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Le Testament du Docteur Mabuse (Fritz Lang, 1933)

1933. L’Allemagne s’apprête à connaître l’accession au pouvoir d’un homme qui allait marquer l’Histoire pour de bien sinistres raisons. Depuis de longues années, le pays connaît d’importantes crises politiques et économiques, qui ont influé sur la vie de la population, mais aussi sur l’art. Ce fut dans ce contexte que l’expressionnisme émergea au cinéma, et que certains cinéastes en firent un moyen d’alerter et de faire prendre conscience de la situation critique dans laquelle se trouve le pays. Fritz Lang fut l’un de ceux là, déjà avec Le Docteur Mabuse (1922), et, désormais, avec sa suite, Le Testament du Docteur Mabuse.


Fiche du film

Affiche du Testament du Docteur Mabuse (1933)
Affiche du Testament du Docteur Mabuse (1933)
  • Genre : Drame, Fantastique, Policier
  • Réalisateur(s) : Fritz Lang
  • Distribution : Rudolf Klein-Rogge, Gustav Diessl, Rudolf Schündler
  • Année de sortie : 1933
  • Synopsis : Le Dr Mabuse dirige, de l’asile psychiatrique où il est interné, un gang de malfaiteurs et le docteur Baum, directeur de l’établissement, grâce à ses pouvoirs hypnotiques. Le commissaire Karl Lehmann et le bandit repenti Kent parviendront après nombre de rebondissements à démanteler le réseau. (SensCritique)

Critique et Analyse

Rudolf Klein-Rogge dans Le Testament du Docteur Mabuse (1933)
Rudolf Klein-Rogge dans Le Testament du Docteur Mabuse (1933)

Le premier métrage de Lang mettant en scène l’histoire de ce personnage aussi charismatique que sinistre était l’un de ses premiers grands coups de maître. Avec ce grand méchant polymorphe et aux pouvoirs occultes, il parvenait à créer l’image d’un danger omniprésent et irrésistible, qui sommeillait déjà dans les fragiles structures de la République de Weimar. Au-delà de toute la symbolique qui y régnait, c’est aussi un talent de metteur en scène qui fut mis à profit, pour en faire un film policier haletant et passionnant. Une dizaine d’années plus tard, donc, Fritz Lang fait revenir son personnage, dans un contexte tout à fait différent, alors que l’Allemagne s’apprête à basculer dans le nazisme.

« Après avoir montré un homme polymorphe et manipulateur dans le premier film, Fritz Lang montre, dans Le Testament du Docteur Mabuse, un esprit fou et incontrôlable, agissant en silence, et embrigadant les esprits dans le seul but de propager le chaos et de renverser l’ordre établi. »

Mabuse avait été mis hors d’état de nuire dans le premier film, alors qu’il a été pris à son propre piège. Désormais, l’étrange docteur vit reclus dans une chambre isolée d’un hôpital psychiatrique. Alors que la société devrait être en sécurité, d’étranges attentats continuent d’être perpétrés. Pendant ce temps, Mabuse écrit, inlassablement, des phrases qui n’ont aucun sens, ou dessine-t-il de curieux symboles. Mabuse serait-il encore en train de poursuivre ses méfaits ? Cette fois, c’est le commissaire Lohmann qui succède au procureur von Wenk, pour suivre la trace des auteurs de ces crimes, au-dessus de laquelle semble, sans aucun doute, planer l’ombre de l’étrange Docteur Mabuse. Une nouvelle enquête menée tambour battant par Fritz Lang, et dont les intentions ne laissent pas vraiment de place au doute. Après avoir montré un homme polymorphe et manipulateur dans le premier film, Fritz Lang montre, dans Le Testament du Docteur Mabuse, un esprit fou et incontrôlable, agissant en silence, et embrigadant les esprits dans le seul but de propager le chaos et de renverser l’ordre établi.

Le Testament du Docteur Mabuse (1933)
Le Testament du Docteur Mabuse (1933)

Le Testament du Docteur Mabuse expose un mal bien plus malicieux et puissant que celui du premier film, où Mabuse allait lui-même à la rencontre de ses victimes, ce qui n’est plus le cas ici. Par ailleurs, sa logique n’est plus de simplement diriger ses sujets, mais aussi de transmettre sa volonté de semer le chaos, car il n’est pas éternel lui-même. Par conséquent, le film, qui appartient principalement au genre de film policier, s’aventure-t-il dans le domaine du fantastique, opérant un certain retour vers les codes de l’expressionnisme, un mouvement qui a plus ou moins disparu, dans sa manifestation la plus « extrême », en tout cas. Aussi, ce Testament du Docteur Mabuse se fait-il aussi, quelque part, testament de l’expressionnisme. Et cette part de mystère parvient toujours à trouver un équilibre dans la réalité dans laquelle elle s’ancre. Car nous restons avant tout dans une Allemagne contemporaine, source d’obsessions pour Fritz Lang envers l’arrivée du totalitarisme. Et, pour ce faire, Fritz Lang n’hésite pas à lier ses films. En effet, Le Testament du Docteur Mabuse est, certes, la suite du premier Docteur Mabuse, mais d’autres détails font réfléchir, comme la présence, ici, du commissaire Lohmann, un personnage également présent dans M le Maudit (1931). Un autre film à la portée politique non négligeable que le cinéaste raccorde ainsi à ce Testament du Docteur Mabuse, comme pour les associer dans la même diégèse.

Ce sera, en tout cas, le dernier film de Fritz Lang en Allemagne, puisqu’il fuira le pays à cause de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. A l’image de son prédécesseur, c’est un film policier captivant, et où la figure du Docteur Mabuse s’avère encore plus énigmatique, fantomatique et effrayante. Un dernier relent d’expressionnisme, comme la fin d’une époque, avant que la folie ne soit plus juste une question d’images.

En résumé

Note et avis

Les fantômes de l’expressionnisme rôdent encore dans Le Testament du Docteur Mabuse, film policier savamment mené et construit, plein de maîtrise, où la manipulation des individus contre l’ordre établi nous fait une nouvelle fois penser au nazisme grandissant.

Note globale
8/10
8/10

Quentin Coray

Quentin, 29 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

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