La trilogie des morts-vivants (George Romero, 1968 – 1985) : Les maux de l’humanité

Ah, Halloween. Cette période de l’année où l’on aime se faire peur, où les nuits rallongent subitement, pour offrir un terrain parfait à l’effroi et aux peurs. Le moment parfait pour se plonger dans son canapé, éteindre toutes les lumières, et se lancer dans un bon film d’horreur. L’année dernière, j’avais opté pour le très bon et incontournable Massacre à la tronçonneuse. Cette fois-ci, retrouvons une saga culte du cinéma d’horreur, avec la trilogie des morts-vivants de George Romero.

La Nuit des morts-vivants (George A. Romero, 1968)


Fiche du film

Affiche de La Nuit des morts-vivants (1968)
Affiche de La Nuit des morts-vivants (1968)
  • Genre : Épouvante-Horreur
  • Réalisateur : George A. Romero
  • Année de sortie : 1968
  • Casting : Duane Jones, Judith O’Dea, Marilyn Eastman
  • Synopsis : Venus se recueillir sur la tombe d’un proche, Johnny et Barbara sont attaqués par un personnage inquiétant. Barbara voit Johnny se faire tuer. (SensCritique)

Critique et Analyse

La Nuit des morts-vivants (1968)
La Nuit des morts-vivants (1968)

Voir un tel film en 1968 est plutôt inhabituel, du moins, par rapport à ce que l’on voyait encore quelques années avant. Alors que les canons du Nouvel Hollywood tendent à s’imposer, George Romero va, avec ses petits moyens, également s’inscrire dans cette mouvance qui remet en question les codes établis, et marquer l’histoire du cinéma d’horreur. La Nuit des morts-vivants est l’une des meilleures représentations de ce qu’est la débrouille au cinéma, mais cela ne l’empêche pas de briller à bien des égards. L’introduction est brève, mais elle est mémorable et pose directement les enjeux. Pas de temps d’acclimatation, nous sommes directement plongés dans le monde de la peur. Le mal est déjà bien présent, et Romero nous immerge dans une ambiance presque post-apocalyptique, où nous sommes coupés du monde. Ce sont les premiers pas du film de zombie, nouveau moyen pour les réalisateurs de cinéma de répliquer à l’influence grandissante de l’évolution, mais aussi un nouveau sous-genre apportant de nouvelles manières d’exprimer des idées via le medium cinématographique.

« La grande force de La Nuit des morts-vivants réside dans sa mise en scène : nerveuse, en perpétuel mouvement, enchaînant les plans avec rapidité et fluidité, elle permet une véritable immersion, une appropriation des espaces, et d’être constamment sur ses gardes. »

En faisant se dérouler la majeure partie de son intrigue à huis clos, Romero permet de mettre en avant les différentes personnalités de ses personnages, les confrontant à une hantise commune : la peur de l’inconnu. Certains sont tétanisés, d’autres fuient et rejettent la responsabilité sur les autres, d’autres se retroussent les manches, et d’autres espèrent. S’ils sont peu nombreux, chacun des personnages incarne une manière de réagir face à l’adversité, laquelle, ici, les dépasse tous. Mais la grande force de La Nuit des morts-vivants réside dans sa mise en scène : nerveuse, en perpétuel mouvement, enchaînant les plans avec rapidité et fluidité, elle permet une véritable immersion, une appropriation des espaces, et d’être constamment sur ses gardes. La Nuit des morts-vivants a une identité bien particulière, qui diffère de beaucoup de ses contemporains. Le film se permet également, en ne cherchant pas à être trop évocateur, à proposer diverses pistes de lecture, sur des sujets comme la guerre du Vietnam ou le racisme, laissant au spectateur le soin d’y trouver ce qu’il souhaitera y trouver, ou ce que ses impressions le mèneront à trouver. Voilà qui permettra donc à George A. Romero de trouver la célébrité, de marquer le cinéma d’horreur et, cinquante ans après, de parvenir, encore, à nous surprendre.


Note et avis

4/5

Véritable manifeste du film de zombies, La Nuit des morts-vivants est un film à l’atmosphère remarquable. Quasiment en temps réel, avec un montage dynamique, c’est un film très prenant, où on ne relâche pas l’attention.


Bande-annonce du film


Zombie – Le Crépuscule des morts-vivants (George A. Romero, 1978)


Fiche du film

Affiche de Zombie-Le Crépuscule des morts-vivants (1978)
Affiche de Zombie-Le Crépuscule des morts-vivants (1978)
  • Genre : Épouvante-Horreur
  • Réalisateur : George A. Romero
  • Année de sortie : 1978
  • Casting : Ken Foree, Scott H. Reiniger, David Emge
  • Synopsis : Des morts-vivants assoiffés de sang ont envahi la Terre et se nourrissent de ses habitants. Des survivants se réfugient dans un centre-commercial. (SensCritique)

Critique et Analyse

Zombie - Le Crépuscule des morts-vivants (1978)
Zombie – Le Crépuscule des morts-vivants (1978)

Dix ans après le très bon La Nuit des morts-vivants, George A. Romero rempile avec Zombie – Le Crépuscule des morts-vivants, probablement son film le plus célèbre ou, au moins, le plus célèbre de la « saga des morts-vivants ». A l’instar du premier film, l’immersion est directe, avec la panique régnant sur un plateau de télévision, et un raid du SWAT dans un immeuble où les habitants, majoritairement Afro-américains et Portoricains, refusent de détruire les corps des morts. Les ressorts de l’intrigue vont finalement nous mener dans un immense centre commercial infesté de zombies. Ici, on constate très rapidement que, par rapport à La Nuit des morts-vivants, les moyens techniques ont bien évolué. Ampleur des décors, maquillages, durée même du film, cette fois nous ne sommes plus dans le domaine de la débrouille.

« Le spectateur s’amuse devant les carnages de zombies, avec le côté « cool » de ces héros qui les massacrent en racontant des blagues mais, cette fois, Romero a trop tendance à se répéter et à étaler. »

Cependant, c’est aussi ce qui est à la source des principaux défauts du film. L’un d’eux, notamment, est la gestion du rythme. La Nuit des morts-vivants ne présentait quasiment aucun temps mort, sans jamais être épuisant. Zombie est plus étiré, avec divers moments de flottement qui ont tendance à faire décroître notre attention. Le spectateur s’amuse devant les carnages de zombies, avec le côté « cool » de ces héros qui les massacrent en racontant des blagues mais, cette fois, Romero a trop tendance à se répéter et à étaler. En effet, l’idée de se faire dérouler une grande partie du film dans un centre commercial était tout à fait judicieuse, pour établir un parallèle entre les zombies et la destruction du libre arbitre sur l’autel de la consommation, en plus d’avoir déjà adressé un tacle au monde de la télévision et au racisme ambiant de la société au début du film. Mais si Zombie était intelligent et clair sur le fond, il ne bénéficie pas de la maîtrise formelle de son aîné. Alors, en conséquence, on tend à regretter ces défauts de rythme, qui font que Zombie peut avoir des côtés jubilatoires, mais qu’il finit par manquer d’impact.


Note et avis

2.75/5

Dans Zombie, Romero invoque la figure du zombie pour représenter les dégâts du consumérisme et de l’appât du gain sur la société. Cependant, on peine à retrouver la maîtrise formelle du premier film et, surtout, la même gestion du rythme, pour un résultat plus étiré et ayant moins d’impact.


Bande-annonce du film


Le Jour des morts-vivants (George A. Romero, 1985)


Fiche du film

Affiche de Le Jour des morts-vivants (1985)
Affiche de Le Jour des morts-vivants (1985)
  • Genre : Épouvante-Horreur
  • Réalisateur : George A. Romero
  • Année de sortie : 1985
  • Casting : Howard Sherman, George A. Romero, Sherman Howard
  • Synopsis : Les morts-vivants se sont emparés du monde. Seul un groupe d’humains, composé de militaires et de scientifiques, survit dans un silo à missiles. (SensCritique)

Critique et Analyse

Le Jour des morts-vivants (1985)
Le Jour des morts-vivants (1985)

On prend les mêmes et on recommence ? Presque. Après La Nuit des morts-vivants et Zombie, voici Le Jour des morts-vivants, où l’on retrouve une nouvelle fois un monde en proie à une invasion de zombies, et dans laquelle nous sommes, comme dans les deux films précédents, directement propulsés. De même, à l’instar des deux films précédents, la majorité du film se déroule à huis clos, pour permettre d’augmenter la pression, de nourrir la tension ambiante, et de faire de cette invasion zombie une menace à l’ampleur trop importante pour être contrôlée. Cette fois, cependant, certains paramètres diffèrent. Les différents personnages qui nous sont présentés, bien que faisant partie d’un même groupe, semblent très désolidarisés les uns des autres. Chacun a sa propre vision, chacun a ses ambitions, et chacun a ses méthodes, ce qui va engendrer d’inévitables frictions au sein de ce même groupe. Et l’invasion zombie, sorte de menace commune, catalyse des aversions entre des individus qui ne sont pas sur la même longueur d’ondes.

« Après la peur de l’inconnu et le consumérisme, Romero s’attaque à la vanité des Hommes et à leur nature belliqueuse, pour faire, à nouveau, des zombies les catalyseurs des mauvais aspects de l’humanité. »

Après la peur de l’inconnu et le consumérisme, Romero s’attaque à la vanité des Hommes et à leur nature belliqueuse, pour faire, à nouveau, des zombies les catalyseurs des mauvais aspects de l’humanité. Si ce Jour des morts-vivants a un côté résolument bis, il va encore plus loin dans l’esthétique de l’horreur et de la violence. Mais, surtout, il réussit là où Zombie avait, à mes yeux, échoué, c’est-à-dire qu’il bénéficie d’une gestion du rythme bien meilleure, qui permet au spectateur de mieux s’impliquer et d’être pris par l’ambiance du film. Si les personnages sont assez archétypaux, ils s’intègrent dans le même schéma que La Nuit des morts-vivants, avec ces différentes représentations des différentes facettes de l’humanité, pour une meilleure mise en lumière de sa nature. Difficile d’atteindre le niveau de maîtrise du premier film, mais Le Jour des morts-vivants a de véritables atouts à faire valoir.


Note et avis

3.5/5

Cette nouvelle invasion de zombies permet à Romero de poursuivre ses réflexions sur l’humanité, avec un rythme mieux géré que dans Zombie, ne lui permettant certes pas d’atteindre le niveau de maîtrise de La Nuit des morts-vivants, mais qui en fait un opus digne d’intérêt.


Bande-annonce du film

Quentin Coray

Quentin, 26 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

2 pensées sur “La trilogie des morts-vivants (George Romero, 1968 – 1985) : Les maux de l’humanité

  • 31 octobre 2019 à 14 h 37 min
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    Je préfère aussi le premier mais que je ne trouve pas si « inhabituel » par rapport à l’esprit du Nouvel Hollywood, bien au contraire. Très influencés par la Nouvelle Vague française, les jeunes réalisateurs de cette époque ont d’abord imaginé leurs films comme des diamants bruts, réalisés à l’arrache, comme le sont les premiers Scorsese et De Palma. On retrouve cette économie de moyens dans « la nuit des morts-vivants », ce sens de la débrouille associé à un sous-texte politique avoué ou non (toujours est-il que cette dimension se retrouve ensuite dans tous ses films traitant de décavés).

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    • 31 octobre 2019 à 15 h 03 min
      Permalink

      Il est en effet dans cette mouvance qui vise à remettre en question les codes en place. Je voulais justement dire qu’il était inhabituel par rapport à ce qu’on voyait avant. :)

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