La Vie est Belle, 1948 – Critique & Analyse

Affiche de La Vie est Belle (1948)
Affiche de La Vie est Belle (1948)

« Une année, un film » : La Vie est Belle, réalisé par Frank Capra et sorti en France le 28 décembre 1948.

Je le disais dans mes précédents articles, les années 1940 ont proposé nombre de films noirs, ou des films de guerre, à l’ambiance bien souvent sombre, peu enclins à susciter l’optimisme. Mais dans ce ciel nuageux devait percer un rayon de soleil, et celui-ci s’appelle La Vie est Belle, le chef d’œuvre de Frank Capra, réalisateur emblématique de cette belle période du cinéma américain.

James Stewart dans La Vie est Belle (1948)
James Stewart dans La Vie est Belle (1948)

L’histoire débute pourtant sur une note négative. Du haut du lointain cosmos où nos sommes propulsés, nous apprenons que George Bailey, vaillant citoyen qui a œuvré toute sa vie au bonheur de ses concitoyens et de sa famille, et qui s’est battu pour défendre l’héritage familial, va mettre fin à ses jours le jour du réveillon de Noël. Mais les anges ont capté ce signal de détresse qu’ils ne peuvent laisser se perdre dans le néant, et ils décident d’envoyer l’un des leurs sauver cet homme qui a encore trop à accomplir pour disparaître dans des circonstances aussi tragiques. Grâce à notre omniscience divine, nous allons découvrir qui est George Bailey, les étapes marquantes de sa vie, et comprendre pourquoi il en est arrivé là.

Frank Capra, voici un nom qui m’est familier, depuis le visionnage de l’excellent Mr Smith au Sénat de 1940, qui avait pour tête d’affiche un certain James Stewart. Voici donc le tandem de nouveau réuni pour La Vie est Belle, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, une époque où il est temps de remettre les compteurs à zéro, de se relever de la terrible crise de 1929 et des dures années qui ont suivi, et de chasser les démons de la guerre.

James Stewart et Donna Reed
James Stewart et Donna Reed

La Vie est Belle, n’est-ce pas là un titre des plus éloquents ? D’aucuns seraient capables de crier à la niaiserie et à l’idéalisme, mais est-ce réellement possible quand un film est dirigé avec une telle maestria ? Du haut de son mètre quatre-vingt treize, James Stewart est un grand gaillard pas bien épais, à l’allure de grand bonhomme un peu penaud et désorienté, qui s’accorde parfaitement au personnage de George Bailey, étrangement très proche de celui de Jefferson Smith dans Mr Smith au Sénat. Frank Capra nous touche directement non pas forcément par l’optimisme qui se dégage de ce film, mais par l’authenticité dont font preuve les personnages, remplissant chacun leur rôle avec un naturel rare qui permet au spectateur de facilement s’intégrer dans l’intrigue. Une authenticité qui se ressent tout le long du film à travers l’histoire de la vie de cet homme, qui s’avère être, au final, l’histoire de la vie tout court. George Bailey est Monsieur tout le monde, un homme qui a des rêves plein la tête, des projets de vie déjà bien dessinés dans son esprit, mais qui va devoir faire face à une succession de circonstances qui vont, à chaque fois, contrecarrer tous ses plans.

C’est ainsi que Frank Capra nous atteint, en choisissant ce personnage résolument banal, qui nous ressemble tous, mais est extrêmement touchant. Comment ne pas prendre fait et cause pour ce jeune homme qui voulait mener une vie d’aventures et qui a fini par la consacrer aux autres, et laissant son propre bien-être au second plan ? George Bailey est un homme qui avait de petites aspirations et qui, le destin en ayant décidé autrement, réalisa de bien plus grandes choses, qu’il considéra paradoxalement comme un échec, une entrave à l’accomplissement de ses objectifs de vie, et dont il n’imagine absolument pas l’importance. L’ange est là pour le lui rappeler, à George, mais à nous aussi, que nous ne sommes pas seuls. Nous nous apitoyons souvent sur notre sort, nos soucis et nos tracas, mais nous oublions que unotre présence n’est pas visible qu’à travers un miroir, mais aussi à travers les yeux des autres, et que les actes de chacun peuvent influer sur tout un ensemble, à tel point que la perte d’un élément peut chambouler de nombreux destins, à l’image du passage où l’existence de George Bailey est volontairement effacée par Dieu afin de lui faire prendre conscience de l’importance qu’ont eu ses actes sur les habitants de Bedford Falls.

La Vie est Belle redonne la foi et l’espoir, il ranime la flamme que l’on laisse bien souvent mourir sans considération. Il ne s’agit pas simplement d’un gentil petit conte de Noël à l’intrigue léchée, aux multiples clichés et aux raccourcis convenus. Partout où il le peut, Capra capture des instants d’humanité, aspire l’essence humaine de chaque personnage et crée un mélange haut en couleurs qui génère un magnifique feu d’artifice final face auquel il vous sera bien difficile de retenir une larme d’émotion. Je parle en connaissance de cause.

Note : 10/10.

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