Cinexpress #256 – La Route (John Hillcoat, 2009)

La sérénité, la joie, la vie. Et puis, soudain, la nuit, le feu, les cris, la mort. Sur les ruines du monde, dépossédés, les survivants errent, chacun cherchant un moyen de repousser l’inéluctable, de laisser la mort loin à l’horizon. Pour trouver sa voie, il faudra braver les épreuves, et prendre le risque de s’aventurer sur La Route.


Fiche du film

Affiche de La Route (2009)
Affiche de La Route (2009)
  • Genre : Aventure, Drame
  • Réalisateur : John Hillcoat
  • Année de sortie : 2009
  • Casting : Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Robert Duvall
  • Synopsis : À la suite d’une apocalypse de nature indéterminée, un homme part avec son fils et traverse un territoire ravagé pour atteindre la mer vers le sud. (senscritique.com)

Critique et Analyse

La Route (2009)
La Route (2009)

Dans un monde urbanisé, où une technologie galopante fourmille de toutes parts, où nous avons accès à tout tout de suite, à portée de main, dans ce monde de l’immédiat, comment imaginer l’après ? Comment imaginer un monde presque totalement dépourvu d’humains, où les immenses métropoles florissantes et grouillantes ne sont plus que des ruines rongées par la nature ? Comment imaginer un monde où la société, socle de notre civilisation, s’est évanouie dans un passé quasiment oublié ? Que va-t-il rester, finalement, de l’humanité ? C’est souvent en s’inspirant de notre passé que nous trouvons des réponses à ces questions, en faisant revenir l’Homme à son état de nature, où il ne dominait pas le monde, mais était tributaire de la nature et de ses aléas.

« Utilisés comme source de nourriture, chasseurs, chassés, bandits, démunis, ils sont soumis à une forme de sélection naturelle. On ne définit plus leur place dans la société, mais bien au niveau de la chaîne alimentaire. »

Le futur de La Route est désolé et dénué de toute forme d’espoir. Ce père et son fils avancent, cherchant à rallier la côte, mais rien ne peut garantir qu’ils y trouveront le salut. Un peu comme à une chimère, un idéal, ils s’y accrochent pour trouver la force et la foi d’avancer. Une foi qu’ils ont envers eux et cet aboutissement, mais qui a disparu du cœur de la plupart des Hommes. Utilisés comme source de nourriture, chasseurs, chassés, bandits, démunis, ils sont soumis à une forme de sélection naturelle. On ne définit plus leur place dans la société, mais bien au niveau de la chaîne alimentaire. Quand certains n’hésitent pas à trahir leurs propres semblables pour survivre, d’autres abandonnent, et très peu gardent encore cette flamme, cette lueur d’espoir qui maintient encore l’humanité en vie, non pas en termes biologiques, mais philosophiques.

La Route (2009)
La Route (2009)

Cette soumission aux forces de la nature vise à ramener l’humanité à ses origines, à lui rappeler qu’elle n’est pas éternelle, qu’elle s’est construite et finira un jour, fatalement, par s’éteindre. Souvent, les westerns, tels que La Prisonnière du Désert et Josey Wales, examinaient la construction de la civilisation, et des films d’anticipation, tels que Mad Max, examinaient ses derniers balbutiements sur des ruines et dans le chaos. Ces deux types de films convergeaient dans la vision d’un monde hostile où les Hommes sont livrés à eux-même et réapprennent à vivre selon la nature, et non l’inverse. La Route est dans cette lignée, invoquant ici la relation père-fils comme la transmission d’un héritage. L’espoir, pour le premier, de perpétuer la civilisation, de garder la flamme allumée, de sauver ce qui peut encore l’être. Pour le second, c’est le passage à l’âge adulte, l’indépendance, la découverte de sa vraie nature face aux épreuves qui l’attendent. Car dans le monde désolé de La Route, il n’y a plus de rôles, plus de faux-semblants, juste l’expression de la véritable nature des Hommes, celle qui existe depuis ses origines, et qui perdurera au-delà de la civilisation.

Sans jamais chercher à être dans l’exagération, toujours dans une forme de simplicité allant à l’essentiel, comme le roman éponyme dont il est adapté, La Route est un film d’anticipation efficace et qui se veut réaliste. La fin du monde met en lumière comme une sorte de boucle temporelle, une régression, qui permet de mieux montrer la nature humaine sans le filtre de la société. Viggo Mortensen nous gratifie d’une de ses meilleures prestations, toute en modestie et en sincérité. La Route est un film aux multiples pistes de réflexions et qui, malgré son désespoir ambiant, tente de garder une lueur d’espoir, de ne pas forcément fermer toutes les portes.


Note et avis

3.5/5

Ce qui impressionne avec « The Road », c’est l’absence d’espoir, qui semble s’être évanoui. L’héritage du père, le passage à l’âge adulte, le retour aux sources, une renaissance, traverser l’enfer pour rallier un paradis perdu… Un film d’ambiance réussi, et un grand Viggo Mortensen.


Bande-annonce de La Route

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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