Night Call, Dan Gilroy, 2014 : Chroniques d’un monde nocturne impitoyable

Jake Gyllenhaal dans Night Call

Lou Bloom est un individu à part, mystérieux et cynique, petit voleur de cuivre et de matériaux qu’il revend pour se faire un peu d’argent. Au-delà de ce statut peu enviable et engageant, c’est un capitaliste en puissance qui a très à cœur de se créer une carrière et de gagner de l’argent.

C’est au cours de l’une de ses expéditions nocturnes qu’il surprend des journalistes en train de filmer un accident, et qu’il découvre une potentielle source de revenus qui se présente à lui. Lou se prend vite au jeu et se découvre une véritable passion pour le journalisme. Il débute modestement avec une petite caméra qu’il s’achète grâce à la revente d’un vélo volé, puis s’achète une radio de police afin d’être mis au courant des faits divers le plus vite possible. Grâce à ses nouveaux outils, notre journaliste en herbe se rend sur les lieux d’accidents et autres faits divers pour filmer les scènes, et revendre les images à une chaîne de télé afin que celles-ci soient diffusées au journal de 6 heures.

Comme il le raconte lui-même pendant le film, Lou suit une philosophie basée sur le schéma suivant : « n’importe qui peut réaliser ce qu’il veut, pourvu qu’il s’en donne les moyens ». C’est une philosophie que moi-même je suis car elle permet d’aborder les choses avec optimisme et d’apprendre à se faire confiance et de ne pas baisser les bras avant même de se lancer dans un projet. Évidemment, Lou est un cas à part. Ce film est la satire d’un monde journalistique sans merci, où le pouvoir de l’image supplante l’éthique et l’empathie, et où l’audience est reine. Lou et la rédactrice en chef (directrice ?) de la chaîne télévisée se complètent parfaitement. Le premier est obsédé par la réussite et la progression de sa carrière, au détriment total du respect de l’éthique, ainsi que de son employé, et la seconde ne peut qu’accepter les images insoutenables que lui offre ce journaliste en devenir, nouvel espoir pour elle de relancer les audiences de sa chaîne et de son émission matinale.

Louis Bloom est prêt à tout pour réussir, et est un véritable passionné. Contrairement aux exemples habituels, cet homme n’a pas de morale, il est cynique, antipathique, et surtout très dérangeant. Night Call se déroulant presque exclusivement la nuit (d’où son nom me direz-vous !), cela nous plonge davantage dans cette ambiance sombre et inquiétante, où la vie ne s’arrête jamais, sauf quand un conducteur perd le contrôle de son véhicule ou quand une personne armée assouvit ses pulsions meurtrières. Le tout est très malsain et perturbant, extrêmement bien servi par un Jake Gyllenhaal possédé par son personnage, dont on suit sa descente aux enfers de la nuit, qui le mène à sa consécration.

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