Cinexpress #86 – L’Homme qui rit (1928)

L'Homme qui rit

Cela faisait quelques temps déjà que je n’avais pas fait un petit retour vers le cinéma muet, dont je suis devenu au fil du temps un grand admirateur. J’ai déjà eu l’opportunité d’explorer ses principaux classiques, mais il reste toujours des films de grande qualité de cette époque à découvrir. Parmi eux, L’Homme qui rit, adaptation du roman de Victor Hugo. Réalisé en 1928, il fait partie des derniers films muets et montre déjà les signes de la transition vers le parlant, mais confirme que le muet convenait parfaitement à cette histoire.

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Affiche de L'Homme qui rit (1928)
Affiche de L’Homme qui rit (1928)
  • Genre : Drame
  • Réalisateur : Paul Leni
  • Année de sortie : 1928
  • Casting : Conrad Veidt, Mary Philbin, Brandon Hurst
  • Synopsis : Adapté du roman éponyme de Victor Hugo, « The man who laughs » raconte l’histoire de Gwynplaine enfant que des gitans ont défiguré en lui élargissant la bouche, lui laissant un sourire figé sur le visage. Le film raconte une belle histoire d’amour tragique entre Gwynplaine et une enfant recueilli bébé et aveugle de naissance et sa relation avec un vieil homme sage qui les a élevé. Comme chez Hugo, la société et son cortège d’êtres vils viendra perturber et mettre en danger cette petite famille reconstituée. Un bijou du cinéma muet qui malgré une fin différente du livre reste une adaptation fidèle et inspiré du chef d’oeuvre de Victor Hugo. Ce film sera une des références ayant servie à créer le personnage du Joker, célèbre ennemi de Batman. (senscritique.com)

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Conrad Veidt et Mary Philbin dans L'Homme qui rit (1928)
Conrad Veidt et Mary Philbin dans L’Homme qui rit (1928)

L’Homme qui rit fait partie de ces films qui, comme Le Fantôme de l’Opéra (1925) ou le futur Frankenstein (1931), mettent en avant un personnage monstrueux malgré lui, et nous font partager sa sensibilité et sa douleur pour nous toucher au cœur. Le malheureux Gwynplaine, défiguré lors de sa petite enfance, est condamné à devoir arborer en permanence un sourire forcé, lui valant les railleries de ses pairs, mais aussi leur haine, son sourire étant parfois perçu comme une provocation. Le malheureux héros, esseulé après l’exécution de son père, sauve un bébé d’une mort certaine, lequel deviendra sa meilleure amie, et même sa dulcinée, incarnée par la belle Mary Philbin, déjà à l’affiche du Fantôme de l’Opéra. Comble de l’ironie, elle s’avère être aveugle, mais c’est cette particularité qui lui permet de lire dans le cœur de Gwynplaine, au lieu de fuir son regard.

L’Homme qui rit est une fable sur la tolérance, la cruauté de l’homme, les préjugés, ou encore la loyauté. Le fait qu’il soit muet permet justement de mettre l’emphase sur cet aspect de fable, en décuplant son côté à la fois magique et dramatique. Bien que sans dialogues audibles, il est accompagné de divers bruitages, notamment de foule, ajoutés à cette époque où le son commençait à s’imposer petit à petit, et on regrette presque que le film ne soit pas totalement dénué de son, tant on aime être captivé par la beauté de la musique, des visages et des décors.

Conrad Veidt et Mary Philbin dans L'Homme qui rit (1928)
Conrad Veidt et Mary Philbin dans L’Homme qui rit (1928)

Car L’Homme qui rit est un film avant tout très beau, inspiré de l’expressionnisme allemand, saisissant par son aspect à la fois paradoxalement ancien et moderne. Il ne faut pas non plus oublier son acteur principal, Cornad Veidt, qui, malgré son sourire figé, est capable de faire transparaître ses émotions à travers son regard si éloquent. Tout à fait représentatif du cinéma d’époque, le film montre cependant déjà une évolution dans la manière de raconter les histoires et de dérouler son intrigue.

Mais, fort heureusement, L’Homme qui rit a été réalisé suffisamment tôt pour bénéficier de la beauté originelle du cinéma muet, de la poésie qui en émane, pour devenir l’un des derniers grands classiques de cette grande époque.

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