De Cannes aux Oscars : la folle épopée de Parasite

La nouvelle est tombée lors de la 92ème cérémonie des Oscars, qui s’est déroulée cette nuit : Parasite a été consacré meilleur film. C’est seulement la troisième fois de l’histoire qu’un film cumule la Palme d’Or et l’Oscar du meilleur film et, surtout, la toute première fois qu’un film qui n’est pas en langue anglaise remporte le trophée. Une fabuleuse épopée pour un film coréen qui a conquis le monde.

On ne peut pas dire que Bong Joon-ho était un débutant lorsque l’on a commencé à entendre parler de Parasite. Parmi les cinéastes les plus en vue du cinéma sud-coréen contemporain, il s’est bâti une filmographie de choix, et son nouveau film cristallisait les attentes. Première bande-annonce, première affiche, les mystères s’accumulent et sont de plus en plus séduisants. Puis Thierry Frémaux annonce la présence du film en sélection officielle au Festival de Cannes. Petit à petit, Parasite fait son chemin, jusqu’à une première projection triomphale à Cannes, lui valant une longue standing ovation. Je me rappelle de ce mercredi matin ensoleillé, où je me rendais à la Salle du Soixantième pour enfin le découvrir. L’effervescence en moins, certes, mais l’attente était bien présente, bien qu’encore relativement mesurée, le film n’ayant eu sa première que la veille. J’étais conquis d’avance, mais quand le générique de fin s’est lancé je me suis dit : « Elle est là, ma Palme d’or. » Même si le voir gagner ne me semblait pas acquis, je ne voyais aucun autre film de la Quinzaine (et il y avait pourtant le choix) capable de le dépasser dans mon estime. Et à ce moment-là, malgré la reconnaissance du public cannois, la « hype Parasite » n’était pas encore d’actualité, et je pensais, sincèrement, qu’il obtiendrait une reconnaissance mesurée.

Bong Joon-ho avec la Palme d'or
Bong Joon-ho avec la Palme d’or

Forcément, voir Bong Joon-ho récupérer la Palme d’or pour son film fut un immense plaisir, consacrant ce qui était, à mes yeux, un grand film, et qui allait être l’un des nouveaux porte-étendards du cinéma coréen. Joker Films, distributeur du film en France, se distingua ensuite par une communication aussi agressive qu’enthousiaste et amusante, capitalisant sur le succès cannois et sa proximité avec la sortie du film, qui avait lieu deux semaines après à peine, pour investir les salles et attirer les foules. Ce qui était loin d’être gagné, le cinéma coréen étant certes apprécié chez nous, mais dont le rayonnement reste assez mesuré. Parasite fut l’exception, accumulant 1 700 000 entrées sur une durée exceptionnelle de 23 semaines d’exploitation, battant tous les records pour un film coréen, et bénéficiant même d’une version doublée en français. C’est alors la confirmation de l’espoir de voir le cinéma coréen gagner en visibilité, l’occasion d’offrir une nouvelle porte d’accès à ce cinéma, ce que je n’ai d’ailleurs pas manqué de faire auprès de mon entourage, qui a apprécié le film à l’unanimité. Mais jusqu’où pouvait aller cette success story ?

Parasite (2019)
Parasite (2019)

Quand la saison des remises de prix a débuté, en fin d’année dernière / début d’année, Parasite semblait promis à un certain succès. Il remporte de nombreux prix dans nombre de festivals à travers le monde, mais, pour ce qui est des cérémonies les plus médiatisées, la concurrence fait encore rage, ne lui laissant que le Golden Globe du Meilleur film en langue étrangère (échouant dans les catégories Meilleur réalisateur et Meilleur scénario), et le prix du Meilleur scénario et du Meilleur film en langue étrangère aux BAFTA (échouant dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur). Le film va tout de même être nommé dans les catégories les plus prestigieuses aux Oscars, mais il fait office d’outsider par rapport à des films comme 1917 ou même Once Upon a Time… in Hollywood, qui se partageaient alors généralement le butin. Malgré tout, Parasite avait sa carte à jouer, et cette 92ème cérémonie des Oscars fut donc la soirée de la consécration, avec quatre statuettes, pour le Meilleur scénario original, le Meilleur film international, le Meilleur réalisateur et le Meilleur film. Consécration pour Bong Joon-ho, grand cinéaste qui obtient ici ce prix qu’il mérite autant pour le travail réalisé sur Parasite que pour toute son oeuvre, mais aussi pour le cinéma coréen, qui triomphe dans le temple du cinéma américain.

Bong Joon-ho recevant l'Oscar du meilleur film aux Oscars (2020, © Chris Pizzello/AP)
Bong Joon-ho recevant l’Oscar du meilleur film aux Oscars (2020, © Chris Pizzello/AP)

Premier film en langue étrangère (non anglophone, en d’autres termes) à obtenir la récompense suprême, premier film, depuis 64 ans, à cumuler Palme d’or et Oscar du Meilleur film, salué par la critique du monde entier, Parasite est en train de marquer l’histoire. Il est évident, et normal, que ce film ne fait pas l’unanimité. Trop parfait pour certains, simplement pas assez bon pour d’autres, par le meilleur Bong Joon-ho pour d’autres encore, il y a autant de raisons de l’aimer que de ne pas l’aimer, même si je resterai toujours un fervent supporter du film de Bong Joon-ho, qui, pour moi, frise la perfection. A mes yeux, c’était le grand film de 2019, aux côtés de Once Upon a Time… in Hollywood, et toujours avec lui, l’un des grands films des années 2010. Désormais auréolé de si prestigieuses récompenses, après avoir conquis le public, Parasite semble bien s’affirmer comme l’un des plus grands films de notre temps. Alors que nous nous amusons souvent à nous demander quels films de notre époque sauront, plus que d’autres, passer à la postérité, nous pensions généralement à The Dark Knight, à Drive, ou encore à Mad Max : Fury Road. Il semble aujourd’hui tout à fait légitime de rajouter Parasite à cette liste.

Quentin Coray

Quentin, 27 ans, mordu de cinéma depuis le visionnage de Metropolis, qui fut à l'origine d'un véritable déclic. Toujours en quête de nouvelles découvertes pour élargir mes connaissances et ma vision du cinéma. "L'art existe et s'affirme là où il y a une soif insatiable pour le spirituel, l'idéal. Une soif qui rassemble tous les êtres humains." - Andreï Tarkovski

1 réflexion sur “De Cannes aux Oscars : la folle épopée de Parasite

  • 10 février 2020 à 13 h 05 min
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    Je l’avais bien dit ! Mais quelle victoire, quelle victoire. Les gens qui n’ont pas regardé la cérémonie en direct auront sans doute du mal à se rendre compte, mais la dernière ligne droite était une montée de suspense incroyable ; le Meilleur Scénario, remis très tôt dans la soirée, laissait augurer le meilleur parce qu’il prouvait que l’Académie n’avait pas eu peur de récompenser le film étranger dans l’un des Big Five. Et à partir de là, la tension monte, et on en vient à ne plus savoir ce qui peut ou pas se passer. La grosse, GROSSE surprise n’est pas tant la victoire au Meilleur Film que beaucoup voyaient voir venir à juste titre, même si le duel avec 1917 était tendu, mais la victoire au Meilleur Réalisateur ça c’était vraiment mon moment « Holy shit ! ». Quasiment tout le monde attendait Mendes au tournant (moi compris), et la consécration de Bong Joon Ho était la cerise inattendue sur le gâteau d’une nuit incroyable.

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