Cinexpress #66 – Wonder Woman (2017)

Wonder Woman

On m’a parfois reproché ma trop grande gentillesse à l’égard des films que je juge à travers mes articles, à être généreux quand je donne des notes (lesquelles sont souvent plus indicatives qu’autre chose), au point de me dire que d’affubler mes articles du terme « critique » semblait presque abusif et erroné. Spectateur bienveillant et curieux, je ne suis pas difficile à satisfaire, et il m’arrive souvent d’être l’un des rares à mettre en lumière les qualités de films globalement conspués par la critique. Cette fois, j’ai pris le chemin inverse. Nombre de critiques positives et enthousiastes viennent accueillir la sortie de Wonder Woman, et je dois vous avouer qu’à ma sortie de la salle, les mains à tirer mes cheveux, j’étais dans l’incompréhension la plus totale.

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Affiche de Wonder Woman (2017)
Affiche de Wonder Woman (2017)
  • Genre : Action, Aventure, Fantastique
  • Réalisateur : Patty Jenkins
  • Année de sortie : 2017
  • Casting : Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, David Thewlis
  • Synopsis : Avant d’être Wonder Woman, elle s’appelait Diana, princesse des Amazones, entraînée pour être une guerrière impossible à conquérir. Elle est élevée sur une île isolée et paradisiaque, mais lorsqu’un pilote américain s’écrase sur leur rivage et annonce qu’un conflit à grande échelle fait rage dans le monde, Diana quitte son foyer, convaincue qu’elle doit arrêter cette menace. Combattant aux côtés de cet homme et des siens pour mettre fin à cette guerre et à toutes les guerres, Diana découvre ses vrais pouvoirs… Et son véritable destin. (senscritique.com)

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Chris Pine et Gal Gadot dans Wonder Woman (2017)
Chris Pine et Gal Gadot dans Wonder Woman (2017)

Je lis, à peu près partout, que Wonder Woman est le meilleur film DC Comics sorti à ce jour, et qu’il surpasse même une très grande partie des Marvel. Qu’à cela ne tienne, en soi, Wonder Woman vient avec un certain challenge, tentant de redorer le blason de la franchise après l’échec critique de Suicide Squad, et préparant l’arrivée de la Justice League prochainement. Ce serait hypocrite de ne pas souligner les bonnes intentions du film qui véhicule divers messages sur la guerre, la paix et la place de la femme dans la société. Ici, un véritable soin est pris à exposer la genèse de l’héroïne, sa progression, sa découverte du monde et son affranchissement du peuple auquel elle appartenait. Pour le reste, il s’agit d’un film à spectacle, qui en met plein la vue, mais voilà, plus on avance, et plus on plonge dans la médiocrité.

Tout d’abord, d’un point de vue technique, la qualité des effets spéciaux demeure très aléatoire. Dès les premières scènes, nos yeux ne peuvent qu’être obsédés par les décors ostensiblement artificiels de l’île des Amazones, et interloqués par la dislocation assez hasardeuse des corps contorsionnés des guerrières à l’entraînement. En 2017, une superproduction avec autant de moyens devrait pourtant être plus rodée sur ce point. Ensuite, la réalisatrice semble mettre un point d’honneur à exposer la surpuissance des guerrières à travers des ralentis assez spectaculaires, voire beaux. Cependant, leur utilisation est ici totalement abusive, rompant sans cesse le rythme des scènes de combat et étirant le film.

Gal Gadot dans Wonder Woman (2017)
Gal Gadot dans Wonder Woman (2017)

L’étirement est l’un des autres énormes défauts du film. Celui-ci s’étire à longueur de temps, s’attardant souvent sur des scènes sans grand intérêt, et usant des ces étirements notamment pour appuyer un pathos relativement insupportable, qui vient accabler de mièvrerie un film qui n’en avait pas besoin. Wonder Woman avait justement pour intérêt d’enfin mettre en vedette une héroïne digne de ce nom, forte, juste et implacable. Dans son développement et sa transition vers le monde des hommes, le film reste relativement cohérent, mais il ne peut s’empêcher de glisser des clichés accablant la force du personnage et fragilisant son charisme naissant. En jouant parfois la carte de la féminité exagérée, la réalisatrice parvient à faire passer une jeune guerrière au stade de jouvencelle un peu innocente, voire potiche, et c’est très regrettable. Hélas, le jeu de Gal Gadot reste aussi très limité et elle peine à réellement s’imposer dans ce rôle très stéréotypé.

Le duel final mérite également un aparté tout particulier. Cité tout au long du film, Arès ne se montre que sur la fin, pour mener au duel final tant attendu. Ce combat divin devait clore en apothéose le spectacle et livrer un choc des titans mémorable. Mais, encore une fois, le film loupe complètement le coche en proposant un affrontement décousu, assez incompréhensible dans son déroulé, sans cesse interrompu par des flashbacks bourrés d’un pathos fatigant et, surtout, offrant des dialogues complètement clichés et ridicules, à l’image d’un « Je vais te détruire ! » lancé par Arès, qui pourrait rappeler un célèbre sketch des Inconnus. Voulant se prendre au sérieux, Wonder Woman adopte un ton enfantin, mièvre, et annihile définitivement ces efforts lors de cette séquence finale mémorable pour son aspect kitschissime.

Gal Gadot dans Wonder Woman (2017)
Gal Gadot dans Wonder Woman (2017)

DC a mis du temps avant de lancer son univers cinématographique, souffrant d’un lourd retard sur Marvel, qui a su asseoir sa suprématie sur le genre et nous gaver de films de super-héros depuis dix ans. Même si beaucoup de ces films se répètent, nous savons à quoi nous attendre et on est rarement déçus, bien qu’en conséquence nous sommes également rarement surpris et enthousiasmés. Si le retard de DC peut être vu comme un handicap, il s’agit également d’un réel avantage. En effet, les producteurs et réalisateurs ont eu le temps d’observer la concurrence, de l’étudier, et donc, potentiellement, d’être amenés à proposer quelque chose de différent et de meilleur. Mais non. Ici, on sent la volonté de proposer quelque chose, mais de le faire tout en se raccrochant sans cesse à des codes déjà établis depuis très longtemps et à des clichés on ne peut plus rébarbatifs, tout en manquant totalement de maîtrise et en exagérant tous ces points.

On ne reviendra pas sur le traitement historique de la Première Guerre Mondiale et du traitement très douteux du personnage (réel) d’Erich Ludendorff. On ne s’étalera pas non plus sur le discours pacifiste du film, censé lui donner du fond mais qu’on a déjà entendu des dizaines de fois dans des films bien meilleurs. Encore une fois, je ne fais aucunement preuve de mauvaise foi, et si j’ai toujours une propension à dégager les qualités d’un film, celui-ci ne m’a fait que prouver le contraire tout au long de son déroulement. Mal maîtrisé, fébrile, ne sachant sur quel pied danser, il ne vient apporter aucune touche d’originalité dans la galaxie foisonnante des films de super-héros, et s’avère même bien inférieur à la plupart d’entre eux, s’avérant relativement risible par moment, se transformant quasiment en nanar. Difficile de parler de déception étant donné que je n’attendais rien du film mais sur ce coup, DC a complètement manqué le coche.

Note : 3/10.

Bande-annonce de Wonder Woman

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