Falling (Viggo Mortensen, 2020) – Critique & Analyse

Voilà des années déjà que Viggo Mortensen brille devant les caméras, autant dans de grands succès internationaux que dans des oeuvres moins connues et issues de divers horizons. Un acteur qui a fait ses preuves, pour aujourd’hui passer derrière la caméra pour réaliser Falling, son premier film.


Fiche du film

Affiche de Falling (2020)
Affiche de Falling (2020)
  • Genre : Comédie dramatique
  • Réalisateur(s) : Viggo Mortensen
  • Distribution : Viggo Mortensen, Lance Henriksen, Terry Chen
  • Année de sortie : 2020
  • Synopsis : John vit en Californie avec son compagnon Eric et leur fille adoptive Mónica, loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis, un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa soeur Sarah et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie… (SensCritique)

Critique et Analyse

Viggo Mortensen et Lance Henriksen dans Falling (2020)
Viggo Mortensen et Lance Henriksen dans Falling (2020)

Mûri depuis plusieurs années déjà, ce premier film nous fait faire la rencontre de Johnny, pilote de ligne, et de son père Willis, un homme vieillissant et aigri, également victime de pertes de mémoire temporaires. Rapidement, les caractères des deux hommes se confrontent, avec d’un côté le calme inébranlable du fils, et de l’autre les bougonnements incessants du père. Un homme qui a vécu « à l’ancienne », aux idées très tranchées et rétrogrades vis-à-vis du monde qui l’entoure, et l’homosexualité de son fils n’améliore en rien cette défiance qu’il affiche envers la société. Entre présent et passé, Falling nous raconte donc cette relation père-fils, au crépuscule de la vie de ce dernier, mais aussi leur passé commun, alors que de nombreux souvenirs viennent surgir du passé.

« Viggo Mortensen nous raconte ici comment nos souvenirs nous accompagnent et nous hantent, comment nous nous construisons, et comment l’aspect insaisissable que peut avoir la nature humaine rend parfois toute communication impossible. »

Le film va donc régulièrement basculer du passé au présent, ayant recours à de nombreux flashbacks visant à raconter au spectateur la relation entre le père et le fils, et les liens directs entre le passé et le présent. Des liens qui ne sont pas toujours évidents, car influencés par le caractère irrationnel des souvenirs et de la mémoire. En effet, Viggo Mortensen nous raconte ici comment nos souvenirs nous accompagnent et nous hantent, comment nous nous construisons, et comment l’aspect insaisissable que peut avoir la nature humaine rend parfois toute communication impossible. Willis est un personnage extrêmement instable, généralement désagréable, dont on sait que chaque apparition ou chaque sortie va semer le trouble et pousser les autres personnages à bout. Insultes, racisme, homophobie, il enchaîne les répliques blessantes, au risque de s’attirer tout le mépris du spectateur. Pourtant, en tentant de faire fi de tout cela, ce comportement aussi étrange trouve des explications et des origines plus tangibles, et c’est particulièrement à cela que Viggo Mortensen s’intéresse ici.

Falling (2020)
Falling (2020)

A l’issue de la séance, Viggo Mortensen, qui nous a fait l’honneur de sa présence, répondait à une question concernant la présence d’Agnès Varda dans les remerciements figurant dans le générique. Il nous expliquait alors qu’il avait partagé un vol Marrakech-Paris avec elle, qu’ils ont discuté, et qu’elle lui avait notamment expliqué que l’une des clés du cinéma, pour un réalisateur, n’est pas de montrer, mais de faire voir au spectateur ce qu’il veut voir. C’est un principe qu’il semble avoir bien suivi dans Falling, qui arrive parfois à trouver cette dimension assez irrationnelle, allant au-delà du simple constat, pour évoquer le spectateur autre chose qu’une évidence. Un vieil homme aigri et détestable devient le reflet d’une vie de solitude, de frustrations et d’incapacité à s’accomplir. Il devient aussi, pour le fils, une part de lui, avec des aspects certes négatifs, mais elle demeure essentielle, et elle constitue une attache avec ses racines. C’est pour cela qu’il s’occupe de ce vieil homme qui demande pourtant qu’on le laisse tranquille. Tout cela trouve une certaine harmonie dans son ensemble, grâce à ce maintien permanent du lien essentiel entre passé et présent, que le réalisateur s’amuse souvent à relier à travers des effets de montage et des raccords intelligents, facilitant la transition d’une époque à une autre.

Comme toujours, Viggo Mortensen réalise une très belle prestation, très sobre mais juste, aux côtés d’un Lance Henriksen qui passe par tous les états avec réussite. Premier film oblige, Falling n’esquive pas tous les périls propres à l’exercice, comme le fait de se raccrocher à des poncifs et d’être souvent assez prévisible. Mais ce ne sont pas les points les plus judicieux à juger face à une telle œuvre ayant surtout pour but d’extérioriser et de s’inspirer de sa propre expérience pour évoquer diverses choses. Falling ne cherche pas à briller. Au contraire, c’est un film qui, à l’image de son réalisateur, fait preuve de sagesse et d’humilité. Il parvient à faire preuve de mélancolie comme d’allégresse, à capturer des instants de vie avec justesse, et à offrir un regard intelligent sur ce qu’est la mémoire, les souvenirs et le passé, dans ce qu’ils ont de plus essentiel et d’intangible. Un beau film qui, on l’espère, ne signifie que le début de la carrière d’un cinéaste.

Film vu en avant-première avec le Club 300 AlloCiné. Sortie en France prévue le 4 novembre 2020.

Bande-annonce du film

Note et avis

En résumé

Premier film de Viggo Mortensen, Falling capture avec justesse l’essence des souvenirs et du passé, pour un résultat certes imparfait, mais surtout à l’image de son réalisateur : sage et humble.

Overall
6.5/10
6.5/10

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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