Chambre 212 (Christophe Honoré, 2019) ★★★½ : L’antre des souvenirs

La chambre. Cadre de l’intime, de l’inconscient et des rêves. L’endroit où l’on se retrouve, où l’on se perd, où on s’aime, où on s’aimait. Ces derniers jours, Christophe Honoré nous a ouvert les portes de la Chambre 212 pour un voyage dans notre conscience et nos souvenirs.


Fiche du film

Affiche de Chambre 212 (2019)
Affiche de Chambre 212 (2019)
  • Genre : Comédie dramatique
  • Réalisateur : Christophe Honoré
  • Année de sortie : 2019
  • Distribution : Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin
  • Synopsis : Après 20 ans de mariage, Maria décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent le lui faire savoir. (SensCritique)

Critique et Analyse

Chiara Mastroianni et Vincent Lacoste dans Chambre 212 (2019)
Chiara Mastroianni et Vincent Lacoste dans Chambre 212 (2019)

Sur le papier, l’intention affichée par Christophe Honoré et sa démarche étaient des plus séduisantes. Parler des sentiments et de leur évolution au fil du temps n’a rien de nouveau, mais le cinéaste propose de le faire ici d’une manière assez originale et pertinente. Maria, femme décomplexée et vivant surtout dans la peur de vieillir, a trompé à de nombreuses reprises Richard, qui prône la fidélité et qui ne comprend pas sa femme. En choisissant de s’installer dans une chambre d’hôtel de l’autre côté de la rue, elle entame la séparation, qui parait inévitable, mais elle montre aussi son incapacité à se détacher. La chambre d’hôtel, simple lieu de passage, de transition, prend une dimension toute autre quand ses souvenirs se mettent à prendre vie devant elle.

« Dans Chambre 212, passé et présent se mêlent comme si de rien n’était, avec une représentation des souvenirs à travers des personnages qui créent un décalage, mais qui, pourtant, appuie le propos réaliste selon lequel notre passé nous suit toujours. »

En faisant vivre ces souvenirs devant nos yeux, en les incarnant, Christophe Honoré crée un pont entre la réalité et l’imaginaire, entre le rationnel et l’onirique. Cette incursion dans la réalité, qui peut être déstabilisante de prime abord, finit par devenir totalement naturelle et acceptée. Dans Chambre 212, passé et présent se mêlent comme si de rien n’était, avec une représentation des souvenirs à travers des personnages qui créent un décalage, mais qui, pourtant, appuie le propos réaliste selon lequel notre passé nous suit toujours. Ces décalages sont multiples. Par exemple, le Richard jeune a une vision de la vie tout à fait différente de celle du Richard plus âgé. Le regard de Maria sur la version jeune de Richard est également très différent de celui qu’elle porte sur le Richard plus âgé, tout comme sa perception des choses aujourd’hui fait qu’un autre décalage se crée entre sa vision des choses de l’époque aujourd’hui, et ce qu’elles étaient effectivement, à l’époque. Chambre 212 exprime ainsi, à travers toutes ces joyeuses dissonances, la malléabilité des souvenirs et des sentiments.

Benjamin Biolay et Camille Cottin dans Chambre 212 (2019)
Benjamin Biolay et Camille Cottin dans Chambre 212 (2019)

Dans sa volonté de parler du passé, Chambre 212 fait preuve de mélancolie, voire d’une certaine nostalgie, dessinant à travers tous ces souvenirs les chemins qu’auraient pu emprunter les personnages. En même temps, le film a également un côté théâtral qui lui confère beaucoup de spontanéité, notamment dans l’exploitation de ressorts comiques. Cela le rend très rafraîchissant et pertinent dans sa représentation du passé, de l’emprise du temps sur les sentiments, des choix que l’on fait ou que l’on ne fait pas… On est à la fois dans la tête de Maria et à l’extérieur, les frontières entre le for intérieur et le monde extérieur, entre la réalité et l’imaginaire, entre le passé et le présent, entre ce que l’on pense et ce que l’on vit, sont abolies.

Chambre 212 était séduisant sur le papier, et il l’est tout autant au cours de la séance et après. Il exploite la « magie » du cinéma pour suivre un parti pris original dans sa représentation des sentiments amoureux et de notre rapport au passé. On y retrouvera du Blier, du Allen, voire un soupçon de Bergman, qu’Honoré ne manque d’ailleurs pas de citer dans le générique, preuve de la présence, plus ou moins importante, de ces différents cinéastes dans ses sources d’inspiration. Chambre 212 est une autre bien belle découverte de cette année 2019 au cinéma, portée par une Chiara Mastroianni qui n’a pas volé son prix à Cannes. Chacun y trouvera des messages qui pourront lui parler, ce qui fut mon cas, dans cette nuit des plus étranges et étonnantes dans la chambre 212. N’hésitez d’ailleurs pas à y faire un tour si vous en avez l’occasion.


Note et avis

3.75/5

Drôle, mélancolique, un brin nostalgique, Chambre 212 est un film qui exploite les capacités du cinéma avec pertinence pour une belle réflexion sur le temps et les sentiments.

Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

3 pensées sur “Chambre 212 (Christophe Honoré, 2019) ★★★½ : L’antre des souvenirs

  • 15 octobre 2019 à 9 h 10 min
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    Voilà qui renforce mon envie d’aller prendre une réservation dans cette Chambre pour ce week-end ! :D

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    • 15 octobre 2019 à 9 h 17 min
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      Tant mieux, tu m’en diras des nouvelles si tu y fais un tour ! ;)

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  • 22 octobre 2019 à 14 h 21 min
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    Bien belle chronique dit tout du fond étrange et télescopé de cette nuit magique. Belle maîtrise du réalisateur qui a toujours une idée de mise en scène à revendre, belles prestations (surtout de dame Mastroianni), et jolie remise au goût du jour d’un vieux classique de Manilow. Et pourtant, jamais je ne me suis vu dans cet appartement et ces vas-et-viens incessants ont vite eu raison de ma patience.

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