Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954) – Critique & Analyse

Les westerns nous font souvent voyager sur les terres d’Amérique du Nord, là où se trouvent aujourd’hui les Etats-Unis. Mais, parfois, c’est l’occasion de descendre un peu plus au sud, au Mexique par exemple, comme dans Vera Cruz.


Fiche du film

Affiche de Vera Cruz (1954)
Affiche de Vera Cruz (1954)
  • Genre : Aventure, Western
  • Réalisateur(s) : Robert Aldrich
  • Distribution : Gary Cooper, Burt Lancaster, Denise Darcel
  • Année de sortie : 1954
  • Synopsis : Au Mexique, après la guerre de Sécession, deux aventuriers s’associent pour louer leurs services à l’empereur Maximilien, plus offrant que Juárez. Découvrant que le carrosse qu’ils sont chargés de convoyer jusqu’à Vera Cruz contient un trésor, ils décident de se l’approprier… (SensCritique)

Critique et Analyse

Vera Cruz (1954)
Vera Cruz (1954)

Robert Aldrich est un cinéaste dont la carrière a notamment été marquée, par le film noir, avec des films comme En Quatrième vitesse ou Le Grand couteau. C’est pour cela qu’il n’est pas si surprenant de retrouver, dans ce western, des éléments qui vont faire penser au film noir. Tout d’abord, il y a la rencontre entre Benjamin Trane (Gary Cooper) et Joe Erin (Burt Lancaster), pur fruit du hasard, qui va être l’occasion pour chacun de se toiser et de se mesurer l’un à l’autre, sans savoir qu’ils vont suivre un chemin commun vers un seul et même but. Pensant d’abord agir pour la solde de l’empereur afin de protéger une comtesse sur le chemin vers Vera Cruz, en échange d’une belle somme, ils découvrent qu’ils sont en train de convoyer une énorme somme d’argent. C’est donc là que vient à nouveau surgir le film noir, avec l’invocation du motif financier pour pervertir les esprits et les faire s’écharper et commettre les pires bassesses pour s’approprier le magot.

« Fort de nombreux rebondissements, Vera Cruz construit des personnages complexes, aux motivations mouvantes et floues, rendant leurs actions imprévisibles, montrant toutes les faiblesses de la nature humaine, notamment vis-à-vis de l’argent. »

Vera Cruz vient, en effet, mettre l’emphase sur les effets de l’argent sur l’esprit humain, influant notamment grandement sur la relation entre les individus. Benjamin et Joe, qui semblent devenu deux amis en quête d’aventure, ne penseraient-ils pas chacun à duper l’autre pour s’emparer de la totalité du magot ? Dans l’équation, impossible de ne pas prendre en compte la présence de la comtesse, femme présentée comme guindée mais relativement innocente au milieu de tous ces hommes à la mine sale, jusqu’à ce qu’elle montre son vrai visage. Fort de nombreux rebondissements, Vera Cruz construit des personnages complexes, aux motivations mouvantes et floues, rendant leurs actions imprévisibles, montrant toutes les faiblesses de la nature humaine, notamment vis-à-vis de l’argent.

Vera Cruz (1954)
Vera Cruz (1954)

Vera Cruz a pour lui, déjà, son duo d’acteurs de légende, avec, d’un côté, un Gary Cooper dans le rôle d’un ancien soldat Sudiste désabusé, cynique, et, de l’autre, un Gary Cooper jouant un personnage beaucoup plus exubérant, sûr de lui et imprévisible. Complémentaire, dont l’association est très agréable à suivre à l’écran, le duo est aussi accompagné de seconds rôles de choix, avec, notamment, la présence d’Ernest Borgnine et de Charles Bronson, pas encore crédité sous ce nom d’emprunt, dans un petit rôle. Tous ces personnages évoluent dans un Mexique riche en couleurs grâce au Technicolor, et dont Robert Aldrich élabore un tableau riche et peuplé de personnages de tous horizons.

Tout en étant capable d’être dramatique et cynique, Vera Cruz est un film particulièrement grisant et prenant, grâce à son rythme soutenu qui ne fait lâcher le spectateur à aucun moment. On sent, et c’est une remarque couramment faite au sujet de ce film, les prémisses du western spaghetti, dans l’emphase sur le côté aventure du film, ses personnages et ces visages marquants, ainsi que cette liaison faite entre la petite et la grande histoire. Car si Vera Cruz est surtout considéré comme étant un western de son état, c’est aussi un formidable film d’aventure, spectaculaire et généreux, qui nous transporte et qui nous fait vibrer. En somme, le film de Robert Aldrich semble être situé dans un carrefour entre le film noir, le western « classique » et le western spaghetti, tout en étant capable de construire sa propre identité. C’est ce qui fait de Vera Cruz un film aussi unique que remarquable, racontant la volonté de construire une union rendue impossible par les circonstances et la nature humaine, devenant source de regrets et de traumatismes.

Note et avis

En résumé

Vera Cruz n’est pas juste un western, c’est aussi un excellent film d’aventure, haletant, riche en rebondissements et haut en couleurs. Un duo légendaire, des seconds rôles marquants, encore une très belle découverte chez Robert Aldrich !

Overall
8.5/10
8.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954) – Critique & Analyse

  • 12 décembre 2020 à 6 h 49 min
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    Un film à la croisée en effet, quasiment un cross over entre le western et le film d’histoire en costume (les références à l’empereur Maximilien, cousin de notre Louis-Napoléon), sans oublier les pyramides mayas en toile de fond. Borden Chase est à la source du récit, formidablement mené par Aldrich et évidemment remarquablement servi par le duo Cooper/Lancaster, sans oublier notre Denise Darcel

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