M Le Maudit, Fritz Lang, 1931 : Visionnaire

Affiche de M le maudit (1931)
Affiche de M le maudit (1931)

Quatre ans après avoir réalisé le chef d’œuvre qu’est Metropolis, Fritz Lang se lance dans le cinéma parlant en cette année 1931. Si cette transition fait croire que les temps ont changé, le parallèle entre le contexte de ce film d’un âge respectable (83 ans pour ceux qui ont la flemme de compter) et le contexte actuel nous fait rapidement suggérer le contraire.

M le Maudit, c’est l’histoire d’une ville en proie à la folie meurtrière d’un inconnu qui s’en prend à des enfants au hasard en les attirant et en les tuant. Autrement dit, on pourrait penser à de la pédophilie pure et simple. Pourtant, c’est plus compliqué que ça. Le meurtre d’une petite fille va soulever la colère de la population, et la faire réagir à l’unisson. D’un côté la police, amenée à faire son devoir, se voit en charge de mener de vastes rafles afin de dénicher le mystérieux tueur. De l’autre, la pègre, voyant la terreur qu’incite le tueur au sein de la population, et la menace que cela représente pour le bon fonctionnement de leurs affaires, se voit également dans le besoin de réagir afin de défendre ses intérêts. Le film se concentre donc sur cette vaste chasse à l’homme, qui aboutit finalement à un simple modeste personnage apeuré, presque ingénu.

M le maudit (1931)
M le maudit (1931)

C’est là que le film prend tout son sens. La façon dont est menée l’enquête nous fait suivre la population dans la colère qui l’habite, et on a envie de voir le vilain pervers tueur d’enfants se faire coffrer et recevoir la punition qu’il mérite. Au final, on tombe sur un bonhomme simplement fou, habité par des pulsions qu’il ne contrôle pas, nous faisant simplement imaginer le bonhomme innocent et tranquille qu’il serait sans cette folie qui l’habite. On arrive alors à un vrai mur : comment ne pas comprendre ceux qui veulent voir cet individu payer pour ses crimes, mais comment ne pas avoir pitié de lui ?

Et c’est donc là que nous arrivons à un phénomène courant aujourd’hui, où les évènements sensationnels, relayés par les médias, alimentent et inspirent la création de bouc-émissaires, centre de préoccupation du peuple, qui trouve en cette haine un os à ronger pour plonger dans le piège pervers de l’insatiable quête de satisfaction. De plus, M le Maudit jouit d’une réalisation très moderne, le rendant facilement accessible à ceux qui veulent le voir aujourd’hui. Une analyse brute nous le ferait considérer comme un vieux film avec un schéma narratif assez dépassé et longuet, et une fin plus qu’abrupte, mais avec du recul il nous fait réfléchir et penser que finalement, les mœurs n’ont pas tant changé que ça dans notre société.

Note : 8/10.

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