prétentieux, qui choisit Rocky comme son challenger, afin d’affronter un homme « du cru ». Pendant ce temps, Rocky parvient à séduire Adrian, la sœur de son meilleur ami, Paulie. Elle le motive à se battre, et il parvient au combat final à tenir 15 rounds, Apollo Creed remportant le combat aux points. Très mélancolique et sobre, c’est le Rocky le plus « pur », car le premier, mais aussi réalisé avec un budget très serré. La pauvreté y est omniprésente, mais le personnage de Rocky inspire déjà l’optimisme qui le caractérise.

Affiche de Rocky II (1979)
Affiche de Rocky II (1979)

Dans Rocky II (1979), il a acquis la reconnaissance grâce à sa défaite honorable face au champion du monde Apollo Creed. Cependant, il juge qu’il est temps de se retirer. Mais Apollo le provoque pour une revanche. Rocky se retire des combats et se marie avec Adrian, mais elle sombre dans le coma suite à un accouchement difficile. Rocky se retranche, jusqu’à ce qu’elle émerge et lui donne sa bénédiction pour aller se battre. Rocky remonte finalement sur le ring face à Apollo et remporte le titre par K.O. au quinzième round. Ici, le ton est plus revanchard. Cette fois, le héros parvient à ce qu’on espérait voir dans le premier film : une victoire finale. Rocky II complète d’ailleurs parfaitement Rocky, premier du nom.

Affiche de Rocky III (1982)
Affiche de Rocky III (1982)

Dans Rocky III (1982), Rocky est devenu ce qu’il avait combattu, il s’est embourgeoisé, il est riche mais n’a plus la passion. Il remporte des combats sans grande difficulté, et son entraîneur et ami, Mickey, lui avoue d’ailleurs avoir toujours fait en sorte de ne lui offrir que des adversaires bons, mais toujours d’un niveau largement inférieur à Rocky. Celui-ci, lors de l’inauguration de sa statue à Philadelphie, est provoqué par Clubber Lang, brute épaisse qui a vaincu tous ses adversaires pour devenir l’aspirant numéro un au titre. Rocky ne se laisse pas faire et accepte le défi. Cette fois, le film propose deux training montage. Le premier se différencie des autres, montrant successivement les entraînements de Rocky et de Lang, le premier semblant très détendu et le second très déterminé, montrant que la mentalité de Rocky a évolué, se rapprochant de celle de Creed dans le premier opus. Lors du combat, Rocky est terrassé par Clubber Lang, et Mickey, son entraîneur et grand ami, meurt à l’issue de ce combat. C’est Apollo qui va lui redonner la foi et la rage de vaincre, afin d’aider Rocky à reprendre son titre à Clubber Lang, ce qu’il parviendra à faire. Ce troisième opus complète une sorte de trilogie avec les deux premiers, avant d’adopter un virage différent avec le quatrième.

Affiche de Rocky IV (1985)
Affiche de Rocky IV (1985)

Dans Rocky IV (1985), Apollo est tué sur le ring par le colosse soviétique Ivan Drago. Vanté pour ses qualités hors normes, Drago est montré comme un personnage extrêmement froid, sans émotions ni pitié, mais pourtant pas infaillible. Drago est le prototype du soldat monté de toutes pièces. Exposé comme un véritable rat de laboratoire, Drago semble presque dépassé par la tâche qui lui est donnée. C’est seul que Rocky va se rendre en URSS pour combattre et vaincre l’immense boxeur dans un combat symbolique opposant les deux ennemis de la Guerre Froide. Le film est souvent critiqué pour son aspect trop manichéen et spectaculaire, mais celui-ci parvient à ne pas trop dénoter par rapport au reste de la saga. La musique a changé, mais Rocky reste fidèle à lui-même et délivre à la fin un beau message de paix.

Affiche de Rocky V (1990)
Affiche de Rocky V (1990)

Dans Rocky V (1990), des médecins diagnostiquent des traumas irréversibles à Rocky, qui risque de graves dommages s’il continue de se battre. Il prend alors sa retraite et perd toute sa fortune suite à une arnaque. Il retourne dans son ancienne maison à Philadelphie et reprend le gymnase de Mickey. Dans la rue, il rencontre Tommy Gunn, un jeune boxeur en quête de gloire qui lui demande de l’aider. Malgré sa réticence, Rocky va accepter et le mener à la gloire. Cependant, ne voyant pas la possibilité de pouvoir combattre pour le titre, Gunn s’éloigne de Rocky et est perverti par un agent véreux. A côté, Adrian et son fils se sentent délaissés, voyant Rocky se consacrer avant tout à son poulain. Mais Gunn finit par se retourner contre son mentor, menant à un combat de rue que Rocky remportera. Le film a été critiqué car il montrait une face trop sombre du personnage, et était trop négatif. Pourtant, il permet un retour aux sources intelligent et pousse Rocky dans ses retranchements dans un film relativement intense et introspectif.

Affiche de Rocky Balboa (2006)
Affiche de Rocky Balboa (2006)

Enfin, dans Rocky Balboa (2006), Adrian est depuis décédée, et Rocky vit seul. Suite à une simulation de combat entre lui et le champion en titre Mason Dixon, déclarant Rocky gagnant, ce dernier décide de monter une dernière fois sur le ring contre Dixon. Dans un film plein de mélancolie et de nostalgie, on reprend les composantes des opus précédents pour continuer l’histoire, quinze ans après. L’histoire mène à un combat une nouvelle fois extrêmement serré, débouchant sur une victoire sur le fil du champion, et une sortie en apothéose du légendaire boxeur, malgré une ultime défaite. Comme un écho à la fin du premier Rocky, la boucle est ainsi bouclée, et d’une très belle manière.

Sage et Sylvester Stallone dans Rocky V (1990)
Sage et Sylvester Stallone dans Rocky V (1990)

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Une saga mythique

L’un des points intéressants à retenir dans la saga Rocky, c’est l’incroyable complémentarité qui lie les différents épisodes qui la composent. Quand, dans toutes sagas, on a tendance à faire un classement personnel et à avoir son épisode favori (Star Wars Episode III : La Revanche des Sith ou Terminator II : Le Jugement Dernier par exemple pour moi en citant deux sagas également mythiques), avec Rocky, je suis incapable de les hiérarchiser. En effet, à mes yeux, chacun apporte sa touche à l’histoire, donnant toujours plus de relief au personnage de Rocky, mais aussi à Adrian, Paulie, Mickey et Apollo (entre autres), ainsi qu’un regard différent sur le monde de la boxe, et la vie en général. Il va de soi que tous les opus de la saga n’ont pas connu le même succès, le premier ayant été le plus louangé, et Rocky V (1990) faisant office de vilain petit canard à cause de la descente aux enfers de Rocky et, sûrement, l’absence d’un véritable combat de boxe mettant en vedette le héros. Pourtant, tous ont leur intérêt, malgré des divergences dans les styles et dans les époques. Le premier, très sobre, est assez intimiste, débrouillard, et très mélancolique. Le second est davantage axé sur la volonté de revanche et de dépassement de soi. Le troisième met en avant la capacité à rester fidèle à ses valeurs et à les respecter en toutes circonstances. Le quatrième est plus axé sur le spectacle, l’opposition entre deux grandes nations, mais surtout l’accomplissement personnel d’un homme. Le cinquième fait chuter le héros, il est dépossédé et trahi, et s’intéresse surtout aux liens familiaux et à la confiance que l’on accorde les uns envers les autres. Enfin, le sixième se sert du passé du héros pour avoir un aspect très nostalgique mais surtout émouvant, et permet de boucler la boucle. C’est d’ailleurs sur cet aspect qu’excelle Stallone avec Rocky, car même au bout de six opus, l’émotion est toujours présente sans provoquer de sensation de réchauffé.

Sylvester Stallone dans Rocky Balboa (2006)
Sylvester Stallone dans Rocky Balboa (2006)

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Des leçons de vie

Tout au long des six films, Stallone raconte la vie de son héros et donne au spectateurs nombre de leçons de vie. Il résume d’ailleurs l’ensemble dans une citation mythique de Rocky Balboa (2006) : « Je vais te dire un truc que tu sais déjà. Le soleil, les arcs en ciel, c’est pas le monde ! Il y a de vraies tempêtes, de lourdes épreuves, aussi grand et fort que tu sois la vie te mettra à genoux et te laissera comme ça en permanence si tu la laisses faire. Toi, moi, n’importe qui, personne ne frappe aussi fort que la vie, c’est pas d’être un bon cogneur qui compte, l’important c’est de se faire cogner et d’aller quand même de l’avant, c’est de pouvoir encaisser sans jamais, jamais flancher. C’est comme ça qu’on gagne ! » Riche en sources d’inspiration, la saga Rocky utilise divers outils pour toucher le spectateur droit au cœur. Le premier, c’est Rocky en lui-même, l’incarnation du rêve américain, la preuve vivante que tout est possible quand on se donne les moyens de réussir et que l’on saisit les opportunités qui se présentent à nous, tout en étant capable de se relever de tous les coups que l’on subit. Ensuite, malgré son optimisme prééminent, la nostalgie et la mélancolie restent deux composantes très présentes. Tout au long de la saga, des rappels des épisodes précédents apparaissent, ne cessant de rappeler au spectateur d’où vient le personnage principal. L’effet de nostalgie est d’ailleurs décuplé à l’issue des morts de Mickey dans Rocky III (1982), d’Apollo dans Rocky IV (1985), et surtout d’Adrian entre Rocky V (1990) et Rocky Balboa (2006). Accompagnés par la musique de Bill Conti (à l’exception de Rocky IV) et de thèmes récurrents composés par ce dernier, l’effet est décuplé. Sans tomber dans le pathos outre mesure, Rocky crée un véritable lien avec le spectateur, un lien qui ne s’affaiblit d’ailleurs pas au fil de la saga, bien au contraire.

Sylvester Stallone dans Rocky Balboa (2006)
Sylvester Stallone dans Rocky Balboa (2006)

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Une valeur sûre du cinéma

C’est un véritable tour de force que Stallone a réussi avec Rocky. Parti de rien, avec un simple scénario, il a lancé une saga légendaire qui a touché nombre de cinéphiles, moi compris. Celui que l’on cantonne souvent à des rôles dans des films d’action moyens a, avec Rocky, réussi là ou beaucoup se sont cassés les dents. Avec une histoire d’apparence très simple, Stallone a inspiré nombre d’amateurs et créé un symbole riche en enseignements, à l’héritage fort, comme en témoigne la sortie récente de Creed : L’héritage de Rocky Balboa. Il y a d’autres points qui méritent également d’être traités en détails, comme l’évolution du personnage d’Adrian, les relations de Rocky avec Apollo et Paulie, le personnage de Mickey, la symbolique de la saga, mais le mieux, c’est de se plonger dans le visionnage de la saga, que je vous conseille vivement d’attaquer dès que possible, surtout si vous cherchez de la motivation.

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La saga en chiffres

1 271 222 322 $

C’est ce qu’ont en tout rapporté les six films au box-office, Rocky IV (1985) ayant été le plus rentable (300 373 176 $) et Rocky V (1990) le moins rentable (119 946 358 $)

28 jours

C’est le temps qui a suffi afin de tourner Rocky (1976)

57-23-1

Ce sont les statistiques de Rocky (victoires-défaites-nuls) au cours de sa carrière, avec 51 victoires par K.O.

4

C’est le nombre de films de la saga réalisés par Sylvester Stallone (tous à l’exception de Rocky et Rocky V), sachant qu’il a écrit le scénario des 6

2,8 %

C’est le pourcentage extrêmement bas de masse graisseuse qu’il restait à Stallone suite à sa préparation pour Rocky III (1982). Un résultat du à un entraînement herculéen, 10 blancs d’œufs, un morceau de pain et un fruit par jour

Sylvester Stallone et Dolph Lundgren dans Rocky IV (1985)
Sylvester Stallone et Dolph Lundgren dans Rocky IV (1985)

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Anecdotes

Lors du premier baiser entre Rocky et Adrian dans Rocky (1976), cette dernière se montre très hésitante. Rien d’anormal vu sa timidité maladive. Pourtant, ce n’est pas pour cette raison, mais parce que Talia Shire, qui joue le rôle d’Adrian, était atteinte de la grippe, et avait peur de contaminer Stallone.

Rocky (1976) a popularisé l’utilisation de la steadicam, inventée par Garrett Brown, permettant de filmer des scènes de manière fluide sans soubresauts, contrairement à la caméra épaule.  Ce procédé a notamment été utilisé pour immortaliser la fameuse montée des marches de Philadelphie par Rocky.

Le tournage du premier film a été un exemple de débrouille : scènes tournées à la lumière naturelle, implication des membres de la famille de Stallone dans le casting, pizza au petit-déjeuner, déjeuner et dîner, ça n’a pas été une sinécure.

A la base, c’était « Another One Bites The Dust« , titre très connu de Queen, qui devait accompagner le training montage de Rocky III (1982). N’ayant pu obtenir les droits, Stallone a fait appel à Survivor qui a écrit « Eye Of The Tiger« . La suite, vous la connaissez.

Tous les combats finaux de Rocky s’étalent sur 15 rounds (ou 10 dans Rocky Balboa, les règles ayant changé), et vont jusqu’au bout du suspense, sauf celui contre Clubber Lang dans Rocky III (1982), qui n’en dure que trois.

Dolph Lundgren, qui joue le colosse Ivan Drago dans Rocky IV (1985), a envoyé Stallone en soins intensifs lorsque ce dernier lui a demandé de le frapper pour de vrai lors de la première prise de la scène de combat du film. Le coup a été tellement violent qu’il a provoqué un gonflement du cœur de Stallone, ce qui arrive normalement suite à des accidents de voiture. Il écopa de cinq jours de soins intensifs.

La relation tumultueuse entre Rocky et son fils dans Rocky V (1990) n’est pas que fictive, le rôle de l’enfant étant joué par Sage, le fils de Sylvester Stallone, qui a confié par la suite la difficulté de vivre avec un père célèbre, toujours en tournage.

Le combat opposant Rocky Balboa et Mason Dixon dans Rocky Balboa (2006) est plus vrai que nature. Dans un souci de réalisme, Stallone a choisi de ne pas chorégraphier le combat. Bien que faisant de leur mieux pour ne pas se blesser, Stallone a écopé d’une facture d’un os du pied, et Antonio Tarver (Mason Dixon) d’une fracture d’un os de la main.

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