La Dame de Shanghai, 1947 – Critique & Analyse

Affiche de La Dame de Shanghai (1947)
Affiche de La Dame de Shanghai (1947)

« Une année, un film » : La Dame de Shanghai, réalisé par Orson Welles et sorti le 24 décembre 1947.

L’époque des films noirs se poursuit, et cette fois c’est le grand Orson Welles qui s’en mêle, avec La Dame de Shanghai. Un film noir résolument différent des autres, marqué par la patte de son réalisateur.

La Dame de Shanghai (1947)
La Dame de Shanghai (1947)

Welles incarne ici Michael O’Hara, un marin actuellement sans mission. Il rencontre par hasard le chemin d’Elsa Bannister (incarnée par la sublime Rita Hayworth, son épouse à l’époque, surnommée la « déesse de l’amour »), qu’il sauve d’une agression, en récupérant des affaires qui lui avaient été détroussées par des petits voleurs. Elle et son mari le convainquent d’être embauché sur leur yacht, alors que leur mariage bat de l’aile. Michael O’Hara résiste difficilement aux avances d’Elsa, pendant que Grisby, avocat associé de Bannister, s’en mêle, et va proposer à Michael une offre des plus étranges.

Si ce film est loin d’être dénué d’intérêt, il est certes moins marquant que certains autres très bons élèves de son époque tels qu’Assurance sur la mort et Laura qui, bien que développant des intrigues différentes, sont affiliés au même genre et, à mes yeux, le font avec une efficacité à laquelle je suis plus sensible. Mais quand Orson Welles s’en mêle, il faut quand même y jeter un œil pour mieux comprendre ce ressenti, et tirer des conclusions.

Orson Welles dans La Dame de Shanghai (1947)
Orson Welles dans La Dame de Shanghai (1947)

La Dame de Shanghai garde les composantes principales du film noir (femme fatale, triangle amoureux, complot, ambiance sombre), mais il ne faut pas demander à Orson Welles, le réalisateur de Citizen Kane, considéré par nombre de réalisateurs comme le meilleur film de tous les temps, de faire comme les autres et de suivre le mouvement. Le vilain petit canard d’Hollywood développe une ambiance plus complexe, aux détails plus pointus, laissant le champ libre à nombre d’interprétations.

Il ne s’agit pas juste d’une simple histoire d’amour, d’une enquête, d’un complot ou d’une trahison, mais bien de ce qui pourrait s’apparenter à une vaste mascarade, un spectacle où tout était écrit à l’avance, mais qui va être bouleversé par certaines circonstances. Si chacun des personnages aspire à ses propres rêves et à sa liberté, préparant son plan chacun de son côté afin d’accomplir ses desseins, ils paraissent ici n’être que des marionnettes dont les liens se sont empêtrés, les faisant s’entrechoquer, et se blesser les uns les autres.

Si Welles a la bonne tête du premier de la classe prétentieux et imbuvable, il n’en reste pas moins un cavalier solitaire qui se plaît à établir ses propres règles, en parvenant à les transformer en références pour ses successeurs. Comme à son habitude, Welles se risque à refroidir quelque peu le grand public en ne lui fournissant pas un film très académique, mais laisse le spectateur mijoter à travers cette intrigue des plus tortueuses et alambiquées, et fait de La Dame de Shanghai un film qui s’apprécie surtout avec le recul, plus que sur l’instant.

Note : 7,5/10.

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